DF. BOCCACE
gentilhomme consommé dans les secrets de l’amour, et qui sait le prix de ce qu’il refuse. Ce désintéressement magnanime lui donne quelque chose de presque divin. Pierre d’Aragon, au chevet de Lise Puccini, me rappelle l’Époux céleste que l’on voit, dans les Mariages mystiques des vieux maîtres, passer l’anneau au doigt d’une jeune vierge défaillante et pâmée d’amour.
L’atroce énergie de l’âge dont on sort se révèle aussi dans les vengeances qui remplissent presque toute une Journée du livre. — Trois frères siciliens poignardent l’amant de leur sœur et l’ensevelissent dans un champ. La jeune fille va déterrer le corps de son bien-aimé ; elle coupe sa tête avec un couteau,
la dépose au fond d’un vase qu’elle remplit de terre,
y plante un basilic de Salerne, et, nuit et jour, l’arrose de ses larmes. Ses frères lui enlèvent cette urne tragique : elle' meurt dès qu’elle lui est arrachée. — ' Si le. Décaméron a ses Sganarelles, il a aussi des Othello qui valent celui de Shakespeare. On y rencontre des maris sinistres coulés dans le bronze des Ezzelin et des Ruggiero; Nérons en raccourci, tyrans diaboliques d’une méchanceté presque grandiose, tant elle est affreuse. — Tel ce mari qui fait manger à sa femme le cœur de son amant, préparé et assaisonné en hachis ; et la dame lui demandant quel est ce mets si exquis : « Que Dieu m’aide! dit- il, je « ne nx’étonne point que vous trouviez bon mort, ce <1 qui, vivant, vous a plu par-dessus tout. » — Se