I . Mémoires (le la cour d'Us/jar/ne
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les princesses enfermées dans des tours de verre. — Marie-Louise avait rapporté de France deux petits perroquets qui ne savaient parler que français, ce qui les avait fait prendre en haine par le roi. La Catnarera pour faire ^a cour, tordit le cou à ces Vert-Vert du cloître royal. La reine se contint en • apprenant cette exécution ; mais , lorsque la duchesse, entrant dans sa chambre, vint lui baiser la main, se\on sa coutume, elle lui donna, sans mot , dire, deux violents sonlllets. On imagine la rage de cette superbe douairière, qui avait des États en Esp.agne et un royaume au Mexique. C’était presque un outrage d’égal à égal, un crime de lèse-majesté commis par une reine. Elle convoqua le ban et l’arrière-ban de sa parenté et vint, traînant à ses jupes quatre cents dames du plus haut parage, demander au roi justice de l’alfront quelle avait reçu. Charles 11 s’émut d’abord, qt, prenant sa mine la plus sombre, il vint gronder la coupable. Mais an premier mot, la reine l’interrompit en disant : Senor, esta es un niitojo. — « Sire, c’est une envie de femme grosse. »
A cette parole, la colère du roi se changea en jubilation; car il désirait un fils avec l’inqmtience d’un sultan des }Iillc et une Nuits. 11 approuva les soufflets donnés par la reine, les déclara de bonne prise, et dit « que si deux ne suflisaient pas pour la satis- M faire, il consentait qu’elle en donnât encore deux « douzaines à la duchesse. » La duègne eut beau se rebiffer et se plaindre, elle ne reçut que cette ré-
SOLS CIIARLKS II.
ponse ; QiiUn o.«, estas bofetadas son hijos del nntojo. — « Taisez-vous, ces soufflets sont les fruits d’une « femme grosse. » Or, les envies de la grossesse avaient force de loi en Espagne. Lorsqu’une femme enceinte, fùt-ce une paysanne, désirait voir le roi, il se mettait au balcon pour la satisfaire.
La tyrannie domestique de la Camarera devint si intolérable, que la reine, pou.ssée à bout, demanda aji roi son renvoi. C’était lui demander une chose sans c.xcmple. Jamais une reine d’Espagne n’avait changé de Camarcra-mayor. La charge était inamovible; elle avait le caractère d’un sacrement offîciel. Marie-Louise obtint enfin le renvoi de la terrible duchesse. Elle s’en alla comme elle était venue, raide, altière, inlle.xible. Le congé qu’elle jirit de la reine fut celui d’une prêtresse quittant une idole infidèle à son propre culte. — « Son visage était « plus pâle qu’à l’ordinaire et ses yeux plus étince- « lants. Elle s’approcha de la reyne et lui dit, sans « témoigner le moindre chagrin, qu’elle étoit fàchée « de ne l’avoir pas aussi bien servie qu’elle l'auroil (( souhaité. La reyne, dont la bonté était extrême, « ne put s’empêcher de paroître touchée et de s’at- « tendrir, et, comme elle lui disoit quelques paroles « obligeantes pour la consoler, elle l’interrompit « pour lui dire d’un air plein de fierté qu’une « reine d’Espagne ne devoit pas pleurer pour si peu « de chose ; que la Camarera qui alloit enU'er à sa (I place s’acquitteroit mieux de son devoir, et.