‹ Hommes Et DieuxChapitre 6 sur 84 · DIANE · texte numérisé non relu

DIANE

un accent de regret : « Diane, au sein de mon palais, « ne m’a point frappée de ses douces flèches ; mais « c’est le souci de ton absence, ô mon fils, qui m’a Il ravi le jour ! »

C’est en Diane que le paganisme a donné son plus haut et .son plus pur idéal. 11 , avait l)esoin de cetta vierge pour l’opposer à ses divinités de chair et de joie. Tandis que les Immortels remplissent d’adultères la terre et le ciel , la rigide déesse, retranchée dans ses montagnes inviolables, proteste par son austérité contre les débordements de l’Olympe, lille y donne rexenqde de l’abstinence et de l’énergie ; elle y élève des âmes saines dans des corps robustes, elle y tient école d’héroïsme. Son exemple est elficace, son influence s’exhale du fond des forêts, et se répand sur la Grèce, pareille à ces vents froids qui purifient l’atmosphère. C’est elle qui excite les jeunes gens aux mâles exercices du Gymnase ; c’est elle qui les entraîne à la chasse, loin de la maison des courtisanes et du portique des rhéteurs. Lorsque son image s’altéra, lorsque son culte se corrompit, une vei tu se retira du l’oly théisme, 11 perdit sa seule pudeur et sa dernière dignité.

LRS GRANDES DÉESSES.

CfiRÈS ET PROSERIMNE.

Gérés était la déesse la plus vénérable du paganisme. Comme Zeus, Hermès, Pan, Rhéa, elle appartient à ce groupe immémorial de divinités Pélasgiques qu’on pourrait appeler les ancêtres et les patriarches de l’Olympe. Les racines de son nom grec. Démêler, — « tetre mère, » — indiquent la profondeur de son origine: On l’entrevoit, aux premiers .âges de la Grèce, encore enfouie sous l’enveloppe de la masse terrestre, dont elle exprime vaguement la fécondité. Elle s’en dégage d’abord sous la forme monstrueuse d’une idole. Ses plus antiques images la représentent avec la tête d’un cheval, enlacée de serpents, porüint un dauphin sur la main droite et une colombe sur la

CKIltS Kï l'UOSKRPINE.

main gauclie. C’est la terre à l’état sauvage, livrée aux énergies aveugles de la production, av<ant que l’homme ait défriché sa glèbe et discipliné son règne animal.

La mythologie de l’âge homérique dégrossit cette barbare ébauche. Gérés se détache des fanges du chaos; elle s’élance, parmi les épis, du sillon creusé par la charrue du labour; elle apparaît à l’agriculteur sous l’auguste aspect d’une reine bienfaisante. Ce n’est plus la nature brutale qu’elle personnifie, c’est la terre maternelle, fe champ nourricier, la culture qui fonde et qui civilise. Sœur de /.eus, le roi du ciel, elle s’unit à lui dans un hymen mystérieux. Proserpine naît de leurs amours. Lne légende merveilleuse sanctifie la mère et la fille. L’une règne sur le corps de l’homme, l’autre sur son âme. Leur personnalité physique s’illumine d’une allégorie spirituelle. elles deviennent par excellence les deux « Grandes Déesses. «

Ce n’est pas dans Ovide, le frivole romancier des symboles antiques, qu’il faut lire l’bistoire de Cérès, c’est dans l'ilymne- homérique qui lui est dédié , et qui porte l’empreinte des traditions primitives.

Proserpine cueille des fleurs avec les Occanides, dans le champ Nyséen. Au moment où elle détache la tige d’un narcisse, la terre s’écarte en un vaste gouffre, d’où s’élance Pluton monté. sur son char. 11 enlève la vierge, qui se débat en vain sous sa rude

étreinte. Hécate et le Soleil sont seuls témoins du

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