‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 34 sur 39 · ARS · texte numérisé non relu

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OBSERVATION 5. — Mme B.…., 50 ans, sans profession, est internée à la maison de santé de Neuilly-sur-Marne, le 15 novembre 1930, à la suite de dépression anxieuse et confuse au cours de laquelle elle a tenté à plusieurs reprises de se suicider, Son certificat d’internement du Docteur Kahn mentionne un état cyclothymique ancien avec déséquilibre sympathico-ovarien.

Dans les antécédents héréditaires on relève que son père est un alcoolique débauché et sa mère hystérique. Un oncle et une tante auraient été internés.

Elle-même aurait toujours été déséquilibrée, cyclothymique, le plus souvent morose, exprimant parfois des idées de suicide, avec de brusques accès d’excitation. Les renseignements d’une amie qui la connaît depuis 20 ans sont particulièrement intéressants. Cette amie rapporte qu’il y a une quinzaine d’années elle fut l’objet, de la part de la malade, jusque-là très réservée à son égard, de manifestations érotiques, avec visites réitérées, lettres passionnées où on l’appelait « chère aimée », velléités de l’embrasser sur la bouche ; ces manifestations marquèrent le début d’une phase d’excitation. Par la suite, les mêmes manifestations amoureuses homosexuelles se reproduisirent à chaque nouvel accès hypomaniaque, avertissant de leur retour l’amie en question.

Dans le service, Mme B.. ne manifesta aucune tendance homosexuelle semblable ; elle est au contraire tout à fait normale, à ce point de vue, à l’égard de son mari. Il est vrai que nous l’avons observée pendant une période de dépression anxieuse avec idées délirantes polymorphes, et que les faits cités plus haut se sont produits uniquement dans les accès d’excitation.

Fait particulier, l’accès qui a nécessité l’internement s’est déclanché le troisième jour des règles, et nous avons remarqué, exactement au même jour de chaque période menstruelle, une exacerbation très nette des phénomènes délirants ou anxieux. Par ailleurs, la ponction lombaire et les examens sérologiques sont tout à fait négatifs. Mme B.…. quitte le service, très améliorée, 5 mois après son entrée.

OBSERVATION 6. — Mlle C..., 52 ans, institutrice. Hérédité très chargée, Son père, alcoolique, est mort dans un asile d’aliénés après avoir tué son frère et tenté de se suicider. Un frère de la malade, émigré en Amérique, s’est suicidé après de mauvaises affaires ; un autre frère, ecclésiastique, est un cyclothymique. Il a eu des périodes de dépression avec idées de suicide et hallucinations contrastant avec son état habituel hypertonique avec tendances égocentriques et paranoïaques qui Pont fait surnommer « L’abbé Je ».

Elle-même est cyclothymique depuis sa jeunesse, mais son déséquilibre ne s’est manifesté jusqu’à ces dix dernières années que par de très courtes phases d’excitation qui contrastaient avec son comportement toujours très réservé.

Depuis 10 ans, les accès d’excitation plus marquée se traduisent par des dépenses inconsidérées, des voyages à l'étranger et toutes sortes d’actes incongrus.

Alors que jusque-là sa vie sentimentale et ses tendances sexuelles avaient été parfaitement refoulées et ne s'étaient manifestées que par des actes de dévouement maternel pour quatre enfants orphelins, elle s’éprend brusquement, au début d’un accès d’excitation, d’une jeune fille dont elle est l’institutrice depuis 20 ans.

Elle se montre alors exagérément affectueuse à l’égard de cette jeune fille, qu’elle embrasse sur la bouche et à qui elle fait des déclarations passionnées et des scènes de jalousie extraordinaires, comme si elle était son mari, allant même jusqu’à la menacer de mort. Ces manifestations singulières duraient peu, mais se reproduisirent à chaque nouvel accès.

Actuellement, Mlle C.…., qui présente un accès maniaque, exprime en termes orduriers de véritables sentiments de haine contre l’élève jadis tendrement chérie, réaction affective, en apparence seulement, contradictoire d’ailleurs.

Au point de vue physique, Mlle C... est remarquable par son aspect assez masculin, par la largeur de ses épaules, sa haute taille et le développement de son système musculaire. Sa voix est également de timbre masculin et son système pileux offre un développement un peu exagéré (lèvre supérieure, ventre, poitrine).

Par ailleurs, alors que depuis plusieurs années elle constatait de l’irrégularité de sa fonction menstruelle, elle est au contraire parfaitement réglée depuis le début de KRaccès actuel.

OBSERVATION 7. — Mme C.., 53 ans, dessinatrice, mariée, sans enfants. Rien dans ses antécédents héréditaires. Ellemême, par contre, depuis sa jeunesse, est cyclothymique, ayant de courtes phases de dépression contrastant avec son état habituel hypertonique.

Pendant ses longues phases d’excitation, qui se manifestait par une activité débordante et des tendances paranoïaques, avec revendications féministes militantes, idées de divorce, etc, Mme C... avait noué, à l’insu de son mari, une liaison amoureuse avec une autre féministe militante. A la mort de celle-ci, la malade, alors âgée de 42 ans et déjà déprimée, fit un long accès de dépression mélancolique qui nécessita son placement dans une maison de santé, puis, deux ans après, son internement., Nous avons connu alors Mme C.…, qui se

prétendait complètement insensible à tout, ayant perdu toute vie affective et se disant un être asexué. Son état mélancolique s’améliora sous l'influence d’un traitement par piqûres de nucléïinate de soude, et le mari voulut à toute force la reprendre avec lui, malgré lPavis du médecin, qui voulait continuer le traitement. Elle sort donc en mai 1927, 5 ans après le début de l’accès et entre à nouveau dans le service 7 mois après.

Depuis, elle présente une psychose alterne circulaire, avec accentuation progressive des troubles. Actuellement, dans ses périodes d’hypomanie, Mme C... se montre très éroiique, mais toujours dans un sens hétérosexuel, et jamais à l'égard de son mari, remarquablement dévoué et prévenant, dont elle souhaite la mort ou le divorce.

Au point de vue somatique, sa menstruation est apparue lard (18 ans), et elle a toujours été réglée très irrégulièrement. On note depuis longtemps un développement marqué du système pileux, de disposition masculine (lèvre supérieure, menton, poitrine, ventre, membres inférieurs).

OBSERVATION 8. — D.., 26 ans, docteur en médecine. Dans ses antécédents héréditaires, un grand-père est mort à la maison nationale de Charenton de folie alcoolique ; sa grand’mère, après 9 fausses couches, a eu une seule fille, la mère du malade.

Lui-même, jusqu’à 9 ou 10 ans, aurait été un enfant très gentil et très pieux. À 10 ans, on le place comme pensionnaire dans un lycée pour faire ses études, et c’est à partir de ce moment que se manifeste nettement un déséquilibre cyclothymique. Après des périodes pendant lesquelles il enlevait toutes les premières places, mangeait bien, trouvait très agréable la vie de lycée, ses professeurs avertissaient son père qu'il ne travaillait plus, qu’il était triste et avait perdu l'appétit. C’est vers 11 ou 12 ans que sont apparues les premières manifestations homosexuelles : « J’ai été débauché par de mauvais camarades. >» Depuis, il reste fixé dans le sens homosexuel, à part un essai d’orthodoxie vers sa vingtième année, où il eut des rapports sexuels normaux avec une jeune femme pendant un an. Il semble avoir traversé alors une période d'équilibre relatif, avec conscience de son trouble antérieur et désir de retour à la normalité. Mais cette période ne dure pas et il retourne bientôt à ses premières amours. Jusqu'à 22 ans, sa cyclothymie n’entrave pas ses études, qui sont brillantes ; mais à ce moment, il va soigner une toxicomane âgée sur la Côte d'Azur et il y contracte très vite l'habitude de la drogue et la toxicomanie amplifie ses troubles antérieurs.

Sous l'influence de son excitation et d’intoxications diver-

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ses : morphine, opium, héroïne, cocaïne, alcool, il mène une existence très mouvementée, fréquentant à la fois les mauvais lieux les plus crapuleux (il y reçoit un jour un coup de couteau dans le dos) et la haute société. Cette excitation est cntrecoupée de brusques et intenses phases de dépression anxieuse, au cours desquelles il fait de fréquentes tentatives de suicide par coups de feu, ouvertures de veines et d’artères, empoisonnement, innovant parfois des moyens inédits que lui suggère sa culture médicale (essai de provoquer sur lui-même une crise nitroïde foudroyante, par injection intraveineuse de doses massives d’arsénobenzol).

Au point de vue sexuel, sa vie est également très mouvementée. Il est en relation avec de nombreux homosexuels, avec lesquels il pratique tour à tour la pédérastie active et passive, mais il éprouve une véritable passion pour son petit ami P.., qu’il entretient et dont il est très jaloux, le menacant un jour de mort à propos d’une femme que P... avait trop longuement regardée.

Par ailleurs, il fait montre de nombreuse autres perversions morales : mensonges, vols (habituels il est vrai chez les toxicomanes), impulsions aux violences, à l’incendie, etc... Ajoutons que plusieurs essais de désintoxication furent parfaitement vains, comme il est de règle chez les toxicomanes (presque tous cyclothymiques), auxquels l'instabilité de l'humeur interdit souvent toute cure vraiment sérieuse, ou, lorsque celle-ci a lieu, provoque une rechute fatale.

Son père, qui éprouve pour lui, malgré tout, une grande affection, essaie de le guérir et le fait travailler avec lui dans la maison de santé qu’il dirige. D. est très apprécié pour son amabilité, et particulièrement des malades insomniques, qu’il visite à toute heure de la nuit, car lui-même ne s'endort qu’au petit jour. Mais, après quelques mois de cette vie trop régulière, il fait, en septembre 1930, une fugue dans ie Midi, enlevant une cliente, elle aussi toxicomane, ct, naturellement, avec elle son fidèle ami P..

Cette fugue est le prélude d’une période d’excitation particulièrement violente, au cours de laquelle il commet mille excentricités, se promenant nu où habillé en femme dans les couloirs de l'hôtel, d’où il se fait renvoyer, mettant le feu à sa chambre sous prétexte d’une panne d'électricité qui le laissait sans lumière, prêtant sa voiture à un inconnu qu’il rencontre pour la première fois, se livrant à des violences sur la personne de l’amie qu’il a enlevée, etc Au bout de quelques jours de cet état, la dépression anxieuse apparaît, sanctionnée immédiatement d’une tentative de suicide particulièrement soignée. Après absorption d’un litre d’alcool et prise par le nez d’une grosse quantité de cocaïne, il s’injecte sous la peau du ventre toute sa réserve d’héroïne (10 gr.).

On le transporte mourant dans lPhôpital de la ville voisine, mais, après deux jours de coma, son agitation rend nécessaire son transport dans une maison de santé ouverte. Rapidement, il fait un gros abcès sous-cutané, occasionné par les piqûres d’héroïne, et qui se complique d’un abcès gangréneux du poumon. Son état reste extrêmement grave pendant quelque temps, mais, dès qu’il a récupéré quelques forces, il s’évade de la maison de santé et rentre à Paris, où il recommence à s’intoxiquer de plus belle, avec la morphine qu’il a laissée dans un coffre à la banque et dans diverses autres cachettes subtilement aménagées dans l’appartement de son père, qui ne les découvre que plus tard avec stupéfaction.

La gravité de ses lésions pulmonaires, dont il se soucie lui-même fort peu, nécessite un traitement sérieux et on le place d’abord dans une maison de santé ouverte, où on ne peut le garder, à cause de ses réactions violentes, puis il est interné à la maison de santé de Neuilly-sur-Marne, où nous l'avons observé pendant 5 mois.

Après une période d’agitation teintée de confusion, occasionnée par la cure de désintoxication, il se calme progressivement, en mème temps que son poumon se guérit complètement. Son comportement nous apparut alors remarquable par le caractère féminin de ses distractions (travaux de tapisserie), de certains vêtements qu'il aime à porter, et des bijoux de prix dont il se pare souvent.

C’est un homme très intelligent et remarquablement cultivé au point de vue professionnel, malgré le peu d’assiduité de ses études, mais il reste dissimulé, réticent et parfaitement inconscient (comme tous les cyclothymiques en période de calme) des troubles qu’il a présentés et confiant dans l’avenir, protestant auprès de tous de ses sincères résolutions de mener désormais une vie exemplaire. Au physique, c’est un homme de haute taille (1 m. 82), aux extrémités plutôt fortes et d’allure un peu acromégalique, sans autres particularités remarquables des caractères sexuels.

Sur la foi de ses protestations, et bien qu'il ne fût pas guéri, son désir intense de sortir nous le prouvant assez, son père le reprit avec lui à la fin du mois de mai 1931. Il vint nous revoir en août suivant, nous remerciant des soins dont il avait été l’objet, mais il nous parut plus réticent qu’à sa sortie et aussi plus inquiet, malgré ses affirmations que tout allait bien. Vers la fin de septembre, un de nos amis le rencontra et remarqua son état d’anxiété. Quelques jours après, nous apprenions par les journaux sa mort dans un accident d'automobile, que nous sûmes depuis être la version oflicielle et déguisée de la quinzième tentative de suicide,

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Voici maintenant une observation de virilisme maniaque, avec modifications des caractères morphologiques dans le sens d’un pseudo-hermaphrodisme.

OBSERVATION 9. — Mme O.., 51 ans, charcutière, Aucun antécédent vésanique dans la famille. Elle-même, jusqu’au début des troubles actuels, n’a présenté aucun accident pathologique digne d’être retenu.

En octobre 1931, deux ans après sa ménopause, Mme O... présente un état progressivement croissant d’anxiété, avec idées délirantes mélancoliques et de persécution, et, le 10 novembre, elle fait une tentative de suicide par coup de revolver tiré sur la joue droite. Cette tentative n’aboutit qu’à une blessure sans gravité, vu la médiocrité des moyens employés (revolver bull-dog à balles de plomb). Quelques jours après, elle est internée, car son agitation anxieuse ne permet pas de la garder dans un service hospitalier de chirurgie. Après un essai infructueux d’extraction de la balle logée dans le massif facial, elle est transférée dans notre service le premier février 1932. Elle est encore mélancolique et anxieuse, mais, quelques semaines après, elle devient franchement maniaque et son état d’excitation s’accompagne d'idées d'influence, de glossolalie dépersonnalisée et se traduit par une logorrhée grossière et ordurière, de l’excitation érotique, avec plaisanteries et interpellations grivoises, articulées toujours d’une voix retentissante et virile.e Mme O. présente d’ailleurs l’aspect rébarbatif d’une virago ; son menton et ses lèvres s’ornent d’un poil épais. Un jour, elle est surprise urinant debout, contre un arbre, à l’aide d’un tuyau qu’elle applique sur sa vulve. Par la suite, on la retrouve encore dans la même posture. Elle explique son acte en déclarant « qu’on » la force à uriner comme un homme, de même qu’on la force à s’exprimer et à jurer grossièrement comme les hommes. Un autre jour, elle nous déclare spontanément qu’elle est hermaphrodite. À noter que, malgré ses affirmations de virilité, nous n’avons pas réussi à mettre en évidence d’inversion des tendances sexuelles chez notre malade.

Malgré cette carence, il est à présumer que cette idée de virilité « imposée » à notre malade ne fait que traduire un sentiment organique profond de métabolisme sexuel qui, d'autre part, s’exprime morphologiquement par un syndrome de virilisme hirsute. Il y a association de virilisme morphologique et de virilisme psychique.

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Dans les deux observations suivantes, il persiste au contraire une intégrité parfaite de la morphologie du type féminin. Seule, la voix d’intonation nettement virile concorde avec les déclarations des malades qui se prétendent appartenir au sexe masculin.

OBSERVATION 10. — Mme Y.…, 57 ans, mariée, mère de plusieurs enfants, souffre depuis longtemps de déséquilibre cyclothymique qui s’est accentué et, à trois reprises, s’est aggravé et a pris la forme d’une psychose circulaire.

La première fois, en 1914, après un surmenage et la mort de sa mère, la fonction menstruelle s’interrompt et Mme YŸ.…. présente une alternance de longs accès de dépression et de périodes d’excitation hypomaniaques qui nécessitent, à quatre reprises, son placement en maison de santé ouverte. Cela dure jusqu’en 1918 ; brusquement les troubles disparaissent jusqu’en 1925 où elle présente un court accès de dépression, puis plus rien jusqu’en 1927 où, 15 jours après une opération chirurgicale, ablation d’un kyste de l'ovaire, elle s’excite. Depuis, les accès d’agitation et de dépression se succèdent. La phase hypomaniaque est d’abord peu marquée, Mme Y.…. est alors très capable de dissimuler son trouble aux personnes qui ne vivent pas avec elle, alors qu'avec sa famille elle se montre extrêmement violente et coléreuse. Elle a une conscience assez étendue de son état pathologique, elle se rend compte des troubles de son comportement, dit que cela est plus fort qu’elle et qu’il lui semble qu’il y a en elle deux personnes, l’une normale et l’autre folle, et que celle-ci l’emporte souvent sur la première. Jusqu'à son internement en août 1928, provoqué par ses réactions violentes, sa vie intime et ses tendances sexuelles n’ont donné lieu à aucune remarque. Dans le service où nous l’observons depuis 5 ans, elle se montre douce, timide et réservée pendant les périodes dépressives ; au contraire, pendant les périodes maniaques, elle manifeste une excitation érotique ambivalente, mais à prédominance nettement homosexuelle. Sans cesse elle se livre à des attentats d'ordre génital sur les autres malades ou sur les infirmières. D'une voix tonnante et impérieuse, avec une intonation vraiment virile, elle affirme qu’elle est un homme, qu’elle possède les attributs du sexe masculin, et, s’exhibant sans aucune retenue, elle offre, en des termes cyniques de l’obscénité la plus crue, de faire sur le champ la démonstration de sa virilité.

Il persiste, chez Mme Y. une intégrité parfaite de la morphologie du type féminin ; seule la voix, pendant les accès d’agitation, prend un timbre et une intonation d’une rudess>? tout à fait masculine.

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OBSERVATION 11. — Mme Z.…, 35 ans, institutrice. Rien de particulier dans les antécédents héréditaires.

Elle-même aurait eu une enfance malheureuse, étant enfant naturelle, reconnue après le mariage de sa mère par le mari de celle-ci qui n’était pas son père. Elle aurait beaucoup souffert de ce qu’il y avait d’irrégulier dans les conditions de sa naissance, qu’elle a connues à l’âge de 8 ans. Très intelligente, elle fait de bonnes études, sa conduite a toujours été très régulière et son maintien très réservé.

Mariée à 27 ans, elle n’éprouve aucune attirance pour son mari et montre au contraire une grande répugnance pour l'acte sexuel qui n’est consommé que six ans plus tard sans qu’elle y prenne aucun plaisir. A la suite de quoi elle accouche sans incident d’une fille bien portante qu’elle allaite jusqu’au moment où apparaît, six mois après l’accouchement, une période dépressive avec asthénie, tristesse, idées de suicide. Bientôt se produit un accès d’excitation qui se manifeste par des dépenses multiples et intempestives, des sorties fréquentes au restaurant et au dancing où elle invite elle-même ses danseurs. Ainsi s'établit un déséquilibre cyclothymique qui s’aggrave progressivement et nécessite, en mars 1930, son entrée dans un service hospitalier. Son excitation y est telle qu’on ne peut la garder et qu’on l’interne à Sainte-Anne où, peu après, elle est atteinte d’une scarlatine dont l’évolution ne modifie en rien les troubles mentaux.

Le 9 mai 1930, elle est transférée à la maison de santé de Ville-Evrard où nous l’avons observée jusqu’à la fin de l'accès qui guérit en cinq mois. Elle manifeste d’abord des idées délirantes multiples de grandeur, de richesse, elle est Mademoiselle Jésus, vierge et mère de plusieurs enfants, elle a eu des millions, etc... Par la suite, à la période la plus violente de son agitation, elle se prétend homme, transforme ses vêtements en une tenue masculine, disant d’une voix tonitruante, au timbre nettement masculin, teintée d’accent anglais, qu’elle est Henri le Béarnais ; s’identifiant avec ce personnage à l’appétit sexuel légendaire, elle se livre sur les autres malades et le personnel, à de nombreuses et fréquentes agressions d’ordre sexuel.

Rien de particulier dans sa morphologie qui est restée très féminine ; seul, le timbre de sa voix s’est virilisé. Elle est normalement réglée ; elle présente, par ailleurs, un syndrome de Basedow léger, avec un petit goître, du tremblement, un éclat particulier du regard, des troubles vasomoteurs, syndrome qui s’améliore avec la disparition progressive de lexcitation.

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D'une façon générale, dans toutes les observations précédentes qui concernent des maniaques ou des cyclothymiques chez lesquels l’homosexualité apparaît, pendant la phase d’excitation, en rapport avec une exaltation endocrinienne générale qui se traduit par des signes multiples que nous avons déjà mentionnés, ces tendances homosexuelles revêtent la forme d’une homosexualité active, aussi bien chez les malades hommes que chez les malades femmes, et l’analogie des manifestations est assez remarquable.

Par ailleurs, l’extériorisation des tendances homosexuelles, même lorsqu’elles comportent des illusions de transmutation sexuelle, se fait avec une spontanéité expansive, parfois sous forme d'idées délirantes de grandeur qui est bien dans le caractère général de la manie où le pouvoir frénateur est aboli ; la personnalité antérieure du malade, avec toutes ses composantes de contrainte morale, paraît avoir complètement disparu dans la période aigüe des troubles.

Nous rapprocherons des observations précédentes le cas suivant, il ne s’agit cependant pas d’une psychose maniaque dépressive, mais les tendances homosexuelles manifestées par ce malade paraissent devoir être rattachées quant à leur mécanisme à ce que nous venons de décrire dans la manie.

OBSERVATION 12. — M. P..., 34 ans, surveillant d’internat, entre à la maison de santé de Neuilly-sur-Marne, le 18 janvier 1928, avec le certificat suivant délivré par le Docteur SChifF :

M. P.…. présente des signes de déséquilibre mental avec idées de persécution, désadaptation sociale, discordance, déchéance intellectuelle et surtout pragmatique progressive, incapacité de se livrer à un travail suivi. Etudes de droit poursuivies depuis 1914 et inachevées, maïîtrises diverses d’internat avec comportement inadapté, rixes avec ses élèves, ses collègues, grossièreté envers les autorités universitaires dans l'intervalle de ses occupations de surveillant de collège, périodes prolongées d'inactivité absolue. Alternance habituelle de phases de mutisme avec des phases d’excitation, logorrhée, traversées de paroxysme anxieux. Errances et vagabondages ; grivèleries. Idées mal systématisées de persécution : des bandits corses le traquent, des agents

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