‹ Hommes Et DieuxChapitre 49 sur 84 · I . .Wmoires de la cour d’Espagne · texte numérisé non relu

I . .Wmoires de la cour d’Espagne

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« nolioii, et qui est attaché au palais. Vous aurez « p"ine à imaginer qu’une jeune' princesse née en « France et élevée au Palais-Royal puisse compter (( cela pour un plaisir ; je fais ce que je puis pour « le lui faire valoir plus que je ne le compte inoi- « môme. » — .Mais si la contrainte devint moins lourde, l’ennui pesait toujours du même ]>oids, cet ennui opaque, étouffant, comme l’atmosphère des lieux renfermés, (|ue M'"' de \illars fait palper, pour ainsi dire, dans une de ses lettres. — « L’ennui du « palais est affreux, et je dis quelquefois à la reine, « (piand j’entre dans sa chambre, (|u‘il me semble i( ([u’oii le sent, qu’on le voit, qu'on le touche, tant (i il est répandu épais. Cependant, je n’oublie rien (( pour faire en sorte de lui persuader qu’il faut, .s’y « accoutumer, et tâcher de le moins sentir (pi’elle « pourra. »

Marie-Louise avait d’ailleurs à lutter encore contre une ennemie intime, dont la haine masquée de sourires ne travaillait que dans l’ombre. La reinemère, Marie-Anne d’Autriche, Veuve de Philippe IV, était de la race de ces princesses autrichiennes bigotes et violentes, bornées et méchantes qui ont tant de fois désolé l’Europe. Régente pendant la minorité de Charles 11, elle lit d’abord gouverner l’Espagne par son confesseur le père Mthard, uii jésuite imbécile, — raru avi» in terris! — puis par Valenzttela, une espèce de Gil-Blas transi qui était à la fois* son espion familier et sou amant platonique. Don

sous r.HARLKS II.

Juan, bâtard reconnu de Pliilippe IV, .se mit à la tète de la Grandesse, et renversa ces frêles favoris. 11 tira Charles 11 du gynécée où il végétait, et le hissa sur le trône. Ce fut la répétition exacte de la tragi-comédie montée par Luynes et jouée par Louis Xlll, contre la régente et le Concini. Comme Marie de .Médicis à lUois, Marie-Anne d’Autriche fut e.xilée à Tolède; et Charles 11, poussé par don Juan, inaugura son simulacre de règne. La reine mère, dévouée à l’Autriche, avait voulu marier son fils à l’une des filles de l’Empereur. Don Juan brisa cette alliance et fit épouser au roi Marie-Louise. 11 mourut pendant les négociations du mariage. Quelques jours après sa mort, la reine mère était rappelée de l’exil, * mais trop tard pour défaire le mariage déjà célébré.

De là sa haine sourde contre la princesse, qui venait d’avance marquer la place de la France sur le trône d’Espagne, et les noires intrigues dont elle l’entoura.

On les devine dans l’histoire, sans trop les saisir. Ces camarillas d'anciennes cours plongent dans les sapes et dans les ténèbres. 11 y a là des êtres occultes qui creusent, minent, complotent, machinent, font éclater souvent de grands événements, et dont on ne distingue pas les visages. Confesseurs inconnus, secrétaires intimes, scribes obscurs, camériers secrets, favoris i)i pelto, ministres in partibun, valets familiers. Ces conseillers de nuit s’elfaceut, le jour, devant les personnages officiels. On les voit rarement, on connaît à peine le son de leurs voix. En

l.v COUP. O’KSPAGNE

prêtant l’oreille à leurs conciliabules clandestins, vous n’entendriez qu’un vague chuchotement, pareil à celui qui souille, dans une église, à travers les grilles des confessionnaux. Souvent la politique d’un royaume est changée de fond en comble, et en quelques heures, par ces gnomes de ruelles et de cabinets. Les ministres voient, le matin, leurs trames défaites, leurs plans retournés; comme ces laboureurs des légendes, qui, arrivant à l’aube, trouvent leurs champs bouleversés ]>ar des Esprits invisibles. Qui soupçonner, et qui craindre? Peut-être ce moine qui passe en marmottant son bréviaire... Peut-être cette duègne obscure qui rase les couloirs en regagnant une chambre secrète... Ad augiiKia per angmt a.

Après quelques jours de réveil, Charles II était retombé dans sa léthargie. La pâle lune de miel qui avait un instant ranimé sa morne personne, ne dura guère plus qu’un feu follet courant sur une ruine.. Le comte de Uebcnac, qui venait de succéder au marquis de Villars dans l’ambiissade de Madrid, dévoile à son maître les mystères de la couche royale, avec la hardiesse d’un diplomate traitant un cas de médecine politique. 11 la repré.sente hantée par une Ombre, et déclare à Louis XIV que le roi d’Espagne n’aura jamais d’enfants. Dès les premières années de

sous CHARLES II.

son mariage, l’Europe l’avait condamné : il était clair que la race de Cliarles-Quint s’éteindrait en lui. Les ambitions se déclarèrent, les prétendants apparurent ; il se fit bientôt autour de l’Espagne le bruit d’une troupe d’héritiers envahissant la maison d’un riche moribond. Cette stérilité désolait le triste monarque ; il la ressentait à la fois comme une honte et comme un remords ; elle livrait à l’étranger son pays ; ce grand empire dépérissait de sa faiblesse ; il allait peut-être mourir de sa mort.

On ne peut refuser à Charles II le sentiment de sa race : il était Castillan dans toute la superbe du mot, méprisant les autres nations , portant haut son sceptre de roseau et sa couronne ébréchée, régnant sur le néant, comme s’il avait trôné dans la gloire. Combinaison étrange ! la fierté du maître du monde mêlée à l’imbécillité d’un Roi Fainéant, l’orgueil d’un Dieu logé dans une larve. L’idée de léguer son royaume aux gavachos, comme il appelait tous les étrangers, lui était odieuse. Il tomba bientôt dans la mélancolie la plus noire. La chasse devint son plaisir unique; il l’aimait en ascète plutôt qu’en veneur, pour s’isoler du monde et s’enfoncer au désert. « Le roi, — dit M'“' d’Aunoy, — ne menoit ordinaire- « ment dans toutes ses chasses que le premier écuyer « et le grand- veneur. 11 aimoit à se trouver seul dans « ces vastes solitudes, et quelquefois il se faisoit tt chercher longtemps. » Ces solitudes étaient celles qui environnent l’Escurial, pay.sage affreux d’Arabie

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