I . Mémoires de la cour d’I'is/mniie
LA LO LU O LbPALM;
« n’eût pas ses dames auprès d’elle pour la relever,
« quand il y auroit cent gentilshommes, elle pren- « droit la peine de se relever toute seule, ou de « rester par terre tout le jour, plutôt qu’on osât la « relever. » Une première fois elle faillit se tuer à. un rendez-vous de chasse. L’étiquette voulait qu’elle se jetât à cheval de la portière du carrosse. L’animal se retira au moment où^elle s' élançait, et elle tomba fort rudement à terre. — n Quand le roi s’y trouve,
« il lui aide, mais aucun autre n’ose approcher des « reynes d’Kspagnc, pour les toucher et les mettre à « cheval. On aime mieux qu’elles exposent leur vie M et qu’elles courent risque de se blesser. » — Ln alilre jour, Marie-Louise montait pour la première fois un cheval andalous, dans la cour du Palais. La bête s’étant cabrée, la reine tojiiba et son pied resta pris dans un étrier ; le cheval l’entraînait, il allait lui briser la tête contre les dalles. — « Le roi qui la « voyoit de son balcon, se désespéroit, et la cour étoit « remplie de personnes de qualité et de gardes; mais (i l’on n’osoit se hasarder d’aller secourir la reyne,
« parce qu’il n’est point permis à un homme de la « toucher, et priuripnlemeiit au pied, à moins que ce « ne soit le premier de ses Meuiiis qui lui met ses K chapins. Ce sont des espèces de sandales où les K dames font entrer leur soulier, et cela les hausse U beaucoup. La reine s’ap])uie aussi sur .ses meniiis,
« quand elle se promène; mais ce sont des enfants (I qui étaient trop petits pour la tirer du péril où elle
sous CHAULKS II.
« étoit. » — Enfin, deux gentilshommes, don Luis de Las-Tones, el don Jaime de Soto-Mayor se jetèrent bravement dans ce cirque de l’étiquette. L’un saisit la bride du cheval, l’autre prit le pied de la reine et le dégagea de l’étrier. — « Sans s’arrêter un moment, « ils sortirent, coururent chez eux et firent vite seller K des chevaux pour se dérober à la colère du roi. M Le jeune comte de Peneranda, qui était leur ami, t( s’approclia de la reyne, et lui dit respectueuse- « ment que ceux qui avoient été assez heureux pour « lui sauver la vie avoient tout à craindre si elle « n’avoit la bonté de parler au roi en leur faveur. « Le roi, qui était promptement descendu pour voir « en quel état elle étoit, témoigna une joie extrême « qu’elle ne fût pas blessée, et il reçut très-bien « la prière qu’on lui fit pour ces généreux cou- « pables*. » — Ainsi ; « Ne touchez pas à la reine! » avait en Espagne l’écho d’un échafaud ; « Ne touchez pas à la hache ! »
vm.
Cependant, la Camarera-mayor était devenue insuportable à la reine. En lisant les Mémoires de M'"® d’Aunoy, on cioit parfois relire un de ses Contes bleus. C’est ainsi que les méchantes fées maltraitent