LE DÉCAMÉRON
m’aiti Dio! io ne me ne maraviglio se mono ve piaciuto cio che vivo pin che ultra cosa vi piarque.
Malgré sa réputation graveleuse, c’est encore au groupe des figures sérieuses du Décaméron qu’appartient la Fiancée du roi de Garbe, cette Alaciel si fatalement belle, vouée par le sort aux excès de l’amour et déchaînant, sans le vouloir, des orages de crimes et de catastrophes. Ses amants tuent pour la conquérir, et sont tués à leur tour par d'autres amants. Des lions ou des taureaux sauvages se déchirant autour de quelque superbe femelle, qui attend tranquillement l’issue du combat, voilà l’image d’AIaciel au milieu de ses prétendants, bile passe de rapt en rapt, comme une captive antique, des bras d’un gentilhomme dans ceux d'un bandit, du palais d’un duc dans le harem d’un sultan : les vieillards même ont leur part de cette beauté mise au'pillage. Alaciel résiste d’abord à chacune des violendes que lui fait le sort; puis elle cède et elle se résigne, et elle finit par aimer ceux qui l’aiment jusqu’au meurtre et jusqu’à la mort. Irresponsable et désirable encore, après tant d’aventures et de flétrissures : car, dit en terminant le conteur avec le sourire du vieux Salomon : Bocca hacciata non perde ventura , anzi rinnuova corne fa la luna.
Vanité de la renommée! Un homme construit, à la sueur de sa vie, un monument laborieux; le Temps passe, en détache une pierre, la plue petite souvent, l’immortalise, et fait du reste un mon-