DIANE
phalliques et orgiastiques de l’Asie, ils s’étaient dégagés de leur servitude : de monstres, ils s’étaient faits hommes ; de la difformité du fétiche, ils s’étaient élevés à la beauté du Génie. Mais, sous leurs traits épurés, ils gardaient les signes de leur conception primitive. De temps en temps, du moins, par quelque côté ils devaient reprendre leur figure première. Le prêtre ne livrait pas tout entière son idole à la lyre du poète et au ciseau de l’artiste; il s’en réservait la face obscure, la partie voilée, la forme hiéroglyphique et occulte. De Là ces doubles existences qui divisent et contredisent si souvent les divinités de la Grèce. Aphrodite se plonge par instants dans les Mystères impurs d’Astarté ; le jeune et doux I5acchus, sous le nom phrygien de Zagreus, répand, au lieu de vin, le sang des victimes; Proserpine s’arrache aux fleurs de la Sicile pour siéger sur le trône noir de l’Hades.
Mais, malgré tout, Diane Chasseresse efface Hécate; la Vierge pure rachète les crimes de l’idole Klphésienne et de l’astre impur. Elle pourrait fouler sous ses pieds le croissant qu’elle porte à son fi ont. Qu’elle est belle et bienfaisante sous cette noble forme ! que de bonté sous son air sévère ! que de vertu sous ses airs farouches ! Elle mérite le titre que les Athéniens avaient gravé sur le socle de sa statue : A lu tn\sbonne et très-belle Déesse. Invoquée par les malades, elle apporte à leur chevet l’odeur bafsamique des bois qu’elle exhale, et qui guérit tous les maux. Par
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une compensation délicate, la Grèce lui avait confié le patronage des jeunes créatures. Puisqu’elle ne devait pas connaître les voluptés de l’hymen, on voulait du moins qu’elle ressentît quelque chose des joies maternelles. C’était elle qui protégeait les enfants; les petits animaux même lui étaient voués. Comme lllythie, elle allégeait les douleurs des mères. Selon les mythes de Délos, à peine sortie du sein de l.atone, elle l’avait aidée à mettre au jour Apollon. L’auguste vierge remplissait ainsi dans la mythologie le rôle que joue dans la famille la tante restée fdle, qui répand sur les enfants de ses sa-urs l’amour renfermé dans son sein stérile. Sa pureté lui donne une beauté spéciale ; il y a de f auréole dans l’éclat qu’elle jette , et dans sa divinité de la sainteté. Ses apparitions sont d’une Madone plus que d’une déesse. — « La Diane de ce carrefour, — dit « une épigramme de \ Anthologie, — c’est une fdle «de Démarète, Agélochie, jeune vierge demeurant <1 encore dans la maison de son père, qui l’a ainsi « parée d’une robe ; car la déesse elle-même lui est « apparue près de son métier, toute resplendissante « de lumière. »
Il n’y a qu’un amour dans la légende de Diane, immaculé comme la lumière qui l’exprime. C’est sous sa forme sidérale qu’elle aime Endymion. Alors elle n’est plus Diane, elle s’appelle Séléné, la Lune paisible et propice. Et quelle pudeur dans son hymen aérien ! Ses caresses sont des rellets, son baiser est
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un rayon qui se glisse sur des lèvres closes par le sommeil ; elle se donne en déployant sa clarté sur le corps du jeune chasseur endormi. Redescendue sur la terre, Diane garde envers ses initiés même une inviolable réserve. Dans la tragédie d’Euripide, Ilip- .polyte, son favori le plus cher, entend sa voix sans voir son visage. Elle ne se montre pas môme à lui, lorsqu’il va mourir, mais elle console son agonie avec une céleste pitié. A son approche ses douleurs s’apaisent; il se meurt, mais ne souffre plus. Si elle évite son dei nier soufRe, si elle ne reçoit pas son dernier regard, c’est que sa dignité divine lui interdit l’aspect de la mort. — «Adieu, reçois mon dernier salut. Il « ne m’est pas permis de voiries morts, ni de souiller « mon regard par de funèbres exhalaisons. Déjà je te « vois approcher du terme fatal. » — Et son départ solennel précède celui de Tâme du héros.
Une fonction terrible est assignée à Diane : son arc lance le trépas subit qui renverse l’homme dans sa force et l’adolescent dans sa fleur. Mais, pour les Anciens, la mort soudaine était la « bonne
mort, » et ils bénissaient Diane de la sûreté de ses coups. Ils appelaient « doux » ses traits invisibles. «O ma mère! » demande dans Vddyssée Ulysse, évoquant les Mânes, à l’Ombre d’Anticlée, « comment « la Parque t’a-t-elle soumise au long sommeil de « la mort? As-tu souffert d’une longue maladie, ou « Diane, te visitant, a-t-elle fait tomber sur toi ses « douces llèches? » — Et Anticlée lui répond, avec