DE LA MORT
fleurs flétries et les flambeaux éteints du bal terminé, le masque ne cesse ni de grimacer ni de rire. Mort ou vivant, nul ne le prend au sérieux. Lorsque Ilamlet,. au cimetière, ramassera son crâne agité par le vent d’automne, ce sera pour lui débiter encore de mélancoliques facéties.
C’est dans une cliaumière que la Mort vient prendre l’Enfant ; elle l’arrache du coin de l’àtre où brille un feu clair, et l'emmène par la porte ouverte sur l’obscurité. Le pauvre petit appelle, en pleurant, sa mère qui se tord les bras. — « 0 Mort ! « lui fait diret avec une naïveté poignante, un distique allemand, » 0 Mort! comment dois-je entendre ceci’/ « Tu veux que je danse, et je ne sais pas marcher « encore. »
La procession funèbre se termine ordinairement par l’Enfant, mais le peintre de la Danse Macabre de Bâle y a ajouté du saisi.ssant épilogue. 11 s’est représenté lui-même, dans le cimetière dont il peint le cloître, accosté par la Mort, au momeritoù il donne le dernier coup de brosse à ses fresques. — « Itans <! Hug Klauber, lui dit-elle, laisse là ton pinceau ! »
llans Ilug Klauber ! las's mohlen slolm !
Et le vieux peintre se lève pour entrer, à son tour, dans la ronde funèbre qu’il vient d’évoquer.
Telle est dans son rapide abrégé cette'conception étrange, qui, sous la forme du spectacle, du tableau, de la peinture ou du livre, fascina le Moyen-Age pendant plus d’un siècle. On peut dire qu’à cette époque la Mort fut littéralement à la mode ; tous les esprits la méditaient, tous les cœurs battaient à son approche si fréquente. Chacun rêvait d’elle, comme l’amant rêve à sa maîtresse, lorsque riieure dif rendez-vous s’avance, et que d’une minute à l’autre elle peut arriver... — IN’est-cc pas elle (jui monte Tcscalier’/ îN’avez-vous pas entendu frémir les plis de sa robe? — N’entendez-vous [>as claquer ses ossements et silller sa faux? — Ses artistes la peignent avec une sorte d’amour ; ils s’ingénient à varier son crâne immobile ; ils lui prêtent des jeux de physionomie aussi expressifs et aussi nuancés que ceux du visage; ils font parodier toutes les attitudes du corps vivant à sa frêle charpente ; ils lui tfonnent tous les âges, tous les sexes, tous les caractères. — Ici , la Mort est vieille ; sa tète branle, ses fémurs chancellent; là, elle roidit des biceps d’athlète: son torse vide ressemble à un antre d’où le lion est sorti. Ailleurs, elle affecte les allures folâtres de la jeunesse : vous diriez lesveUe squelette d’une danseuse ou d’un écolier.
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