‹ Hommes Et DieuxChapitre 40 sur 84 · SOLS CHARLES · texte numérisé non relu

SOLS CHARLES

tacles ; elle les sacrait avec le charbon ardent d’Isaïe. Avant de monter au trône, ils devaient passer par ses flammes : c’était le baptême de feu de leur royauté.

Un vaste échafaud, dominé parla chaire du Grand- Inquisiteur, avait été dressé sur la Plaza Mayor. A sept heures du matin, le roi, la reine, les grands, les ambassadeurs, les dames de la cour, parés comme pour une fête, prirent place aux balcons qui donnaient surce théAtre tragique. A huit heures, la procession commença. Cent charbonniers, armés de piques, marchaient en tète : c’était le privilège de ces fournisseurs du bûcher. Ensuite venaient les Dominicains précédés d’une croix verte drapée d’un crêpe ; le duc de Medina-Cœli, porte-étendard héréditaire de l’Inquisition, les Familiers du Saint-Oflice en manteaux rayés de croix noires, et trente hommes portant des efligies de carton, dont les unes représentaient les condamnés fugitifs, les autres ceux qui éflient morts en prison. Les ossements de ces réfractaires du supplice étaient traînés dans des cescueils .semés de flammes peintes. On vit s’avancer ensuite, à la file, douze patients, la corde au cou et la torche * au poing ; leurs bonnets de carton étaient coloriés de peintures grotesques. L’Inquisition caricaturait ses victimes ; elle les habillait en mannequins avant de les jeter dans ^es feux de joie. Cinquante autres suivaient, couverts du san-benito jaune à croix rouge, C’étaient les Juifs qui, pris pour la première fois,

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