‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 15 sur 39 · PL SORA · texte numérisé non relu

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sence de ces jeunes gens, des représentations vives se reproduisirent fréquemment dans le sommeil, aussi bien que pendant la veille. I1 devint sujet à des pollutions nocturnes qui ne s'étaient pas manifestées chez lui depuis ladolescence. Les accompagnements physiques de ces représentations s’effaçaient sitôt qu’il se trouvait en présence d’une femme et surtout de la sienne; du reste, il éprouvait depuis que s'étaient manifestée ses premières tendances homosexuelles, une répulsion générale pour les femmes et pour tout ce qui a rapport à leur sexualité. Il n’était pas moins inquiet de cette répulsion que du plaisir qu’il éprouvait à rechercher le contact des jeunes gens. Il se sentait poussé à pénétrer dans les établissements publics, cafés, lieux de réunion, dans les assemblées où il avait chance de se trouver pressé contre les individus qui réveillaient son sens génésique, devenu insensible aux excitations normales.

Cet état durait depuis plus de cinq mois, lorsque le 12 janvier 1896, il se réveilla paraplégique, avec incontinence des sphincters. Depuis, toute trace d’activité génitale à disparu, en même temps que la tendance homosexuelle, bien que la motlité des membres inférieurs se soit rétablie.

OBSERVATION 36. — Accès périodiques de perversions instinctives chez un goutteux.

M. B.., 46 ans. Rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Dans son enfance, rougeole et scarlatine et vers buit ans une crise convulsive. Il s’est marié à 22 ans, et il a trois enfants bien portants.

A 35 ans, à la suite d’un repas copieux, il eut une attaque convulsive avec perte de connaissance, morsure de la langue, miction involontaire et suivie d’un sommeil stertoreux de plus de deux heures. On lui conseille, à la suite de cet accident, de modérer son régime et de prendre quatre grammes de bromure par jour. Pendant 18 mois, il suit ce traitement, qu’il abandonne parce que tout allait bien. Mais deux ans et demi après la crise convulsive, il éprouva des phénomènes d’un autre ordre, dont il comprit tout de suite la nature morbide, mais qu'il hésita longtemps à dévoiler, Du reste, ces phénomènes se sont reproduits périodiquement et sous une forme stéréotypée, en avril et en novembre, chaque année.

Un soir, M. B.., qui a l’habitude de se coucher vers dix heures et de s'endormir presque immédiatement, sent une excitation singulière ; sa tête se congestionne, il change de position à chaque instant, s’assoupit, mais est bientôt réveillé par des visions de tableaux lubriques où figurent de jeunes garçons. Il a des érections pénibles qui cessent immédiatement dès que lui vient l’idée que les rapports conjugaux

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pourraient faire cesser cet état. Enfin, vers deux heures du matin, il s’endort tout à fait, mais il est bientôt réveillé par une pollution provoquée par les mêmes tableaux. Après un sommeil profond, il se réveille le matin brisé et découragé. Mais au bout de peu de temps les représentations reparaissent. Il ne peut se soustraire au désir de rechercher les endroits où se réunissent les jeunes garçons ; il reste quelquefois des heures à les considérer et à varier son choix ; il les déshabille tous en imagination. Quand il a bien fixé ses préférences, il se lève du banc où il était assis pour se diriger vers l’enfant, il a une pollution subite qui l’arrête net, et le laisse dans un état de découragement extrêmement pénible, il rentre chez lui confus et est souvent plusieurs heures à reprendre sa clarté d’esprit ; plusieurs fois sa femme s’est inquiétée de ses fugues et de son air égaré au départ et de sa prostration au retour.

Au moment où il se lève pour se précipiter vers l’enfant, il se sent poussé irrésistiblement par le désir de le voir nu, mais il n’a l’idée d’aucune sorte de rapport anormal ; tout à coup, il a la vision nette de l’enfant nu, et c’est alors que la pollution se produit. Quand il a retrouvé son calme, à la fin de l’après-midi ou dans la soirée, suivant l’heure où s’est terminé le paroxysme, personne ne pourrait supposer qu’il s’est passé quelque chose de particulier. Mais sitôt couché, le même cycle se reproduit. La série dure de cinq à sept jours ; puis, un soir, le malade s'endort d’un sommeil normal et tout est terminé jusqu’au nouvel accès. Pendant tout le temps que dure la série, M. B.…., qui aime beaucoup sa femme, éprouve pour elle un sezatiment d’aversion qu’il dissimule avec beaucoup de peine. De novembre 1885 à avril 1890, ces crises se sont reproduites régulièrement deux fois par an, sans qu’il pût se déterminer à en faire l’aveu ; ce ne fut qu’à la suite d’une rencontre fortuite avec son médecin qu’il fut amené à lui confier ces accidents. On crut à des manifestations épileptiques et on lui conseilla de reprendre du bromure en augmentant la dose aux époques d’accès. Ce traitement n'eut guère de résultat, les accidents parurent moins longs, mais par contre le malade remarqua que la période de contemplation durait davantage et surtout il avait le temps de s’avancer beaucoup plus près de lenfant avant que la pollution ne se produisit On eut peur qu’il pût alors commettre un crime et on lui conseilla de cesser le traitement par le bromure. Les accès se reproduisirent depuis avec leur intensité ancienne et la même régularité jusqu’en avril 1892. Le 12 novembre 1892, M. B.… a commencé à éprouver le soir des phénomènes d’excitation analogues à ceux qui servaient de prélude aux crises précédentes, il s’endormit toutefois sans que les phénomènes génitaux arrivas-

sent à leur terminaison ordinaire. À quatre heures du matin, il se réveilla avec une douleur dans le gros orteil gauche. dont le siège et les caractères ne pouvaient laisser de doute. La goutte envahit successivement le cou-de-pied et le genou gauches, puis le genou droit. L’attaque dura six semaines, mais les troubles mentaux ne se reproduisirent plus. Ils n’ont plus reparu depuis, ils sont remplacés avec la même périodicité par des accès articulaires qui tiennent le malade au lit, mais il les préfère de beaucoup aux manisfestations d’autrefois.

Féré (27), à propos de cette observation, rapproche ces manifestations homosexuelles, des troubles mentaux qui accompagnent la goutte et particulièrement des troubles de l’émotivité. Il nous paraît intéressant de souligner chez ce malade l’importance des manifestations anxieuses au moment des accès d’excitation pervertie de l'instinct sexuel ; nous insisterons plus loin et d’une manière plus générale sur la fréquence de l’anxiété et la valeur particulière de ce syndrome qui paraît conditionner nombre des manifestations cliniques qui sont l’objet de notre étude.

L'observation suivante nous a paru, du reste, assez démonstrative à ce point de vue.

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