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Il est aimé de toutes les femmes qu’il peut voir, elles lui font comprendre qu’elles l’aiment et désirent se donner à lui. Un jour, à l'hôpital St-Joseph, où il était allé consulter Mme N.…, elle lui a montré un enfant, son fils à lui, qu'il aurait eu avec la fille du Docteur S..., sans savoir où il l’a rencontrée, mais c’est cependant bien son fils à lui. Les internes-femmes de la maison de santé veulent se marier avec lui et il leur envoie chaque jour des lettres enflammées où il leur montre combien leurs sentiments sont payés de retour.
Tout ce délire repose sur des hallucinations et des illusions. Il entend les conversations de Chillo et de sa bande à l’intérieur de la maison de santé, il les a reconnus.
L'activité hallucinatoire paraît chez lui très grande, mais variable, et, à certaines périodes, nous l’avons vu capable d'apprécier le caractère pathologique des voix qu’il entendait et de réduire en partie son délire.
Voici quelques extraits de la très volumineuse production poétique et épistolaire qui illustrent l’exposé que nous venons de faire.
Lettre adressée au Préfet de Police : 7 août 1930.
« 8 h., hier soir. — Voix de Chillo à Mlle T... (interne à la maison de santé) : Retire ta plainte où nous te séquestrons.
« Voix de policiers : Pour que Chiappe ait fait appel à « l’escouade des as. Toujours les mêmes.
« Voix de T... : On voit bien que.
« Voix étouffée : Non, je ne retire pas ma plainte. »
Sanctions à prendre :
« Inculper Chillo de menaces de séquestration. Débar- « rasser Paris de lui et de sa bande. Ils font des séquestra- « tions à jet continu. Leur titre de policiers-indicateurs leur « fait croire qu’ils resteront impunis. Je crains fort qu’ils « n’aient séquestré aussi Mlle S.., fille ou nièce du Doc-
« teur S…, médecin-chef de l'hôpital Saint-Joseph, colla- «< borateur de Mme N.… » A vérifier.
Le lendemain, il demande : « Y a-t-il de la réalité dans tout ce que je vous écris, ou sont-ce des hallucinations ? »
31 mars 1932. Projets de réforme :
« Avènement du prince impérial. 1/2 bénéfices légaux « entre ouvriers et patrons. Conséquence : fin du chômage. « Lycées et Facultés gratis. Ateliers pour prisonniers et « prisonnières libérés. Suppression du casier judiciaire. « Amnistie générale pour voleurs, assassins, délits militai- « res, délits politiques. »
Voici maintenant quelques extraits de ses chants et poë-
mes :
6 août 1932
Le « Ça Ira », chant d’attaque Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira, au Restaurant tous on ira. Des andouillettes on mangera, des mominettes on sififlera. On dansera un entrechat ; le fox-trott et la polka. De l'argent l’on dépensera, la bamboula, la troïka... Amédée P..
13 août 1932 Le Médecin Chant du scalpel
Chirurgiens, le scalpel est notre Durandal.
Nous sauvons les malades de leur terrible mal. Amputations des jambes, des bras et de l’oreille. Le chloroforme endort, le patient sommeille…..
Très fréquemment s'expriment, dans ces productions, les éléments érotomaniaques du délire. Successivement, deux internes femmes, la fille de l’économe de l’établissement, la femme d’un interne, furent l’objet de déclarations journalières, poétiques ou obscènes, dans lesquelles P... exprime sa certitude de voir ses sentiments payés de retour.
Extrait de lettre. — 15 décembre 1931.
< Envoyez-moi donc Mlle T.…. toute seule me voir au « pavillon, .à l'heure qui lui plaira, si elle veut causer « mariage ou bien si elle désire tout simplement m’amener « avec elle pour se livrer avec moi aux joies de l'Amour. Je « crois qu’elle en a grande envie et moi aussi. »
1° mars 1932. — Lettre à Mlle M...
« Débrouillez-vous pour venir me voir toute seule au salon « du pavillon, si le médecin-chef veut bien le permettre, ou « bien venez dans ma cellule à partir de 10 heures. Il faut « une conclusion à tout...
« Amant ou mari au Choix.
« À ce soir... »
10 mars 1932 :
« Chère amie, « Décidez-vous à venir causer avec moi seule au salon du « pavillon, de 5 h. 1/2 à 8 heures, ou à l’heure qui vous « plaira. Ou bien montez dans ma cellule à partir de 8 heures
« du soir.
« Tout le monde sait que nous sommes amoureux l’un de
« l’autre. Le secret de Polichinelle, quoi. »
=" De
A la femme d’un interne : Paris, 18 décembre 1932 (après l'évasion du malade) :
« Me voici en liberté, s’il vous est agréable de me voir, « en venant à Paris, veuillez m'envoyer un mot.
« P. S. — Secret absolu à l’égard de votre mari et de tous « les internes. Depuis que nous flirtons tous les deux, il « serait temps de sacrifier à Cupidon dans toutes les règles « de l'Art. »
Tous ces écrits traduisent lPexcitation génitale de P... qui, très souvent, se plaignait à nous de la continence imposée par l’internement. Mais cette excitation ne se traduisait pas uniquement par des tendances hétérosexuelles normales.
A plusieurs reprises, P.…. exprime des idées délirantes érotomaniaques, mais homosexuelles ; c’est ainsi que le 26 août 1932, il écrit à un interne :
« Vous voulez vous livrer au plaisir de l’homosexualité « avec moi. Venez ce soir dans ma chambre seul, à partir « de 8 heures. Je connais cette jouissance-là, c’est la meil- « leure.
« À ce soir... »
Et le 8 septembre 1932, à un surveillant :
« Je vous serai reconnaissant de me faire transférer ce « soir au Pavillon n° 2...
& P. $S. — Si vous tenez tant que ça à vous adonner au « plaisir des mignons avec moi, venez dans ma chambre à « partir de 8 heures du soir. Nous irons chez vous ou bien « je satisferai vos désirs dans ma chambre. Honni soit qui « mal y pense. L’homme est un animal. Contentons le « cochon qui sommeille en nous. »
A d’autres moments, il proteste de sa normalité et écrit :
Le 26 mai 1932 :
« Je ne suis pas homosexuel. Je ne coucherai jamais avec « vous. Vos infirmiers suivent votre exemple et m'offrent « leur c.…. C’est ignoble. »
Dans une plainte au Procureur de la République, en date du 3 avril 1928, nous retrouvons les mêmes sentiments, mais incorporés au délire :
« Stylé par M. M. maire, il conseillait aux ouvriers de « m'insulter en me traitant d'homme aux goûts suspects. »
Nous terminerons cette longue observation en disant que P.. s’est toujours montré docile dans le service et, bien qu’à
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certains moments il nous faisait entrer dans son délire, il r’a jamais eu de réactions agressives nettes à notre égard. De même, avec sa famille, dont il se plaignait cependant, il échangeait des lettres très affectueuses.
Après son évasion, il cède volontiers aux instances de ses parents et va habiter son pays natal, se montre très soumis à sa sœur qui le surveille. Jusqu'à présent, toutes ses réactions se bornent à l’envoi de lettres, où il exprime les mêmes idées délirantes et donne la preuve que ses illusions et ses ballucinations sont encore aussi nombreuses. Il croit nous avoir vus à plusieurs reprises dans un village corse, a entendu dire que François Coty a édité un livre de ses poèmes et qu’il a gagné ainsi plusieurs millions. Il n’en est cependant pas très persuadé et nous écrit pour demander à François Coty de lui envoyer de l’argent si ce qu’il a entendu dire est exact.
Mise à part la question du diagnostic nosographique, cette observation nous parait intéressante, en particulier au sujet des rapports qui unissent les divers facteurs pathologiques du tableau clinique.
Comme dans nos observations précédentes, l’homosexualité paraît être ici conditionnée par une régression héboïde que traduisent bien l’excitation psychique et le puérilisme de notre malade.
Il est curieux d’observer son attitude à l’égard de ces tendances homosexuelles. Tantôt il les admet et les exprime cyniquement, tantôt il les nie, tantôt il pense qu’on l’a insulté et accusé de mœurs contre nature.
Par ailleurs, outre les thèmes érotomaniaques, la teinte générale du délire, enlèvement de femmes séquestrées puis livrées à la prostitution, ne traduit-elle pas, de façon à peine voilée, une excitation érotique marquée ?
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