PRE NES
provocateurs le suivent. Sensation constante d’être espionné. Achats d'armes. En Corse, ne sortait qu’armé ; à Marseille, voulait se défendre contre des poursuivants imaginaires. Réticences récentes sur les persécutions qu’on lui fait subir; réticences également sur les troubles anesthésiques qu’il a affirmés lors d’une consultation à l’hôpital St-Joseph et qui ont été consignés dans un certificat médical de Mme Thuillier-Landry. Désaffectivité familiale progressive. Inadaptation foncière à la vie en commun constatée dans le service, insociabilité, attitudes hautaines, agressives ou condescendantes, envers les malades et le personnel médical et infirmier. Disputes avec ses voisins, refus de travail, sourires et écrits souvent désadaptés et discordants. Paludisme ancien.
Examens biologiques : sang : réactions de Bordet-Wassermann et de Meinicke négatives; urée, 0,39 %. Liquide céphalorachidien, tension, 35; albumine, 0,30; leucocytes, 0,6 ; réactions de Pandy et Weichbrodt, 0; Guillain: 00000.02222.00000. B.-W. négatif.
P... reste interné à la maison de santé jusqu’à son évasion, le 8 décembre 1932. Pendant toute cette période, où il fut soumis à notre observation journalière, nous avons constaté chez lui l’existence d’un syndrome psychopathique polymorphe que nous essaierons de schématiser de la façon suivante :
1) Un déficit intellectuel qui se traduit par le puérilisme de la mentalité du malade, avec gros troubles du jugement et du raisonnement.
2) Une excitation psychique à peu près constante caractérisée par de la logorrhée, de la graphomanie, avec une production journalière de plusieurs lettres, chansons ou poèmes dont nous donnerons plus loin quelques spécimens qui illustrent le déficit et les troubles délirants extrêmement nombreux et polymorphes.
3) Le délire tout à fait fantastique, de persécution, de grandeur et érotomaniaque exprime les thèmes principaux suivants : une bande de souteneurs, ayant à leur tête un certain Chillo, séquestrent des jeunes filles qu’ils torturent et livrent à la prostitution ; ils ont commis plusieurs meurtres. Ils sont indicateurs et interceptent ses lettres. C’est à cause de ses opinions politiques qu’on le persécute et qu’on le maintient interné ; parfois, il déclare que c’est sa famille qui ne veut pas le retirer pour affaire d’héritage. On le fruste de sommes énormes en publiant ses poèmes et ses chansons qui doivent se vendre à Paris, on exploite ainsi (Chillo et sa bande) son talent de poète. Il formule de nombreux projets de réformes politiques et sociales avec retour d’un empereur dont il serait le soutien, comme le fut jadis pour Napoléon le commandant Poli.