‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 12 sur 39 · ONE AE · texte numérisé non relu

ONE AE

il voulait courir dans les rues. Confié à mes soins, hors de ce travers d’esprit, M. ne déraisonnait point, mais il était toute la journée occupé à friser ses cheveux, à se mirer dans une glace, et avec ses robes de chambre, il faisait tous ses efforts pour rendre son costume aussi semblable que possible à celui d’une femme ; il imitait leur démarche en se promenant. Un jour, me promenant avec lui dans un jardin, je soulevai le pan de sa redingote qu’il avait arrangé de son mieux ; aussitôt M... fait un pas en arrière et me traite d’impertinent et d’impudique. Nul raisonnement, nul soin, nul régime n’ont pu rendre la raison à ce malheureux.

Ces deux observations ne sont suivies d’aucun commentaire, elles sont seulement précédées d’une allusion à la maladie des Scythes, sur laquelle nous reviendrons plus loin.

Prichard (98), un médecin anglais, a signalé en 1842, le rapport des perversions instinctives avec les traumatismes cérébraux, et il avait même relevé que les familles ne s’y trompaient pas.

Jusqu’en 1850, la question de l'homosexualité fut surtout étudiée par des médecins-légistes, qui reproduisent l'œuvre déjà ancienne de Zacchias (Questiones médicolégales, Lugduni, 1726), en décrivant les signes d’habitudes contre nature.

Casper (10), de Berlin, remarque que l’inversion sexuelle est due dans certains cas à une sorte d’hermaphrodisme mental.

En 1849, Brierre de Boismont (8), qui fut amené, avec Marchal de Calvi et Michéa (78), à étudier les anomalies de l'instinct sexuel, à propos de la fameuse affaire du sergent Bertrand, pense que les diverses perversions sont quelquefois instinctives et entraînent l’irresponsabilité.

Tardiéu (123), dans son étude médico-légale sur les attentats aux mœurs (1858), ne s’est pas occupé de l’état mental des invertis qu’il eut à examiner, et Charcot et Magnan (14) diront de lui: « c’est avec une certaine hésitation qu’il laisse la porte ouverte à la folie ».

Citons les nombreux travaux de Ulrichs, homosexuel lui même, qui publia de 1864 à 1869 une série de brochures, mais ces ouvrages constituent surtout un plai-

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doyer pour l’homosexualité, considérée jusque-là comme un vice dégoûtant.

En 1870, parut dans le mémoire de Westphal (130) la première étude générale de la question. Il créa le terme de « contrare sexualempfindung » — sentiment sexuel contraire, pour désigner l’inversion qu’il décrit comme un symptôme d’un état névro ou psychopathique. A l’appui de cette théorie, il publie l’observation suivante :

OBSERVATION 3. — Jeune fille de 35 ans, conduite à l’Asile de la Charité en mai 1864 pour affection mentale. Père suicidé dans une période de mélancolie. Aurait eu de lattirance, dès son jeune âge pour les filles ; n’a senti d’excitation génitale que lorsqu'elle a été menstruée. Depuis l’âge de 23 ans jusqu’à son entrée à l’Asile, se livre à l’onanisme avec fureur, comme mue par une impulsion irrésistible, 8 jours avant et 8 jours après les règles. En août 1863, à la suite d’un amour contrarié, tombe peu à peu dans une sorte de stupeur rompue par intervalles d’accès de manie. Conduite à l’Asile dans un état d’excitation effroyable, avec cris, menaces de mort, etc, présente pendant son séjour à lAsile des périodes de dépression et d’excitation pendant lesquelles on la surprend parfois à embrasser d’autres malades.

À la suite de Westphal, de nombreux auteurs se sont occupés de l'homosexualité, tant en France qu’à l'étranger.

Rapportons les observations suivantes de Von Gock (35) et de Servaës (126), particulièrement instructives pour notre étude.

Cas de Von Gock. — OBSERVATION 4. — Il s’agit d’un homme atteint de folie cyclique, chez lequel il se produisait pendant létat d’exaltation un sentiment sexuel pour les hommes. Le malade se prenait alors pour une femme.

Cas de Servaès. OBSERVATION 5. — Frantz E.…., âgé de 35 ans, arrêté en 1871 pendant qu’il faisait des propositions obscènes à un gardien de nuit. Son état mental étant suspect, il fut envoyé à l’Asile pour être observé et y resta pendant 15 mois. Il offre dans toute sa netteté le type de la folie circulaire. Il présente une première période d’excitation de huit à quinze jours à laquelle succède une courte période de dépression mélancolique. Les deux périodes

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constituant l’accès, sont séparées de l'accès suivant par un intervalle lucide de quelques jours. C’est pendant la période d’exaltation qu’il présente, à l’état de paroxysme, la perversion sexuelle. Il parle beaucoup et tous ses discours se rapportent à ses préoccupations. Il provoque et poursuit tout homme qui l’approche. Ses regards passionnés se fixent avec insistance sur les médecins et les infirmiers. Insomnie presque invincible durant cette phase. Au moment de la pius violente excitation, il tombe subitement dans une profonde stupeur qui devient peu à peu un état mélancolique avec conscience de sa situation, sentiment de repentir, larmes, désir de guérir. Enfin, arrive l’intervalle lucide.

OBSERVATION 6. — Catherine W.., 16 ans, non encore réglée ; le père est d’une nature coléreuse et emportée. Sept semaines avant son admission (3 décembre 1872), dépression mélancolique et irritabilité. Le 27 novembre, accès de folie furieuse qui a duré deux jours. Ensuite, de nouveau mélancolique. Le 6 décembre, état normal. Le 24 décembre (vingt-huit jours après le premier accès de folie furieuse), elle est tranquille, déprimée. Le 27 décembre, état d’exaltation (gaîté, rire, etc.), avec rut amoureux pour sa gardemalade. Le 31 décembre, accès mélancolique subit qui disparaît après une durée de deux heures. Le 20 janvier, nouvel accès tout à fait analogue au premier. Accès pareil le 18 février, en même temps, traces des menses. La malade avait une amnésie absolue pour tout ce qui s'était passé pendant ses paroxysmes et apprit en rougissant et avec un grand étonnement le récit des faits passés.

A la suite, elle eut encore des accès avortés, maïs qui, grâce à la réglementation des menses, au mois de juin, ont fait place à un complet bien-être psychique.

Dans ces trois observations, nous retrouvons au cours d’accès d’excitation maniaque des manifestations homosexuelles à peu près identiques, sous forme d’agressions érotiques sur l’entourage. La corrélation très nette entre ces manifestations et les troubles de la fonction menstruelle, qui est signalée dans le 3° cas, est particulièrement intéressante à retenir.

Il nous faut placer, en tête des travaux qui parurent par la suite, l’œuvre de R. von Krafft-Ebing, qui publia sa première étude sur l’homosexualité en 1877 et qui consacra ensuite une grosse part de son activité à cette question.

S'appuyant sur un matériel d’observation considérable, il établit une classification de l’homosexualité dans laquelle il voit une manifestation de dégénérescence troublant l’harmonie entre les caractères somatiques et psychiques. Suivant le degré de la tare héréditaire, on observe, dans les cas peu prononcés, seulement un hermaphrodisme psychique ; dans les cas un peu plus graves, les sentiments et les penchants homosexuels sont limités à la vita sexualis ; dans les cas plus graves, toute la personnalité morale, et même les sensations physiques, sont transformées dans le sens de la perversion sexuelle ; enfin, dans les cas tout à fait graves, l’habitus physique même paraît transformé conformément à la perversion. C’est ainsi qu'il distingue :

1° L’inversion simple du sens sexuel.

2° Eviratio et defeminatio, où la personnalité tout entière du sujet subit un changement de disposition en harmonie avec sa modification de l'instinct sexuel.

3° Transition à la métamorphose sexuelle paranoïaque, où le changement est si complet que par moment le sujet croit qu’il y a eu un changement physique.

4° Métamorphose sexuelle paranoïaque, comprenant des illusions systématiques de transmutation de sexe.

Par ailleurs, un chapitre entier de sa Psychopathiasexualis, est consacré aux phénomènes de la vie sexuelle morbide dans les diverses formes et états de l’aliénation mentale.

Nous empruntons à son œuvre plusieurs observations.

Les premières ont trait aux formes curieuses d’homosexualité que Krafft Ebing (52) désigne sous la dénomination de métamorphose sexuelle paranoïaque et aux formes de transition.

A ce sujet, voici deux exemples très démonstratifs : le premier, celui d’un médecin, a été très bien étudié.

OBSERVATION 7. — Cet homme n’avait pas d’instinct pour son propre sexe, mais dans son for-intérieur il se sentait complètement étranger au sexe masculin. Il avait les sensations d’une femme et ce sentiment d’être une femme le saturait entièrement, sans que l’on pût constater en lui le moindre signe de folie.

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Cependant, dans cette longue auto-observation, on note l’existence de crises de neurasthénie avec deux tentatives de suicide dans la jeunesse, des insomnies, des hallucinations. Il parle également d’accès de goutte ou de neurasthénie que « je confondais souvent ».

Le sentiment de sa transmutation de sexe s’est effectué d’ailleurs après le dernier accès, au cours duquel il a souffert de sténocardie, de crampes dans le menton et dans le nez, dans le cou ct dans le larynx, d’hémicranie, de spasmes dans les muscles du diaphragme et de la poitrine. Tous ces symptômes, qui ont duré trois ans, peuvent, pensonsnous, être rattachés à une atteinte nerveuse. « Pendant ma dernière maladie, écrit le malade, j'avais eu beaucoup d’hallucinations de la vue et de l’ouïe, il me semblait être une personne double...

& Les changements principaux que j'ai observés sur moi depuis ma complète effémination sont les suivants :

« 1° La sensation constante d’être une femme des pieds à la tête.

« 2° La sensation constante de posséder les parties génitales féminines.

« 3° La périodicité des troubles mensuels.

« 4° La convoitise féminine se manifestant régulièrement, mais sans le désir d’un homme déterminé.

« 5° La sensation passive féminine dans le coït.

« 6° Consécutivement au coït, l’impression d’être la partie fécondée.

« 7° La sensation féminine dans les images du coït.

« 8° A l’aspect des femmes, la sensation d’être des leurs avec lintérêt féminin que cela comporte.

« 9° A l’aspect des hommes, l’intérêt féminin qu’ils comportent.

« 10° A laspect des enfants de même.

« 11° La tournure mentale modifiée, une patience beaucoup plus grande.

« 12° La résignation enfin acquise à mon sort, que je ne dois, il est vrai, qu’à la religion positive ; autrement, j’aurais mis fin à mes jours depuis longtemps. »

Krafft-Ebing (53), à propos de cette observation, insiste sur ce que l’anomalie psychique de la transmutation de sexe « a trouvé un très puissant point d'appui en des sensations somatiques s'imposant de force au conscient. Malgré cela, son moi est en état de prétendre dominer ces processus morbides psycho-somatiques, exemple bizarre d’obsession dans les sensations et les

représentations, sur la base d’une tare neurologique, et qui est d’une grande valeur pour la compréhension des voies par lesquelles s’accomplit la transformation psychosexuelle.

OBSERVATION 8. — La. deuxième observation concerne une femme dans les antécédents héréditaires de laquelle on remarque que sa mère est morte d’une affection nerveuse et que plusieurs de ses frères et sœurs sont atteints de troubles mentaux.

Aucun antécédent personnel homosexuel. Réglée à 18 ans. Mariée à 21 ans. Six enfants. Rien jusqu’à 36 ans. Elle eut alors une attaque d’apoplexie et dut garder le lit pendant près de deux ans, atteinte de graves troubles neurasthéniques (agrypnie, pression dans la tête, battements de cœur, dépression psychique, sensation de force physique et intellectuelle brisée, atteignant les sensations de délire imminent, etc...).

Au cours de cette maladie, il se manifesta une modification bizarre de sa façon de sentir psychique et physique. Les bavardages des femmes qui venaient la voir, sur l’amour, les toilettes, les bijoux, la mode, les affaires de ménage et de domestiques éveillent chez elle du dégoût. Il lui était pénible d’être elle-même une femme. A l’étonnement de son entourage, ses traits jusqu'alors très délicats et certainement féminins se modifièrent : ils prirent une expression masculine, de sorte qu’elle faisait à chacun l'impression d’un homme travesti en femme. Elle se plaignit à son médecinconfident de ce que la menstruation était désormais pour elle comme une importunité qui lui était étrangère et ne la regardait pas. Du reste, elle ressentait une transformation bizarre dans tout son être. Elle avait comme des élans de force musculaire, avec l’envie de faire des exercices de gymnastique : par moment, elle se sentait jeune comme à 20 ans. Sa voix devint plus profonde, rauque, virile. Sa vie antérieure comme femme lui apparaissait comme quelque chose d’étrange et qui ne lui convenait pas, elle ne se retrouvait que difficilement dans le rôle de femme. Ses traits devinrent de plus en plus virils. Elle se plaignit à son médecin de n’avoir plus la sensation interne de ses parties génitales; elle avait la sensation d’avoir le corps obstrué et la région des parties génitales agrandie ; elle avait souvent la sensation nette d’avoir un pénis et un scrotum. Elle manifestait également une libido virile bien nette. La patiente retrouva peu à peu son équilibre dans sa nouvelle forme psychophysique étrange et morbide. Alors, chez elle, elle se comporta comme un homme, ce qui donna lieu à des disputes

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dans le ménage. Le commerce conjugal avec son époux lui semblait horrible et impossible. Par intermittence, la malade ressentait encore des élans féminins. Elle retrouvait alors la sensation d’avoir des parties génitales féminines et des seins bien à elle ; mais les règles lui étaient pénibles, et elle avait le sentiment qu’elle ne pourrait plus supporter une seconde « mutation » de ce genre sans devenir folle.

Cette observation fut recueilie en 1892 ; quatorze ans plus tard, dans l’ensemble, l’état est resté le même. Elle porte toujours une voilette ; il lui est poussé de la barbe, qui naturellement est visible. Elle a trouvé sa consolation dans la religion, elle supporte son désarroi moral comme une épreuve et n’en parle guère.

Cette observation est tout à fait comparable à la précédente ; nous y retrouvons une étiologie identique, et toutes choses égales d’ailleurs, puisqu'il s’agit d’individus de sexes différents, des sensations analogues quant à la transformation du corps ; remarquons les modifi- ‘ations caractéristiques du timbre de la voix, décrites ici, que nous retrouverons souvent.

C’est avec raison, pensons-nous, que Krafft-Ebing (53) les rapproche, quant au mécanisme, des observations suivantes de métamorphose sexuelle paranoïaque, où les mêmes phénomènes ne sont pas évoqués aussi clairement à la conscience du malade et où ils provoquent un comportement délirant ; c’est dans ce cadre de la métamorphose sexuelle paranoïaque qu’il range les observations d’Esquirol, que nous avons relatées plus haut.

OBSERVATION 9. — N.…., 23 ans, pianiste, a été reçu vers la fin du mois d'octobre 1865 à la maison de santé d’Illenau. Pas de tares héréditaires vésaniques. Masturbation à partir de 15 ans. À 22 ans, neurasthénie, avec battements de cœur, insomnie, céphalées, très excité sexuellement. En septembre 1865, il tombe amoureux d’une artiste et presqu'en même temps il devient malade de paranoïa persécutoria (entendait des injures dans la rue, voyait des actes hostiles, trouvait du poison dans ses aliments). Accidentellement, il entendait dire à son entourage : « Voilà qu’on lui enlève le sperme, voilà qu’on lui enlève la vessie. »

Au cours des années 1866 à 1868, la manie de la persécution est remplacée en grandes parties par des idées érotiques, la base somatico-physique était une excitation violente et continuelle de la sphère sexuelle. Il est amoureux de cha-

arts

que dame qu'il voyait, demande impérieusement le consentement au mariage. Masturbation continuelle. Des voix l'accusent d’avoir une attitude indécente vis-à-vis des femmes. Au cours de l’année 1872, l’état neurasthénique prend un développement considérable, des hallucinations olfactives se produisent, des ondulations magnétiques agissent sur lui. Sous le coup d’une excitation violente et continuelle et d’excès de masturbation, le processus de l’éviration progresse de plus en plus. I n’est plus qu’épisodiquement homme, il est consumé du désir d’être femme ; la prostitution éhontée des hommes, dans cette maison, rend impossible la venue d’une femme vers lui ; il est empoisonné par un poison de lubricité qui agit sur l'instinct génital.

Idées de grandeur, il possède un admirable rayonnement des pensées par les yeux qui vaut 20 millions, mais il entend aussi des propos infâmes et demande une machine à boucher les oreilles. À partir du mois d’août 1872, il se comporte de plus en plus en femme ; il ne peut vivre au milieu d'hommes qui fument et boivent, on doit le mettre dans la section des femmes. Pris de ténesme et de spasme de la vessie, il demande à être transporté dans une maternité et traité comme une femme enceinte. Passagèrement il se sent encore, par moments, homme, mais il plaide d’une manière très significative pour son sens sexuel morbide, inverti.

À partir du mois de décembre 1872, la conscience de sa personnalité se transforme définitivement en une conscience féminine. Il a été de tout temps une femme, mais, entre un et trois ans, un empirique charlatan français lui a greffé des parties génitales masculines et a empêché le développement de ses mamelles en lui préparant le thorax.

Il demande énergiquement à être interné dans la section des femmes, à être protégé contre les hommes qui veulent le prostituer et à être habillé en femme. Dans ses souvenirs, il considère son individualité d'autrefois comme celle d’un cousin à lui.

Il parle de lui à la troisième personne, déclare être la comtesse V.., la meilleure amie de l’impératrice Eugénie, demande des corsets, des parfums. Comme il n'obtient pas les vêtements de femme ni les souliers à hauts talons qu’il a demandés, il préfère rester toute la journée au lit, se comporte en femme noble et souffrante, demande des bonbons, fait des nattes avec ses cheveux, s’épile le visage et fait avec des petits pains un buste de femme.

I meurt le 2 décembre 1874 de tuberculose pulmonaire, A l'autopsie, on trouve (Docteur Schüle), une atrophie du lobe frontal ; les testicules sont petits et flasques.

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OBSERVATION 10. — X..., 33 ans, instituteur, célibataire, descendant probablement d’une famille tarée, névropathe chronique, émotif, poltron, ne pouvant supporter aucune dose d'alcool ; a commencé à se masturber à 18 ans, a présenté à 30 ans des symptômes de neurasthénie sexuelle (pollutions suivies d’abattement, se produisant même le jour avec le temps, douleurs dans la région du plexus sacré). A cela viennent s’adjoindre peu à peu de l’irritation spinale, de Ja pression céphalique, de la cérébrasthénie. Depuis le début de 1885, le malade s’est abstenu du coït, qui ne lui procurait plus de sensations de volupté.

Il se masturbait fréquemment.

En 1888, début de la folie de l’observation. Il remarquait qu’on l’évitait, qu’il avait une exhalaison nocive, qu’il puait (hallucinations de FPodorat) et il s’expliquait ainsi le changement de conduite des gens à son égard, et aussi leurs éternuements, leur toux, etc. Il sentait des odeurs de cadavre, d'urine pourrie. Il attribuait sa mauvaise odeur à des pollutions internes. I] les reconnut à une sensation d'écoulement de liquide de la symphise vers la poitrine. X... quitta bientôt la clinique. II y revint en 1889, dans un ctat avancé de paranoïa masturbatoire, avec délire de la persécution. Au début de mai 1889, le malade se fait remarquer par le fait qu'il devient grossier ; quand on l’interpelle en lui disant Monsieur, il proteste en prétendant être une femme. Ce sont des voix qui le lui disent. Il remarque qu’il lui pousse des seins. Il y a huit jours, dit-il, les autres ont pratiqué sur lui des attouchements voluptueux. Il a entendu dire qu’il était une putain. Dans ces derniers temps, il a fait des rêves de coït. Il a rêvé qu’on pratiquait le coït sur lui femme. Il ressent l’immission du pénis, et, au cours de cet acte en rêve il a une sensation d’éjaculation.

Nous aurons l’occasion de relater de nombreuses observations analogues. Remarquons en passant un caractère commun aux deux cas précédents, l’excitation génitale intense ; nous insisterons plus loin sur cette particularité clinique, que nous avons retrouvée d’une manière très générale.

Dans son chapitre sur les perversions sexuelles symptomatiques d’états psychopathiques, Krafft-Ebing (52) insiste précisément sur la violence parfois périodique de l'instinct sexuel dans les états d’arriération mentale et de démence, et ses manifestations brutales.

Dans plusieurs cas, il rapporte des actes d’homosexua-

lité dans des états épileptiques ; il cite à ce sujet des observations de Tarnowsky (124), que nous étudierons avec l’œuvre de cet auteur ; de même que certains cas d’homosexualité périodique, qui sont rapprochés par Krafft-Ebing (52), des états de manie avec homosexualité tels que ceux relatés plus haut de Servaës et de Von Gock ; il établit du reste une analogie entre ces manifestations de l’épilepsie et de la folie périodique.

Nous reproduisons l’observation ci-dessous, dans laquelle l’homosexualité est apparue au cours de lévolution d’une démence sénile. Krafft-Ebing (53) la rappôrte dans un chapitre relatif aux manifestations sexuelles paradoxales (se produisant dans l’enfance ou dans un état d’involution).

OBSERVATION 11. — M. X.., 80 ans, de haute condition sociale, de lourde hérédité familiale, ayant toujours eu de grands besoins sexuels, cynique, de caractère anormal et coléreux, ne présenta jamais de phénomènes d’homosexualité ; il eut des maîtresses, et il eut un enfant de l’une d’elles; il se maria à 48 ans par inclination, eut encore six enfants et ne donna à son épouse, pendant le mariage, aucun sujet de plainte Depuis un an, il existe des signes de démence sénile au début. Le patient est devenu oublieux ; il localise à faux dans le passé et il ne se retrouve pas bien dans le calcul du temps. Depuis quatorze mois, on remarque un véritable penchant amoureux pour certains domestiques mâles, notamment pour un aide jardinier. Habituellement rude et distant envers les subordonnés, il comble celui-ci de marques de faveur et de cadeaux, et il ordonne à sa famille et aux gens de la maison de lui témoigner la plus grande considération. Il attend dans un vrai rut les heures de rendez-vous. Il renvoie sa famille pour être en tête-à-tète, sans trouble, avec son bien-aimé ; il s’enferme avec lui pendant des heures, et quand les portes se rouvrent, on le trouve complètement épuisé sur son lit de repos. Outre ce bien-aimé, le malade a épisodiquement des relations avec d’autres serviteurs. On n’observe aucune excitation érotique pour le sexe féminin, bien que le malade habite encore la même chambre à coucher que sa femme.

Schopenhauer (113), qui fut peut-être atteint luimême d’homosexualité tardive, pensait qu’il fallait voir dans de tels phénomènes une preuve de la sagesse de la Nature, qui en dirigeant vers leur propre sexe l'instinct

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érotique des vieillards, évitait qu’ils puissent reproduire des descendants tarés.

En France, Ball (5), dans son ouvrage sur la Folie Erotique, rapporte les deux observations suivantes, que nous résumons ici :

OBSERVATION 12. — Il s’agit d’un jeune homme de 21 ans, d’un beau développement physique et d’un extérieur agréable. Antécédents héréditaires inconnus. Destiné à la prêtrise, a été élevé au séminaire et a reçu une éducation supérieure. Bachelier ès lettres et ès sciences. Au grand séminaire, a fait des excès de travail en préparant à la fois la licence ès lettres et le doctorat en théologie.

Le début de la maladie ne peut être nettement précisé. Délire des grandeurs : à la mort du cardinal Guibert, il se présente à larchevêché pour recueillir sa succession, le Pape lui ayant promis le chapeau de cardinal et l’archiépiscopat de Paris. Il est aussi persécuté : il se lamente sur les déformations que ses ennemis font subir à son beau corps ; on a abaïissé son front, détruit l’ovale de son visage, ramolli et perforé les os du crâne.

Hallucinations génitales. À chaque instant, il se croit victime de tentatives de pédérastie de la part de ses persécuteurs et de ses confrères en aliénation. Il emploie à ce sujet les expressions les plus significatives : « Je suis, dit-il, la proie de bêtes brutes compliquées de l’esprit de Pourceaugnac. » [1 prétend que ses ennemis ont poussé l’outrage jusqu’à le faire changer de sexe. Ils ont réussi à le rendre femme.

« Je suis, écrit-il, la prostituée de tous les fous de Sainte- Anne, dont pas un seul n’est noble. » Il ajoute : « Le moyen d’avoir de l’appétit quand j'arrive à table, le nez, la bouche, les intestins gorgés de sperme ! » Il lutte de toutes ses forces, mais inutilement, contre toutes ces profanations, obsessions étranges qui le rendent le plus malheureux des hommes.

OBsERVATION 13. — Vers la fin de l’Empire, un persécuté, sequestré dans une maison de santé, s’imaginait que le gouvernement, pour le punir de ses opinions politiques, faisait entrer clandestinement dans l'établissement et jusque dans sa chambre des hommes destinés à lui faire subir les plus infâmes outrages. « Ils viennent perpétuellement me césariser », disait-il.

Ces deux observations offrent de nombreuses analogies avec celles que Krafft-Ebing (52) range sous la rubrique de la métamorphose sexuelle paranoïaque.

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En 1880, Moreau de Tours (82), dans son livre sur les aberrations du sens génésique, les décrit comme de véritables délires, et les rapproche des maladies du système nerveux. Il fait un long historique très pittoresque, et décrit plusieurs formes sous lesquelles la folie se présente liée à la fonction sexuelle ; il s'étend peu sur l’homosexualité, dont il fait une anomalie de l'intelligence. I1 donne quelques exemples qui valent plus par le côté anecdotique que par l’observation médicale. « Que dire des inventions véritablement diaboliques de certains individus pour arriver à assouvir leur passion ? écrit-il. N’a-t-on pas vu, en 1877, un homme qui, se trouvant dans un cabaret, proposa à deux consommateurs de les attacher dos à dos, en leur assurant qu’il se faisait fort de les soulever ensemble avec les dents. Quand les deux individus furent liés l’un à l’autre, l’auteur de la proposition se livra sur eux à des actes d’obscénité qu’on ne peut indiquer. »

Et il termine rapidement son chapitre par cette phrase: « Mais jetons un voile sur un sujet aussi triste pour honneur de humanité. »

En 1882 parut le mémoire de Charcot et Magnan (13) sur l’Inversion du sens génital et autres perversions sexuelles, où ils montrent que l’inversion n’est souvent qu’un symptôme d’un état psychopathique.

OBSERVATION 14. — A ce sujet, ils décrivent le cas d’une maniaque, âgée de 33 ans, qu’ils ont observée à la Salpêtrière. A plusieurs reprises et pendant des journées entières, elle voulait, disait-elle, faire comme l’homme. Elle cherchait à retrousser la robe des surveillantes, les suppliant de cohabiter avec elle ; se montrant d’autre part indifférente à l’égard des hommes venus à côté d’elle.

Magnan pense que les anomalies, les aberrations et les perversions sexuelles se montrent dans la catégorie d’aliénés, que l’on désigne sous le nom de dégénérés. Il établit une classification de ces anomalies, basée sur l’anatomie et la physiologie.

Les spinaux, premier groupe, sont réduits au réflexe simple du centre médullaire génito-spinal de Budge, c’est l'onanisme chez l’idiot complet. Pour les seconds, spi-

Noire

naux cérébraux postérieurs, le réflexe part de l'écorce cérébrale postérieure et aboutit à la moelle. La vue, Fimage d’un sujet de sexe différent, quelles que soient ses qualités, provoque l’orgasme vénérien. C’est l’instinct purement brutal. Un troisième groupe comprend les spinaux cérébraux antérieurs ; le point de départ du réflexe est dans l’écorce cérébrale antérieure, c’est une influence psychique comme dans l’état normal qui agit sur le centre génito-spinal. Mais l’idée, le sentiment sont ici pervertis. Enfin, les cérébraux antérieurs ou psychiques, ce sont des extatiques, des érotomanes. Cest dans le groupe des spinaux cérébraux antérieurs que Magnan range les homosexuels.

Cullère, dans un travail de 1886 (20), sur les perversions sexuelles des persécutés, signale qu’un grand nombre de ses malades présentent des conceptions érotiques de nature variée. Chez les femmes, ce sont souvent des hallucinations les accusant de mauvaise vie, ou des hal- Jucinations génitales qui font se plaindre les malades d’attouchements impudiques, de viol. « Lorsque je sentirai qu’on me viole, disait une malade hallucinée, je remuerai tant que cela ne pourra pas rentrer. » Les hommes se plaignent d’actes de sodomie, parfois d’y être poussés ; on modifie leurs organes sexuels, on leur donne de l’excitation génitale, on leur enlève leur force virile. Nous relevons dans son travail les deux observations suivantes, que nous reproduisons très résumées :

OBsERVATION 15. — M. V.., capitaine d’artillerie, âgé de 45 ans, présente depuis une dizaine d’années un délire de persécution avec hallucinations de l’ouïe, on lui parle continuellement dans les oreilles au moyen du fluide électromagnétique, sensations de courants électriques dans le corps et les membres, de violente commotion au cœur, de douleurs de tête comme percée par une vrille. Sentiment d’influence ; on le pousse à commettre des actes honteux, comme si la police voulait faire de lui l’homme le plus vil et le plus ignoble qui ait jamais existé ; on lui suggère toutes sortes de pensées immorales et une excitation des plus intenses à commettre un crime odieux. Cette excitation a quelquefois pour objet le vol, mais le plus ordinairement elle porte sur le crime horrible de sodomie. « L’action magnétique la plus forte est exercée sur moi, et particulièrement sur mes yeux,

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pour me faire regarder, soit la région indécente du corps des hommes, soit les individus indécemment placés. Je proteste de toute ma force contre cette excitation au crime... Quant au sodomisme, il m’a toujours paru et me paraîtra toujours tellement ignoble que je n’ai jamais cru qu’il puisse y avoir des hommes assez vils pour se dégrader au point de commettre une telle ignominie. »

M. V.. ne présentait aucun stigmate suspect, c'était un bel homme ; chez lui la dégénérescence était purement psychique.

OBSERVATION 16. — L’abbé L.., âgé de 49 ans, est entré à l’Asile depuis 20 ans, son évêque le dit atteint d’hallucinations de la pire espèce.

C’est un homme de taille moyenne, de formes grêles, sa figure semblable à celle d’une vieille femme est absolument imberbe. Les parties génitales complètement glabres ont à peine les dimensions de celles d’un enfant de quatre ans.

Arrêté à N…., pour s'être présenté chez MM. A... et G... dont il dit avoir à se plaindre. A l’aide de l’esprit de vin, ces personnes entretiennent une conversation continuelle avec lui et le prennent aux parties génitales. Ils se disputent à qui le possédera seul.

M. L.…. s’imagine qu’un individu du nom de Rudi s’est attaché à sa personne et est l’auteur de toutes les persécutions dont il est l’objet. Rudi ne le quitte pas d’une semelle, lui donne des ordres et lui parle par-dessus les murs à l’aide de tuyaux, formés de boyaux d’hommes déterrés dans les cimetières. Il a empoisonné de nombreuses familles, c’est lui qui a dirigé le bras qui a poignardé l’archevêque de Paris. Mais Rudi n’est pas seulement empoisonneur : « C’est un homme impudique, d’une impudicité presque sans exemple. Lorsque j'étais vicaire à F.., il couchaïit avec la domestique de la cure, dont je n’étais séparé que par une cloison toute trouée. Il en vint à coucher avec moi, il venait se placer à côté de moi lorsque je dormais.. Pendant la nuit, se reposant ainsi à mon côté, il me mettait à la délectation vénérienne. Il fallait que je me contraignisse extrêmement pour résister à ses tentations.

« Il n’a qu’une affection, celle de m'’exciter à l’impureté. Il est onaniste.. Il aime autant l’homme que la femme. »

Cullère cite également, d’après Baiïllarger, le cas d’un médecin devenu aliéné chronique, qui, pendant longtemps, n’avait pu s'empêcher de regarder la saillie que font à travers le pantalon les organes génitaux de l’homme, ce qui lui donnait l’inquiétude d’être accusé de mauvaises mœurs.

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Cullère pense que les tendances homosexuelles exprimées dans le délire de ces malades ne sont qu’une manifestation de dégénérescence. La seconde observation est remarquable par la notion des particularités morphologiques (visage glabre, organes génitaux peu développés), qui montrent une régression des caractères sexuels du sujet.

Dans sa thèse, Paul Sérieux (116), en 1888, soutient que les anomalies sexuelles ne sont que des symptômes des états pathologiques les plus divers : dégénérescence mentale, manie, mélancolie, hystérie, épilepsie, délires systématisés, paralysie générale, démence sénile.

Nous extrayons de son travail un certain nombre d’observations. D’abord, les trois cas suivants que nous résumons brièvement :

OBSERVATION 17. — Augustine L..., 14 ans. Onanisme depuis 3 ans. Plus tard, tendances au vol, habitudes du mensonge, irascibilité avec violences sur son entourage.

L’excitation génitale augmente avec le nombre des années; habitudes invétérées d’onanisme, mots obscènes, simulation de coït avec une autre petite malade à qui elle introduit un barreau de chaise dans les orifices vulvaire et anal. Elle court les champs avec les garçons de 16 ans qu’elle à provoqués. L’étiologie de son affection est assez obscure cependant. Nous relevons dans l’observation un léger strabisme, des crises de narcolepsie, pendant lesquelles elle s’endort sur les bancs, des crises convulsives sans caractères nets de comitialité ; antécédents héréditaires et collatéraux très chargés.

OBSERVATION 18. — Marguerite V., 12 ans. Dans ses antécédents, scarlatine à 4 ans, avec excitation cérébrale. Depuis colères avec impulsions violentes ; onanisme avec excitation génitale intense ; pratique des attouchements sur ses compagnes ; essai de coït avec son jeune frère âgé de 3 ans ; débauche sa cousine, l’embrasse, lui déclare qu’elle l’aime. A 11 ans, clitoridectomie qui n’amène aucune modification.

OBSERVATION 19. — Antonine G.…., 13 ans. Arriérée, n’a marché qu’à 3 ans et parlé qu’à 6. Alternance d’agitation et de somnolence ; puis insomnie habituelle. Se masturbe depuis l’âge de 3 ans, d’une façon presque continuelle. En classe elle débauche ses compagnes, onanisme réciproque.

L'observation suivante a retenu particulièrement notre attention :

OBSERVATION 20. — Jeanne-Lucienne Pi.., 38 ans. Hérédité névropathique et vésanique très chargée. Sur un fond de constante excitation intellectuelle, des conceptions délirantes de toute espèce, idées ambitieuses, hypocondriaques, de persécution s’enchevêtrent de la façon la plus incohérente et se mêlent à une erreur de sexe.

Deux mois avant son entrée, elle annonce qu’elle est hermaphrodite, puis elle part pour Paris afin d’éditer ses œuvres ; là elle veut se mettre cuisinière.

Elle a les pensées d’un homme, d’un philosophe ; son éloquence est virile, sa poésie idéale, elle arrivera à imiter le Dante. Elle possède une double voix d'homme et de femme : elle se met en effet à chanter, d’une voix grave, puis d’une voix aiguë. C’est sa transformation de personnalité, son changement de sexe qui la préoccupe au plus haut point. Elle s’est aperçue qu’elle devenait hermaphrodite, il y a 6 ans, à ce que ses règles ne venaient pas régulièrement et à ce que le sperme tachait son linge ; en ce moment elle a ses règles, mais après elle aura un écoulement de sperme. Le sexe féminin, dit-elle, est plus développé que le masculin. Plus elle vieillit, plus le sexe masculin domine. Elle montre sa gorge, ses doigts. « Sont-ce les doigts d’une femme ? » Son cou grossit. Elle recherche les hommes, mais c’est pour causer philosophie, sciences ; on lui fait venir des rêves voluptueux ; femmes et hommes unis. (Organes génitaux normaux).

Elle écrit de nombreuses lettres ; la façon différente dont elle signe mérite d’être remarquée ; tantôt elle emploie son prénom de femme, tantôt le prénom masculin correspondant, tantôt tous les deux à la fois.

« À Monsieur le Directeur,

« Je viens d’avoir mes règles pendant deux jours ; mes trois chemises sont à votre disposition. car je tiens à ce que vous fassiez constater mon double sexe. Faites pour cela couler dans ma chemise douce, blanche et propre, le sperme de mon petit membre viril, il se trouve à huit ou dix centimètres dans l’intérieur de mon ventre, placé à gauche.

« Jeanne P. »

« .…J’invite Mme Eugénie Bonaparte à venir me visiter la

nuit. Si je puis recevoir des hommes à partir de 10 h. du soir, je causerais avec plaisir à M. P. de Cassagnac, etc...

« Jeanne »,

Ts

« Je ne veux pas reproduire en ce moment avec les hommes et jamais avec les bêtes.

« Jean(ne) Pic. >

« À Madame la Grande Maïtresse des Macçons,

« Ma sœur, je viens vous demander des explications. Suis-je, oui ou non, internationale ? Je suis, j'en suis persuadée, hermaphrodite. Je réclame aux F.M. le droit de porter un costume d’homme et de voter au besoin.

« Jeanne-Lucien. >

Sérieux ajoute : Cette transformation délirante nous semble étre sous la dépendance du délire ambitieux ; grâce à son état d’excitation maniaque, à la suractivité morbide de toutes ses facultés, la malade se sent capable de tout. Elle a les pensées d’un poète, d’un philosophe, le courage d’un guerrier, elle veut monter à cheval comme un officier ; de là à croire à une transformation de sexe il n’y a qu’un pas, et notre malade, fille de névropathe, faible d’esprit, depuis plusieurs années déjà accoutumée à délirer, la bien vite franchi.

OBSERVATION 21. — La sœur d’une de nos malades est atteinte d’inversion. Fille d’un père épileptique, incestueux, et d’une mère aliénée. Elle déteste les hommes. A 17 ans, onanisme sur sa sœur. Elle a entretenu une femme dont elle était très jalouse et qu’elle battait. Elle boït, fume, a de la mcustache.

Chevalier (15) consacre une partie de son ouvrage sur lInversion sexuelle à l’étude des perversions sexuelles survenant au cours des états d’aliénation mentale. Il rapporte un certain nombre d’observations, concernant des malades atteints de manie, de délire chronique, de dégénérescence, d’épilepsie, de paralysie générale et de démence sénile. Nous avons eu déjà l’occasion de relever celles qu’il emprunte aux ouvrages que nous avons analysés précédemment ; nous en reproduisons plusieurs autres ; la première au sujet d’un épileptique.

ÜJBSERVATION 22. — Je me rappelle, écrit-il, avoir examiné, au cours d’une visite faite à Bicêtre, en 1886, dans le service de M. Bourneville, un jeune homme d’une quinzaine d’années, bien développé, épileptique ; en temps ordinaire, calme, gai, intelligent, bon ouvrier, qui, à certains moments, était pris d’une rage pédérastique d’une violence inouïe. Quand l'ictus

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