CHAPITRE Il
Considérations étiologiques et pathogeniques
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Jusqu'à présent, dans cet historique, nous nous sommes bornés à exposer, suivant l’ordre chronologique de leur publication, les faits tels que le comportement ou les récits des malades les ont montrés aux observateurs. La majorité des auteurs du reste étudient ces faits surtout dans leur intérêt descriptif en tant que symptômes d'états psychopathiques divers, sans entrer dans le détail d’hypothèses sur leur mécanisme pathogénique et leur nature.
Avant d'aborder l’étude de nos observations personnelles, nous ferons une série de remarques concernant l’étiologie, la pathogénie et le mécanisme des troubles que nous étudions. Ces considérations, où nous tenterons de montrer la valeur de certains facteurs psychopathiques dans le déterminisme d’états ou de tendances homosexuelles, nous amèneront, à la fin de ce chapitre intermédiaire, à étudier les différences dans l’expression ou la manifestation de l’homosexualité, suivant les cas que nous rapportons.
Tout d’abord, du point de vue étiologique, il apparaît nettement que, au cours de certains états psychopathiques, on peut voir survenir des modifications de l'instinct sexuel dans le sens de l’homosexualité. Dans la majorité des cas, en effet, ces modifications surviennent chez des individus dont, jusqu’à la maladie, la sexualité était nettement fixée dans un sens normal, et parfois, lorsque
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la guérison des troubles mentaux se produit, on observe également une disparition de l’homosexualité.
Une brève classification nosologique des 43 cas rapportés plus haut donne les proportions suivantes par ordre de fréquence :
Les états d’excitation maniaque sont repésentés par onze cas (Obs. 1, 3, 4, 5, 6, 14, 20, 24, 34, 39, 40) auxquels nous rattachons les six observations d’homosexualité périodique (Obs. 26, 27, 33, 36, 39, 41) ; viennent ensuite onze observations d’états délirants (Obs. 2, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 15 et 16, 42 et 43), puis quatre cas d’épilepsie (Obs. 22, 28, 32 et 33) et trois d’arriération mentale (Obs. 17, 18, 19). Enfin, deux observations concernent la paralysie générale (Obs. 29 et 30), deux autres la démence sénile (Obs. 11 et 23), deux autres la morphinomanie (Obs. 37, 38), tandis que le tabès (Obs. 35), l’hémiplégie (Obs. 34), les traumatismes craniens (Obs. 25) fournissent chacun une observation.
Ce classement, qui n’englobe probablement qu’une faible partie des cas observés, nous montre que des étiologies très différentes peuvent être en cause ; nous nous réservons d’insister ultérieurement sur certains processus organiques, infectieux en particulier. Notons cependant la fréquence relative des états d’excitation maniaque.
Par ailleurs, si nous envisageons l’importance de facteurs communs à beaucoup de ces observations, ce qui nous a frappé d’une façon très générale dans la plupart des cas, c’est l’excitation génitale intense des malades. Krafft Ebing insistait beaucoup sur cette particularité clinique que présentaient nombre des homosexuels qu'il eut à examiner, il pensait que cette excitation jouait un rôle important dans le mécanisme de la déviation de l'instinct sexuel. Précisément, certains syndromes psychopathiques sont remarquables par l’importance de l’excitation génitale qui s’y manifeste.
Ce sont, tout d’abord, les états d’excitation ; en premier lieu la manie, dans laquelle la plupart des auteurs, Schüle (113 bis) et Kræpelin (51) entre autres, ont décrit
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cette excitation, cette effervescence de l'instinct sexuel qui est bien connue. La période d’excitation où dynamie fonctionnelle que l’on observe dans l’évolution de la paralysie générale, est tout à fait comparable à la manie à ce point de vue. Il est également classique d’observer cette excitation génitale dans les états de troubles paroxystiques de l’épilepsie, et aussi parfois au début de la démence sénile.
Nous avons également remarqué, comme facteur important d’excitation génitale, l’anxiété ; nous l’avons trouvée souvent associée aux troubles qui font l’objet de ce travail.
Freud (28) a mis en évidence, dans ses études sur les névroses d'angoisse et les états d’anxiété, la notion d’insatisfaction sexuelle qui serait à la base de tels états. Devaux et Logre (23) insistent sur l’hypéresthésie génitale au cours de la crise anxieuse ; ce symptôme serait pour eux assimilable à l’état spasmodique de tous les organes de la vie végétative. Il est de constatation journalière d'observer, chez les anxieux, une excitation génitale très marquée qui se traduit souvent par une masturbation frénétique et parfois par des invites directes au coit faites sans aucune pudeur ou à l’encontre des sentiments familiaux aux personnes de l’entourage.
Perrens (94) signale l’éréthisme sexuel au cours de ces états anxieux. L'une de ces malades, dit-il, s’offrait au premier venu, s’adressait au besoin à ses bonnes ou à ses sœurs. L'autre demandait à l’onanisme un apaisement temporaire... Toutes les deux étaient tenues éveillées une bonne partie de leurs nuits par la même irritation sexuelle. Quand enfin elles s’endormaient, des rêves érotiques d’une singulière précision occupaient leur sommeil, rêves de contact, rêves d'hommes, souvent aussi de femmes, dans des attitudes suspectes..
P. Courbon et G. Fail (19) ont rapporté le cas suivant qui montre, avec une netteté remarquable, les rapports de l'excitation érotique et de la peur.
Il s’agissait d’une femme de 38 ans, atteinte de psychose périodique, traitée déjà trois fois auparavant pour des accès maniaques qui guérirent parfaitement. Internée une 4° fois