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LKS VOCÉRATUICIiS

mortel plongeant au cmiir de la Corse, et dent les racines s’enlacèrent aux fibres mêmes de son sol.

De là, aussi, cette habitude tragique de la Mort, qui la faisait intervenir dans toute les scènes de la vie. Comme la Table d’airain des lois de Dracon, les griefs de la Corse n’avaient que la fnort pour sanction et pour châtiment. Un coq volé fit, dit-on, s’entre-tuer presque tous les habitants d’un village. 1/amour lui-même menaçait au lieu d’implorer : les Scrcnate des vieux temps de Tîle sont aussi violentes que les Vorrri. On n’y joue pas de la guitare aux jeunes filles ; on y sonne leur glas, on y chante leur De profiindis. La passion y apparaît comme une frénésie, la beauté comme une victime vouée aux couteaux. L’amant .injurie sa maîtresse et lui demande son cœur ou sa vie. L’amour n’est plus le berger galant qui soupire sous le balcon des Lucindes; c’est un bandit noir de poudre qui vocifère, l’escopette au poing. — « Que celui qui t’épousera, — ô gracieuse « déité! — ne compte plus sursa vie... — Je te veux, « ^ divine chérie, — morte, si je ne puis t’avoir « vivante. »

Il ti vogliu, O cara diva,

Morla, SC noi\ [losso viva.

Il est défendu, sous peine de mort, de courtiser la même femme que ces farouches prétendants : — « Je « veux mettre en pièces la langue des galants, — et <1 la donner aux chiens... Que le toit et la mai-

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DE LA COKSE,

(I son s’en aillent en fumée ! — Que toute la famille « pleure sa ruine. — Si par hasard je m’y mets, — « peisonne ne cheminera tranquillement; — Si je « prends ce parti, — ne sors pas de ta maison. — •« N’entends-tu pas les gens dire — par tout le pays : « — L’amant de Béatrix fera des choses inouïes? « — 11 fera, du matin jusqu’au soir, — entendre « les cris et sonner les cloches. » — Ces effrayantes Sérénades pourraient se chanter sur les mélopées de la Messe des Morts. — « Écoute bien ce que je « te dis : — Je me soucie comme d’une figue d’aller « aux makis. — Quiconque prétend t’épouser est « mort... — Je te conseille donc de te repentir « promptement, — ou de te préparer pour les luné- « railles. »

Le berceau même, aux époques barbares de la Veudetla, n’était pas à l’abii de sa sombre influence. Ce n’étaient pas les Fées, c’étaient les Furies que les nourrices évoquaient autour de l’enfant. Une de ces Berceries fait frémir : elle était chantée par une vieille femme du canton de Ziccavo à son petitfils. — « ... Quand vous serez un jeune homme, — (( vous porterez vos armes ; — ni voltigeurs ni gen- « darmes — ne vous feront peur ; — et si vous êtes « excité, — vous serez un fier bandit... — Tous vos . « ancêtres étaient des hommes fameux, — ils étaient «lestes, dispos, — sanguinaires, courageux... — « Quinze furent mis à mort, — tout autant, en pleine « place ; — hommes de grand courage, — la fleur

LES VOCÉRAïUICES

« de notre race.,. — Peut-être es-tu, mon chéri, « — celui qui doit les venger. »

On croit entendre la vieille Atropos bougonner des incaïUatious auprès d’un berceau. On croit voir Tisiplione présenter à un nouveau-né son sein gonllé de poison.

Mais la Corse conserva "toujours, jusque dans ses crimes, une grandeur native. La carabine de ses bandits avait à sa manière l’honneur de l’épée du duel. Une sorte de droit des gens réglait la guerre de la Vendetta; elle avait ses cartels, ses défis, ses délais, ses trêves, ses traités et ses lieux d’asile. Les clauses de ce code des buissons furent toujours observées avec une loyauté scrupuleuse. La sinistre histoire de la Vendetta ne compte ni une vénalité, ni une délation.

Aujourd’hui, le grand air de l’esprit moderne a pénétré dans les contrées les plus reculées de la Corso. Sa fauve Mémésis, exorcisée par la lumière, ne haute plus que quelques recoins sauvages de montagnes, bientôt, sans doute, elle aura disparu, et le Vocero ne sera plus que la plainte du foyer en deuil.

Car le Vocero, en Corse, ne mène pas seulement les obsèques sanglantes de l'assassinat, il accompagne aussi les funérailles pacifiques. Alors son accent change, sa voix s’attendrit : ce n’est plus le tocsin tragique qui sonne la vengeance, c’est la cloche qui chante à l’àme envolée les adieux de ceux

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