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pour un état de dépression idéo-motrice, elle restait depuis son entrée alitée, oisive, silencieuse, quand un jour on pratique sur sa voisine l’incision d’un abcès. Elle regarde attentivement l’intervention, pâlit et se met à trembler, puis elle urine sous elle, va à la selle et vomit. Un quart d'heure après le début de l’alerte, elle se livre à une masturbation forcenée et silencieuse pendant plusieurs heures. Interrogée le lendemain elle répondit qu’elle avait eu terriblement peur en regardant l’opération, qu’ensuite elle avait senti quelque chose se gonfler et essayer de sortir de sa vulve, enfin, elle avait eu comme une jouissance de femme et d'homme. Depuis, son état de dépression idéo-motrice n’a pas varié, d’autres scènes de masturbation n’ont pas eu lieu. Lors de ses précédents internements on n’avait, non plus, rien constaté d’analogue,
Cette corrélation de l’anxiété et de l'excitation génitale est bien mise en évidence par une étude récente et, en quelque sorte, expérimentale de O.-L. Tinklepaugh (126) sur le comportement sexuel chez les chimpanzés et les singes inférieurs. Cet auteur rapporte que certains états émotionnels accentués, tels que la colère et, en particulier la peur, déterminent chez les singes inférieurs de l’excitation génitale et l’accouplement. Cependant, cette réaction sexuelle a des états qui ne comportent aucun élément sexuel direct, ne se produit que lorsque les animaux sont placés dans des conditions qui ne leur permettent pas d’obéir aux tendances naturelles aux émotions provoquées. C’est ainsi que l’excitation génitale observée chez des chimpanzés effrayés et enfermés dans des cages ne se voit plus sur les mêmes animaux laissés en liberté, chez lesquels la frayeur détermine seulement une réaction naturelle de fuite. L'état émotionnel ne pouvant se détendre par une réaction en rapport avec la tonalité de l’émotion amène un comportement sexuel.
Cette notion nous semble devoir être rapprochée de ce que nous écrivons au sujet de l'anxiété. Dans cet état d'émotion intense dont le sujet, profondément troublé, ne peut formuler aucun motif précis, l'excitation génitale avec besoin de satisfaction sexuelle apparaîtrait comme une réaction de substitution.
Laignel-Lavastine (64) pense que l’anxiété éveille souvent des résonances génitales pour une raison physiolo-
gique qu’il voit dans la même électivité réactionnelle du Pneumogastrique et de l’Erecteur sacré, tous deux paralysés par l’Atropine et excités par la Pilocarpine ; cette identité réactionnelle pharmacodynamique est pour lui l'expression d’une unité fonctionnelle.
Nous avons, à propos d’observations rapportées plus haut, mentionné la composante anxieuse du tableau clinique de plusieurs malades (Obs. 37, 38).
Dernièrement, un malade sujet à des accès très vifs d’anxiété au cours desquels il se masturbe nous disait qu’il éprouvait alors la sensation très nette qu’il changeait de sexe, ce qui est à rapprocher de ce que disait la malade de Courbon et Fail, « j'ai eu une jouissance de femme et d'homme ».
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Dans lhistorique des idées sur la nature de l’homosexualité, nous avons déjà rapporté l’opinion première de Krafft Ebing, qui y voyait une manifestation de dégénérescence troublant l'harmonie entre les caractères somatiques et psychiques. Nous avons reproduit également la classification de Magnan. En 1884, Gley (34), dans la Revue Philosophique, a supposé que les homosexuels auraient un cerveau féminin avec des glandes sexuelles masculines, ce à quoi Krafft Ebing rétorqua que les cerveaux d’homosexuels qu’il avait autopsiés avaient un poids nettement supérieur au poids moyen des cerveaux féminins. Sérieux, en 1888, est frappé par le fait que certains homosexuels, bien qu'ayant les organes génitaux normalement conformés, aient parfois quelques-uns des caractères sexuels secondaires physiques du sexe opposé. Nous trouvons, en effet, chez certains invertis, écrit-il, l'absence de poils sur le corps, la rareté, l'absence, le retard dans l’apparition de la barbe, les formes et la démarche féminines, la voix aiguë, le développement des mamelles avec sécrétion lactée, le développement anormal des fesses. Il pense qu’il faut voir dans l’inversion une monstruosité, une erreur de développement, un vice de conformation psychique comme il en est tant d’autres
CNE
chez les dégénérés. Comme pour les transformations embryologiques des organes génitaux, il est sans doute un moment de l’évolution mentale où le sexe (au point de vue psychique) est indifférent ; qu’un trouble de développement se produise alors et l’on aura là un hermaphrodite, ici un individu à appétits multiples. Si l’on se borne à opposer à l’homme normal, l’inverti, ils semblent séparés par un abîme ; mais des cas intermédiaires existent qui servent de transition.
Nous trouvons là l’ébauche des théories pour lesquelles l'homosexualité est une variation due peut-être à une différenciation sexuelle imparfaite.
L'auteur américain Kiernan (54) fut l’un des premiers à exposer une théorie semblable, en se basant sur l’évolution phylogénique. La bissexualité originelle des ancétres de la race, écrivit-il, qui se voit dans les organes rudimentaires du mâle entraîne nécessairement des réversions fonctionnelles, sinon organiques où la maladie ou des malformations congénitales interfèrent avec les manifestations mentales ou physiques. Il semble certain qu’un cerveau fonctionnant d’une manière féminine peut occuper un corps mâle, ou réciproquement, des mâles peuvent naître avec des organes génitaux femelles, et réciproquement. Les animaux inférieurs sont bissexuels et les divers types d’hermaphrodisme sont des retours plus ou moins complets au type ancestral. Que le cerveau fonctionnant d’une manière féminine puisse se développer seul, parfois, on peut s’y attendre.
Ces théories expliquant l’homosexualité à partir d’une bissexualité originelle eurent beaucoup de succès et se retrouvèrent chez la plupart des auteurs. Krafft Ebing rapporte avec complaisance une théorie analogue qui lui fut exposée par un de ses clients. Il prend comme point de départ la bissexualité réelle telle qu’elle se présente anatomiquement chez tout fœtus jusqu’à un certain âge. On devrait, dit-il, prendre en considération qu’au caractère originairement hermaphrodite des parties génitales correspond probablement aussi un caractère originairement hermaphrodrite, avec des germes latents, de tous les traits secondaires du sexe tels que cheveux, barbe,
développement des mamelles, etc. L'hypothèse d’un hermaphrodisme latent des traits secondaires du sexe subsistant chez chaque individu pendant toute la vie est justifiée par les phénomènes de régression partielle d’un type sexuel dans l’autre, même après le développement complet du corps, phénomènes qu’on a pu constater chez les castrats, les mujerados et, à la ménopause, chez la femme. La partie cérébrale de l'appareil sexuel, le centre psychosexuel masculin ou féminin représentent un des traits secondaires les plus importants du sexe ; il est même égal en valeur à l’autre moitié de l’appareiïl sexuel. Quand il y a développement tout à fait normal de l’individu, les organes génitaux hermaphrodites du fœtus, c’est-à-dire les glandes et les organes de copulation, forment d’abord des organes qui portent le caractère prononcé d’un seul sexe ; ensuite, les traits secondaires du caractère sexuel — physiques et psychiques — subissent la même transition de la conformation hermaphrodite à la conformation monosexuelle (en tout cas, pendant qu’ils sont à l’état latent ; ou bien pendant la vie fœtale, simultanément avec les organes de la génération ; ou encore, plus tard, quand ils sont sur le point de sortir de leur état latent). Pendant cette transition, les traits secondaires du caractère sexuel suivent l’évolution opérée sur l’un des deux sexes par les organes génitaux pour rendre possible le fonctionnement harmonique de la vie sexuelle.
Mais, dans des conditions anormales (dégénérescence héréditaire, etc.), cette harmonie de développement peut être troublée de différentes façons. Non seulement l’évolution des organes génitaux de l’état hermaphrodite vers l’état monosexuel peut faire défaut, mais le même fait peut aussi se produire pour les traits secondaires du caractère sexuel, pour les traits physiques et plus encore, pour les traits psychiques.
Dans sa théorie de l’Inversion sexuelle, Chevalier (15) donne une grande place à l’évolution phylogénique des organes sexuels où, à l’hermaphrodisme originel, succèdent des phases où les sexes sont de plus en plus différenciés non seulement dans les organes génitaux, mais aussi dans les caractères morphologiques et psychiques. On re-
trouve cette évolution dans l’embryologie et les transformations que subit l'individu de son enfance jusqu’à l’âge adulte. L'homosexualité ne serait donc qu’une régression vers une phase de cette évolution.
G. de Latamendi, de Madrid, dans une communication au Congrès international de médecine de Rome en 1894, exposa un principe de bipolarité hermaphrodite impliquant l’existence de germes femelles latents dans le mâle, de germes mâles latents dans la femelle, germes qui parfois peuvent se développer et prendre le dessus, expliquant ainsi l'homosexualité.
Le mérite de ces théories basées sur la bissexualité de l'organisme est d'offrir une explication aux modifications morphologiques reproduisant des caractéristiques appartenant au sexe opposé (modifications du système pileux, du timbre de la voix, du développement des mamelles, de la structure générale du corps), modifications réalisant un pseudo-hermaphrodisme que l’on observe parfois chez les homosexuels et que nous avons signalées à propos de plusieurs des observations que nous avons rapportées plus haut.
Les études sur les glandes endocrines, tant expérimentales et anatomiques que cliniques, vinrent apporter par la suite une contribution importante de faits et d’hypothèses pour la compréhension de ces anomalies et aussi sur la pathogénie de l'homosexualité.
Nous les résumons très brièvement.
Citons les belles études expérimentales de Pézard, en France (95), de Steinach (119) et Knud Sand (110) à l’étranger. Leurs recherches sur des animaux qu'ils soumettent à la castration, puis sur lesquels ils pratiquent des greffes testiculaires et ovariennes ont permis de montrer le rôle primordial des hormones dans le développement des caractères sexuels secondaires et aussi dans le com: portement sexuel des animaux d’expérience.
Les auteurs ont pensé que l’homme attiré par un autre homme est soumis à une influence érotique d’essence féminine, et qu'une femme à tendances homosexuelles est influencée par une incrétion d’essence virile. Steinach (118) a cru avoir rencontré la preuve de cette bissexualité