‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 14 sur 39 · EN ES · texte numérisé non relu

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mières sont des exemples, plus ou moins démonstratifs d’homosexualité périodique.

OBSERVATION 26. — Un malade, qui adorait sa femme, une beauté, élevait admirablement ses enfants, était lui-même d’une noble et poétique nature, séduisit secrètement deux jeunes garçons, deux frères, et graduellement les amena l’un et l’autre à devenir alternativement des pédérastes passifs et actifs. Alors, plusieurs fois par an, il allait avec eux dans une chambre de bain et leur faisait pratiquer, en sa présence, la pédérastie à laquelle d’ailleurs il prenait lui-même une part active. Le reste du temps il ne ressentait pas de désirs pédérastes, et il aimait la compagnie des femmes. Cependant, il défendait, avec un certain esprit, la forme de perversion sexuelle qui nous occupe.

OBSERVATION 27. — Moins démonstrative. Episode du célèbre procès de la rue Basse-des-Remparts, à Paris, en 1845.

Une femme qui louait des garnis, et qui était aussi une procureuse, déposa que pour obéir à un de ses clients qui la visitait de temps en temps et avait l’habitude de lui donner au préalable ses instructions jusque dans les plus petits détails, elle revêtait un pédéraste qu’elle connaissait, de ses propres habits, avec un bonnet, un voile, une perruque blonde avec des boucles, et dans cet attirail, qui n’était jamais changé, il se mettait à la disposition de l’habitué ; celui-ci payait largement pour ce privilège.

Le cas suivant est relaté à l’épilepsie.

OBSERVATION 28. — Un jeune homme riche, de 26 ans, avait vécu environ un an avec une jeune femme qu’il aimait beaucoup. Durant ce laps de temps, il avait eu deux crises nocturnes d’épilepsie à la suite d’un usage immodéré de liqueurs alcooliques. Il menait une existence très irrégulière, mais ne pratiquait que rarement le coït, et cela généralement avec la même femme. Il ne manifestait aucune tendance à la perversion sexuelle. Un soir, après un diner où il avait bu trop de vin, il vint à pied chez sa maitresse, dit quelques mots à la bonne qui lui ouvrit et qui linforma que sa maîtresse n’était pas encore rentrée ; il se rendit alors d’un pas assuré dans la chambre à coucher et de là dans une pièce adjacente où dormait un jeune garçon de 14 ans qu’il se mit à violer. L’enfant déchiré et dont une des mains était blessée cria au secours et la bonne accourut; le malade abandonna là-dessus le jeune garçon, se jetta sur la bonne et la viola. Il se mit alors au lit sans se

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déshabiller complètement et dormit douze heures sans se réveiller. Quand il se réveilla, il ne se rappela tout d’abord rien de ce qui s’était passé; quelques heures plus tard, il se souvint d’avoir trop bu le jour précédent et d’avoir eu des rapports avec une femme ; l'incident du jeune garçon était complètement sorti de sa mémoire. Je vis le patient deux jours plus tard. Il ne voulait pas répondre aux questions, était cérébralement déprimé et attribuait tout à l’ébriété. Quelques semaines après, il eut de nouvelles crises d’épilepsie, mais, autant que je puisse l’aflirmer, on n’observa cette fois aucune perversion sexuelle.

Pour Tarnowsky (124), manque de réflexion, absence de précautions et de toute idée d’éviter les responsabilités de ses actes criminels, obnubilation intense de la conscience de soi pendant leur accomplissement, souvenir embrouillé de ce qui s’est passé, sont les particularités qui distinguent la perversion sexuelle d’origine épileptique des perversions périodiques.

Les deux cas suivants concernent des malades atteints de paralysie générale.

OBSERVATION 29. — Je me rappelle un jeune savant qui se livrait à un travail acharné et qui observait en toutes choses l’austérité d’un ascète ; chez lui, le stade préliminaire de la maladie dura au moins deux ans pendant lesquels elle se révéla d’abord par une exaltation, puis par une perversion de l'instinct sexuel. Alors qu’il perdait graduellement sa force de volonté et que son intelligence diminuait de plus en plus, il continuait à pratiquer la pédérastie avec des cynèdes vénaux ; or, il avait un chancre mou de la verge et infecta ainsi plusieurs d’entre eux, ce qui le laissa complètement indifférent.

OBSERVATION 30. — Un homme à la nature généreuse, charitable, qui prenait à cœur l’infortune de son prochain et qui prêchait l’évangile de renoncement à soi-même et de travail acharné, gagne, par sa bienveillante activité et le génie propre de son caractère, l’amour d’une jeune fille qui devint éperdûment éprise de lui. Ils devinrent bientôt plus intimes, et, en fin de compte, se fiancèrent. Les choses restèrent en l’état plus d’une année sans franchir en rien les bornes des convenances. Subitement, leurs relations furent rompues. La malheureuse jeune fille abandonnée souffrit cruellement, sans émouvoir la compassion de son fiancé, et finalement elle eut recours au suicide par le poison. La

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complète indifférence de l'individu en question devant la fin tragique de cette jeune fille qui aurait dû lui être si chère fut le premier symptôme apparent d’un processus morbide au début. Un an plus tard, l’exacerbation du sens génésique se manifesta en partie sous forme de perversion sexuelle (sodomie), et, au bout de trois ans, le malheureux terminait ses jours dans un asile d’aliénés avec tous les signes d’une paralysie progressive régulière.

Dans la littérature italienne, signalons le cas rapporté par Raggi (99) d’un maniaque gynécomaste qui s’imaginait être une femme de chambre et recherchait le commerce des hommes. (OBSERVATION 31).

En Amérique, G. Frank Lydston (67) qui s’est beaucoup occupé de la question de l'homosexualité fait une place dans sa classification des perversions sexuelles acquises, à celles qui sont consécutives à une maladie cérébrale, avec ou sans folie caractérisée. Kiernan, également, décrivait certains cas qui tiennent à la folie, à des périodes d’involution et à des états de névroses. Ce dernier auteur fait mention d’un homme très respectable qui avait deux à trois fois par an des accès épileptiques et des impulsions à la pédérastie qui duraient huit à quinze jours. (OBSERVATION 32).

Par la suite, Féré (27) publia, en 1899, la plus importante étude française sur les perversions sexuelles sous le titre : l’Instinct sexuel, évolution et dissolution. Dans ce livre, il signale que l’apparition tardive des perversions sexuelles est souvent liée à des affections cérébrales ; elle coïncide souvent avec des états divers de faiblesse mentale, avec la démence post-apoplectique, avec la démence consécutive aux traumatismes céphaliques. Mais c’est au cours des premières phases de la paralysie générale progressive qu’elle est la plus fréquente. L’instinct sexuel, écrit-il, est quelquefois perverti dans les formes aiguës de la folie, dans la manie, dans la folie périodique, dans la paranoïa, et surtout dans l’épilepsie. Nous extrayons de son chapitre sur les perversions sexuelles symptomatiques les observations suivantes, que nous résumons brièvement.

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OBsSERVATION 33. — Un jeune garçon éprouvait pendant l'aura de l'attaque d’épilepsie, et quelquefois isolément, sous {orme de paroxysme, une modification singulière des sentiments affectifs ; il sentait tout à coup de la répulsion pour les personnes et les objets qui lui étaient chers et inversement ; il exprimait cette modification en disant: «Je change de cœur.» Il est devenu tuberculeux quelque temps avant la puberté et ses troubles comitiaux étaient devenus plus rares, spontanément ou sous l'influence du traitement ; il eut alors plusieurs impulsions sexuelles dans lesquelles il s'attaque à un jeune domestique pour lequel il manifestait ordinairement du dédain. Dans l’état intercalaire, il avait témoigné que les filles ne lui étaient pas indifférentes. L’uniformité des tentatives, qui consistaient à attaquer de face et à chercher à introduire son membre entre les cuisses de la victime, l’hébétude et la perte du souvenir qui les suivaient étaient bien de nature à montrer l’origine épileptique des impulsions.

OBSERVATION 34. — Inversion sexuelle préhémiplégique. M. P..., 63 ans, appartient à une famille arthritique. À souffert dans son enfance de crises d’asthme jusqu’à 12 ans, puis de vertiges et de migraines avec hémianopsie.

M. P.… avait épousé à 33 ans une femme un peu plus âgée que lui, avec laquelle il vivait en complète communauté d’idées, et sa mort, qui arriva en mai 1895, le laissa dans une tristesse profonde. Pendant quelques mois, il fut sujet à des céphalées beaucoup plus intenses, avec dépression plus durable. Le 24 septembre 1896, il se leva dans un état d’agitation qui frappa son entourage, d'autant plus qu'on l'avait toujours connu très réservé. Le fils d’une cuisinière qu'il a à son service depuis quatorze ans, un garçon de 18 ans, qui venait journellement dans la maison, n’avait jamais paru frapper son attention d’une manière particulière, et il ne lui parlait guère. Dès qu’il le rencontra, il se précipita sur lai avec effusion, l’embrassa, lui fit mille caresses, l’invita à déjeuner. Il entama une longue conversation sur l’infériorité des femmes au point de vue moral, comme au point de vue physique, vanta les jeunes garçons, l'amour grec, etc. Le garçon, comprenant qu'il avait affaire à un malade, s’eforçait de le calmer et cherchait à se retirer ; au moment où il se leva pour sortir, le vieillard se précipita sur lui et l'attaqua dans une direction non douteuse, Quand il fut seul, il tomba dans une torpeur dont il s'éveillait de temps en temps pour appeler le jeune homme et lui exprimer ses désirs de la manière la plus nette. Cependant le soir il s’endormit. Le lendemain, après un sommeil agité, il se réveilla, se plaignant d'une douleur de tête très intense occupant la

région fronto-pariétale gauche où il portait sans cesse la main ; il avait de l’inappétence, était très abattu mais ne manifestait plus les sentiments de la veille.

Le lendemain matin, on le trouva parlant avec difliculté, la face déviée à gauche, le bras droit engourdi et capable seulement de mouvements sans force.

Le malade avait conservé le souvenir de ce qui s'était passé avant la paralysie, il ne pouvait pas comprendre le sentiment qui s'était emparé de lui dès le réveil et que jamais auparavant il n'avait éprouvé; mais il restait convaincu que s’il n’avait pas rencontré une résistance, il serait allé jusqu’au bout ; il avait présenté tous les signes d’une excitation génitale qu’il n’avait plus éprouvée depuis plusieurs années.

OBSERVATION 35. — Perversion sexuelle liée à lataxie- Jocomotrice. M. V.., âgé de 48 ans. Aucune tare héréditaire. iien dans ses antécédents personnels. À manifesté dans sa jeunesse une excitation génitale marquée qui s’est toujours exercée dans un sens hétérosexuel. À 35 ans, apparition de douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Trois ans après, en 1886, ptosis à droite et paralysie du moteur oculaire externe du même côté, avec gène de la miction.

En novembre 1888, après une rémission des symptômes, les douleurs fulgurantes reparurent ; puis en février 1889, le malade éprouve des troubles de la marche, et une impuissance génitale complète, avec incontinence des urines.

Cette impuissance dura trois mois, disparut pour revenir s'installer de façon progressive en 1895. A cette époque, les désirs qu’il éprouvait ne provoquaient que des érections incomplètes, rendant infructueuse toute tentative de coït. Il avait dû renoncer à tout essai depuis plusieurs mois, malgré des représentations obsédantes, lorsqu’au mois d’août, déjeünant à une table d’hôte, il éprouva une excitation particulière au contact d’un jeune homme que le hasard avait placé à côté de lui. Lorsqu'il lui arriva de toucher directement sa main, il se produisit subitement une érection violente telle qu’il r’en avait pu obtenir depuis le mois de février. Il cherche à utiliser ce retour, mais auprès de sa femme, l'impuissance resta absolue. Il constata bientôt que l’excitation miomentanée qu’il avait éprouvée n’était pas la propriété élective du voisin de hasard qui l’avait provoquée tout d’abord. Plusieurs jeunes gens eurent sur lui la même influence, à l’exclusion de toute femme. C’étaient des hommes de 25 à 30 ans, présentant tous les attributs extérieurs de leur sexe et chez lesquels on ne pouvait remarquer aucun caractère permettant de soupconner une anomalie instinctive ou un vice. Il ne venait pas au malade l’idée de tenter une aventure ; mais en l’ab-

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