DE LA CORSE
qui survivent. Les femmes sont encore les prêtresses de ces services domestiques du tombeau. L’instinct de tous les peuples a toujours emprunté la voi.v de la femme pour parler à la mort, comme elle l'a choisie pour appeler le sommeil. Rome avait ses Pleureuses à gages, fontaines publiques de larmes banales, où chacun poinait puiser sa libation de douleur ; instruments de lamentation auquel ou ne demandait que le diapason du sanglot. Mais ce qui n’était dans le paganisme que la musique des fêtes funéraires s’est transformé chez certains peuples en inspiration douloureuse. La Grèce, l’Italie, l’Espagne, ont, comme la Corse, leurs Kocérn/nm’ ,• humbles femmes dont le cœur ne résonne que lorsqu’il se brise. La douleur morale n’a pas de plus touchant phénomène que cette transliguration intérieure qui agite une paysanne ignorante du délire sacré des Sibylles, et lui fait parler, pour une heure, une langue qu’elle aura oubliée dès le lendemain.
Le cérémonial des inhumations ordinaires de la Corse n’est pas celui de ses deuils tragiques. Le mort est encore couché sur une table, ia face découverte ; mais des cierges illuminent la chambre, et le corps est vêtu de ses habits de fête. Si c’est un prêtre, on. place entre ses mains un calice, comme pour le faire monter au ciel dans l’attitude de l’Élévation. Si c’est une jeune tille, on la pare de sa plus belle robe, et on l’expose au .seuil de la porte, les pieds tournés vers la maison.
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Ces fimérailles à visage découvert sont un des i)lus touchants spectacles de ritalie religieuse. Que de fois avons-nous rencontré , la nuit, par les rues de Rome, un de ces convois de jeune fille, qu’on prendrait, au premier abord, pour la célébration d’une noce mystérieuse. I.a jeune morte, habillée de blanc, reposait sur son lit funèbre, entourée de fmli voilés comme des Ombres; sa tète (loltait dans l’auréole formée par les cierges ; les prêtres chantaient sur elle des psaumes de bénédiction et de grâce ; les sonnettes des enfants de cliœur jetaient leurs cris d’oiseaux devant le cortège. ,\ son approche,, les passants s’arrêtaient et s’agenouillaient; les femmes envoyaient des baisers et des signes de croix ; les fleurs pt les rameaux pleuvaient des fenêtres sur le blanc linceul, 'fout était palmes, harmonie, lumière,, ovation angélique, bienvenue céleste autour du cercueil nuptial qui conduisait à Dieu la vierge endormie, aux lueurs de ses flambeaux et de ses étoiles.
Les Voceri non sanglants de la Corse sont d’une douceur ravissante. L’affection, comme la haine, est excessive chez ce peuple entier. 11 sait aimer comme il sait haïr. Les abeilles aiment à fa,ire leur miel dans Je tronc des chênes foudroyés. Jamais on n’a parlé à la mort un langage plus naturel et plus tendre. Ici, c’est une femme qui, s’adressant à son mari, et craignant d’avoir encouru sa disgrâce, lui propose humblement de se séparer de lui, et de lui céder sa fille, s’il veut bien revivre. — « Si tu ne veux plus