UN AVENTURIER
ZAGA-GHRIST
PRINCE d'Ethiopie
Au printemps de Tannée 1635, le maréchal de Créqui, ambassadeur de France à Rome, où il négociait l'annulation du mariage de Gaston, duc d'Orléans, frère du roi Louis XIII, avec la princesse Marguerite de Lorraine, fut mandé par le cardinal de Richelieu, qui lui voulait donner verbalement de nouvelles instructions. Le maréchal n'était pas depuis quelques heures à Paris que déjà nombre de carrosses stationnaient dans la cour et devant la porte de son hôtel, et qu'une foule élégante et bavarde, dans laquelle on remarquait les plus jolies femmes de la
Cour, s'empressait autour du vieil ambassadeur, très
amusé.
« Je sais parfaitement, mesdames, dit-il en riant,
que vous n'êtes pas venues ici pour moi, mais
biea pour le prince d'Abyssinie, que j'amène de
Rome; et certes ce descendant du fameux Meilek (1), fils du grand Salomon et de Magneda, la reine de Saba, a de quoi piquer votre curiosité. Je la veux satisfaire, et je vous montrerai le prince Zaga-Christ, mais seulement quand j'aurai' eu Thonneur de le présenter à Son Eminence, qui vient de me faire dire qu'Elle nous attendait. Pour vous occuper jusqu'à notre retour, vous pouvez poser toutes les questions que vous voudrez à ce jeune religieux de Tordre des Carmes, qui entre justement; c'est le P. Louis Jacob de Saint-Charles, un savant homme, mesdames, qui, s'étant rendu à Rome pour ses travaux sur les p^pes, y a beaucoup fréquenté le prince. Nul ne vous saurait mieux renseigner sur l'adolescence traversée et sur les extraordinaires aventures de celui qui fera demain l'entretien de la cour et de la ville. »
Les belles curieuses, dissimulant de leur mieux le désappointement de leur impatience, formèrent un cercle attentif autour du religieux, qui, sans être intimidé le moins du monde par un si brillant auditoire, commença aussitôt son récit:
« Vous n'ignorez pas, mesdames, que l'Abyssinie est une des provinces de l'immense empire d'Ethiopie, soumis au Prête Jean.
(1) G*est-à-dire ; roi par excellence.
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