‹ Hommes Et DieuxChapitre 42 sur 84 · Mihnoiros de la cour d'Espagne · texte numérisé non relu

Mihnoiros de la cour d'Espagne

LA corn iri-si>ACM;

christi flans la tratloria de l’ermite, en regardant fumer le Vésuve.

L’exécution fut horrible. « La fermeté avec laquelle « les condamnés allèrent au supplice a quelque O chose de fort extraordinaire, — dit M'"' d’Au- « noy. Il y en eut plusieurs qui se jetèrent « d’eux-mèmes dans le feu, et d’autres qui faisoient- « brûler leurs mains, et puis leurs pieds, les avan- « çant sur les llammes, et les y tenant avec une . « tranquillité qui falsoit regretter que des âmes si « fermes n’eussent pas été éclairées des lumières de « la foi. Je n’y allai point; car, sans compter que ce « fut à minuit, j’étois si saisie de les avoir vus le « jour que je m’en trouvai mal. » — M"”' de Yiliars ne fut pas plus forte; c’est avec une pitié mêlée de dégoût (ju’elle raconte â M'"' de Coulanges l’horrible journée. La douceur française protestait contre ces férocités africaines. On croit voir deux femmes de la Caule sortant indignées d’un cirque romain, au moment où le gladiateur tombe, et où les Vestales lui montrent le ponce. « Je u’ai pas eu le courage « d’assister à cette horrible exécution des juifs. Ce « fut un affreux .spectacle, selon ce que j’ai entendu « dire; mais, pour la semaine du jugement, il fallut « bien y être, à moins efe bonnes attestations des « médecins d’être à l'extrémité, car autrement on X « eût pa.ssé pour héi'étique. On trouva même trèsci mauvais que je ne parusse pas me divertir tout à « fait de ce qui s’y pas.soit. Mais ce qu’oii a vu exer-

sous CHAULES U.

« cer de^cruautés à la mort de ces misérables, c’est <1 ce qu’on ne peut vous décrire'. »

Cependant, la solitude se resserrait autour de la reine. On avait renvoyé presque toutes ses femmes ; deux seulement étaient restées : sa nourrice et une femme de chambre. Mais la Camarera-mayor leur fit la vie si sévère, le roi qui haïssait tout ce qui tenait à la France, leur jetait en passant de si noirs regards, qu’elles demandèrent leur congé. Son isolement dans le cloître espagnol fut alors complet. Il 'n’y avait guère que M“" de Villars qui pût la voir quelquefois. Ces rares visites, surveillées commé celles d’une étrangère dans le parloir d’un couvent, n’en étaient pas moins bien venues, l’ar la porte qu’elle entr’ouvrait, un soulTle, une parole delà France pénétrait parfois. Un jour, M"‘” de Villars lui montrait une lettre où M'"" de Sévigné parlait d'elle, et la captive, à travers ses grilles, respirait mélancoliquement cette fleur de Versailles. « .l’ai fait lire à <i la reine l’endroit où madame de Sévigné parle « d’elle et de ses jolis pieds (jui la faisoient si bien « danser, et marcher de si bonne grâce. Cela lui a « fait beaucoup de plaisir. Ensuite elle a pensé que

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