HÉLÈNE
Pour l’absoudre plus pleinement encore, une tradition disait que son fantôme seul avait suivi Paris dans les murs de Troie, tandis que la véritable Hélène, cachée en Égypte, attendait obscurément l’arrêt du Dest’m. Plus tard, la Grèce la divinise et la réunit au groupe étoilé des Dioscures. Sa mémoire devient une chose sainte, il est défendu d’y toucher. Stqgichore, l’ayant outingée dans un poëme, devint subitement aveugle. Averti par les Muses, il rétracta le chant injurieux ; alors Hélène lui rendit généreusement la lumière. Sparte lui éleva un temple où les jeunes fdles laides venaient implorer la métamorphose de leurs traits. Klle apparaît, dans une légende d’Hérodote, comme une Notre-Dame de beauté, imposant les mains sur une enfant difforme <|ue sa nourrice avait portée dans ce temple, et prédisant {ju’elle serait un jour la plus belle des femmes de Lacédémone. Depuis Homère, les poètes et les rhéteurs entretiennent autour d’elle un concert croissant de louanges. V lipitkalume d’IIclt'ne, de Théocrite, est un hymne d’adoration. « La fille de Zeus est en- M trée dans ton lit, — chantent à Ménélas les vierges « de Sparte, — elle que n’égale aucune des femmes it qui marchent sur la terre achéenne. Certes, il sera « merveilleusement beau, l’enfant qui sera semblable U à une telle mère! Et nous ses compagnes, quatre « fois soi\)inte vierges, frottées d'huile comme des « hommes, nous courions avec elle sur les bords de « l’Eurotas; mais pas une d’entre nous, comparée à
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« Hélène, n’était sans défaut. » Klectre, dans VOreste d’Euripide, l’insulte d’abord, lorsqu’elle rentre de nuit dans Argos, « craignant les pères de ceux qui « sont morts sous les murs d’ilion. » .Mais bientôt son charme gagne la sombre vierge; la volupté qu’elle exhale fait tressaillir cette statue de tombeau. Hélène arrache un cri d’envie à Electre : on dirait une
Euménide séduite par une (irâce. « 0 beauté! que lu « es fatale aux mortels et que tu es précieuse à qui « te possède! Hélène est toujours la femme d’aulre- « fois. » D’après un poète cyclique, cette beauté l’avait protégée dans Troie en (lammes, comme un bouclier, contre l’épée de Ménélas dressée sur sa tête. A sa vue, le glaive était tombé des mains de l’époux ravi. Au créjruscule de l’antiquité, Hélène apparaît une dernière fois, dans le dernier poème de ladrèce', et elle y reçoit un suprême hommage. Le poète repré.sente les chefs de l’armée grecque après la prise de Troie emmenant vers les vaisseaux leurs captives: Agamemnon conduit Cassandre, Néoptolème entraîne Andromaque, Llysse pousse la vieille Hécube devant lui, Ménélas ramène Hélène; on n’entend que plaintes et sanglots. « Hélène, elle, ne sanglotait pas, a mais la pudeur siégeait sur ses yeux d’azur et lui U rougissait ses belles joues; et son cœur au dedans « roulait une infinité de pensées sombres, de peur « que les Grecs ne la maltraitassent une fois venue