‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 30 sur 39 · D TO · texte numérisé non relu

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irès bien le colonel du régiment, qui lui accorderait très facilement cette faveur. Il songe à reprendre du service, sort en pyjama dans les rues de St-Mandé et provoque ainsi l'intervention de la police et son internement, le 7 avril 1929.

Pendant son internement, il présente une succession alternante de périodes d’excitation et de dépression. Dans ses phases maniaques, il manifeste son excitation par de nombreuses lettres à sa famille ou aux autorités, exprimant, avec des troubles énormes du jugement, des idées délirantes de grandeur, de puissance, de richesse, de persécution. I1 va reprendre du service, mais comme il a dépassé la limite d'âge pour être général de brigade, il sera divisionnaire, il est un as pour le dressage des chevaux ; il va doter richement ses nièces, il invite par télégramme les ministres à diner; il sera bientôt libéré, mais les francs-maçons au pouvoir arrêtent sa sortie, il veut faire casser le mdecin-chef, qui sera condamné au bagne, il donne des ordres partout dans le service, fait le diagnostic des autres malades. Il se montre également très excité au point de vue génital. Se masturbe fréquemment, écrit des lettres enflammées aux infirmières qu’il peut voir, et demande une intervention en cour de Rome pour qu’on puisse casser son mariage. Fait curieux, à plusieurs reprises, on l’a surpris dans les cabinets, masturbant un autre malade, à qui il demandait de se prêter à la sodomie.

Les périodes dépressives n’offrent rien de particulier, mais peu à peu elles deviennent plus courtes, alors que l’agitation maniaque s’installe de façon chronique.

Par ailleurs, ce malade, syphilitique ancien (l'infection date de 1888) présente une hémiplégie droite, des troubles dysarthriques, de l’hypertension artérielle, un tremblement marqué des extrémités. Des examens du sang et du liquide céphalo-rachidien, pratiqués à plusieurs reprises, ont fourni des résultats entièrement négatifs, à part une légère albuminose du liquide céphalo-rachidien à 0 gr, 40.

OBSERVATION 2. — Y..., 59 ans. Propriétaire. Dans ses antécédents, un frère aîné est interné depuis l’âge de 26 ans ; pas d’autre maladie nerveuse ou vésanique dans sa famille. Lui-même est atteint de déséquilibre cyclothymique depuis sa jeunesse. Déséquilibre qui se traduit par une vie mouvementée et aventureuse impossible à relater dans le cadre de cette observation. En 1906, une période de dépression plus franche nécessite un séjour de six mois en maison de santé, Depuis, en 1922, un nouvel accès de dépression suivi d’une phase d’excitation maniaque, sanctionnée par un internement de six mois, marque l’accentuation des troubles qui revêtent l’aspect de la psychose maniaque dépressive. Alter-

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nance de longues périodes de dépression assez peu marquée et compatible avec la vie en liberté, et de périodes d’agitation maniaque, pour lesquelles il doit être interné à plusieurs reprises : en 1924, 1927 et 1933. Chaque accès d’excitation se manifeste par des projets multiples et grandioses, des achats inconsidérés, des délits de grivèlerie divers (qui ont occasionné son interdiction en 1927) et une très vive excitation sexuelle et génitale avec priapisme fréquent. Jusqu'au dernier accès, cette excitation s'était toujours traduite dans un sens hétéro-sexuel (fréquentation des maisons de tolérance, Où il prenait pension, projets de mariage inconsidérés, etc..). Mais lors de l’internement actuel, l’on fut obligé de l’éloigner d’un jeune malade qu’il avait pris sous sa protection et à qui il avait adressé à plusieurs reprises des propositions non équivoques. Y… demeurait néanmoins ambivalent et continuait à poursuivre de ses déclarations enflammées toutes les personnes du sexe aimable qu’il pouvait apercevoir au cours de ses promenades.

Par ailleurs, bien qu’il ait contracté une syphilis dans sa jeunesse, l’examen neurologique et les divers examens de laboratoire pratiqués à plusieurs reprises ne montrent aucune atteinte du névraxe. Rien, dans son aspect ni dans sa morphologie, n’a retenu notre attention.

OBSERVATION 3. — Mme T.…, 43 ans. Internée depuis le 9 juin 1921, à la maison de santé de Neuilly-sur-Marne. D’après ses antécédents, le début des troubles semble remonter à 1914, à la suite d’un premier accouchement. Pendant la grossesse, elle présenta une forte albuminurie, et l’accouchement fut suivi d’une infection générale, avec fièvre élevée pendant un mois. Elle guérit, mais eut pendant les 2 mois qui suivirent un accès de dépression et garda comme séquelle de son infection une néphrite chronique et une insuffisance mitrale.

En 1918, nouvel accès de dépression soigné à Pau pendant un hiver.

En 1921, second accouchement, à la suite duquel elle présente de la fièvre et des troubles mentaux qui nécessitent l’internement à l'asile de Clermont, puis à la maison de santé de Neuilly-sur-Marne, où elle reste jusqu’en février 1933, date de son transfert dans un autre asile. Pendant toute la durée de son séjour dans le service, elle présente une alternance circulaire de périodes d’agitation maniaque .et de dépression mélancolique. La succession des accès d’excitation et de dépression est ininterrompue. L’alternance se reproduit suivant un rythme annuel de 7, à peu près régulièrement. Chaque période d’agitation durant environ deux fois plus que la dépression consécutive. Le caractère remar-

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quable de l'agitation est représenté par lexcitation érotique, avec grossièretés, propos obscènes, exhibitionnisme. Son excitation génitale est plus marquée pendant ses règles. Bien que le plus souvent cette excitation se manifeste dans un sens hétérosexuel, à plusieurs reprises Mme T.… se livre à des agressions sur les infirmières du service, auxquelles elle veut alors retrousser les robes.

Dans ces trois observations, on pourrait certes faire remarquer qu’il s’agit de malades internés, en contact seulement avec des personnes de leur sexe, très excités génitalement, et que les tendances homosexuelles observées, concurremment d’ailleurs avec les tendances hétérosexuelles également exprimées, traduisent seulement cette excitation génitale diffuse qui se trouve dans la nécessité, pour s’exercer, de s’orienter dans le sens du moindre effort, c’est-à-dire du milieu imposé.

Mais cette explication n’a plus de valeur quand elle s’applique à des malades tout à fait libres de leurs actes, comme les périodiques et les cyclothymiques non internés dont nous présentons les observations suivantes :

OBSERVATION 4. —— Résumé. A.., 59 ans, industriel, marié et père de famille, a présenté à plusieurs reprises des accès d’excitation maniaque qui s’accompagnaient, de l’âge de 28 ans à l’âge de 40 ans, d’excitation génitale de sens hétéro: sexuel. Depuis l’âge de 40 ans, ces grands accès n’ont pas réapparu. Mais ils ont été remplacés, à intervalles variables, par de petites poussées d’excitation, assez légères pour ne pas attirer l’attention de l’entourage, mais durant lesquelles A. se livre chaque fois à des agressions d’ordre toujours homosexuel, de préférence sur des jeunes gens. Ces réactions ont entrainé déjà une arrestation et, la dernière fois, l’internement après expertise médico-légale. A. avait alors littéralement séduit, avec beaucoup d’astuce, un jeune lycéen qu’il avait su persuader de le suivre à l'hôtel, et sur lequel il se livra à des actes de sodomie active qui entraînèrent la plainte du père de la victime.

Antécédents héréditaires: Nous n’avons de renseignements que ceux fournis par le malade lui-même et par sa femme qui ne l’a connu que peu avant la date de leur mariage en

Cependant, la famille de A. est très honorablement connue. On n’a jamais parlé, au sujet d’aucun membre de cette famille, de déséquilibre mental ou d’actes immoraux

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jusqu'aux nombreuses aventures de A... Cependant, fait intéressant à signaler dans les antécédents collatéraux : un frère du malade est interné depuis 3 ans à la suite d’attentats sexuels sur de jeunes garçons.

Son père est mort à 75 ans d’azotémie.

Personnellement : A... s’est toujours montré d’une intelligence au-dessous du médiocre. Il n’a pu, malgré de longues études, acquérir l’instruction générale, non plus qu’apprendre aucune profession correspondant à son milieu social. Cette insuffisance est sanctionnée par l'absence de tout diplôme, bien qu’il ait passé au lycée toute sa jeunesse jusqu’à 20 ans.

Son père, industriel, emploie ensuite dans son entreprise, mais sans recevoir de lui aucune aide effective. A... ne s’intéresse qu'aux plaisirs de la table, au jeu et aux aventures amoureuses, toujours avec de jeunes ouvrières ou domestiques que sa situation, son nom et son argent pouvaient influencer.

Après son mariage, en 1900, à l’âge de 26 ans, il continue sa vie aventureuse, avouant à sa femme ses intrigues avec leurs servantes, lui demandant non seulement de lui pardonner, mais aussi de lui laisser toute facilité pour donner libre cours à ses passions. Cependant, vers 1907 ou 1908, il aurait éprouvé le besoin d’une cure de repos dans une maison de santé de Neuilly. Probablement a-t-il présenté alors une période de dépression.

Son excitation, jusqu'alors purement génitale, s’exacerbe, sa conduite inquiète sa famille, et, en 1910, après une consultation de Dupré, Gilbert Ballet, Lemoine et Raviart, il est pourvu d’un conseil judiciaire.

En 1912, son excitation est devenue telle que, devant ses colères, ses réactions brutales, ses insolences à l’égard de son entourage, on est obligé de le faire interner dans un asile d’aliénés de Belgique. Lorsqu’on est venu le chercher alors, on a dû employer des moyens de contention pour venir à bout de son agitation.

Le trait suivant, qui nous paraît bien maniaque, montre quels étaient, à cette époque, ses troubles du jugement. Par une belle journée d’été, on vit A.…, grimé et affublé d’une barbe postiche, s’abritant sous un vaste parapluie, aller attendre à la sortie d’une usine une jeune ouvrière qui lui avait donné rendez-vous ; c'était, a-t-il dit, pour ne pas attirer l’attention sur moi et n’être pas reconnu.

Il reste un an interné à Gand. Six semaines après sa sortie, il fait une fugue avec une jeune fille de 16 ans et va s’installer à Biarritz. Il écrit d’abord à sa femme qu’il est parti pour Lourdes en pèlerinage et qu’il priera pour elle, puis il lui

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