‹ HondschooteChapitre 13 sur 68 · Bentabole et Levasseur au Comité, 9 août (A. G · texte numérisé non relu

Bentabole et Levasseur au Comité, 9 août (A. G

2. Le no 259; cf Valenciennes, 183 et une lettre de Ceiliez à Bouchotte, 18 jdmet(A. G.)

5 6 HONDSCflOOTE

dats défendirent le général : le premier criait Vive Custine et le second s'étonnait que les chefs de Tarmée fussent dénoncés tous les jours. Mais Celliez et Varin ripostèrent aisément aux deux avocats de Custine : les troupes de ligne, écrivaient-ils à Bouchotte, pouvaient être un instant égarées par leurs officiers, mais « cette erreur ne serait que passagère (1) »,

Lespomarède, naguère capitaine des douanes à Délie, sur la frontière du Haut-Rhin, et depuis quelques semaines adjudant général, secondait Celliez et Varin. Le ministre de la guerre Tavait chargé de recueillir à Cambrai les fugitifs de Neerwinden. Mais Lespomarède était resté dans la ville sous le titre de commissaire national pour enflammer le patriotisme de la garnison. Il aimait ce rôle d'instructeur civique et proposait sérieusement à la Convention d'attacher à chaque armée de semblables émissaires qui ne cesseraient d'éclairer les soldats et de surveiller les officiers (2). Après l'arrestation de Custine, il déploya tout son zèle de prédicant et, avec plus d'ardeur que jamais, exposa dans les séances du club les vrais principes de la sans-culotterie. < La tranquillité, disait-il à Bouchotte le 26 juillet, règne dans l'armée; malgré l'aristocratie qui a voulu crier que sans Custine tout était perdu, le soldat n'a été pénétré que de respect pour la loi (3). »

1. Celliez et Varin à Bouchotte, H, 25 et 28 juillet A. G.) Le club de Cambrai avait, outre son président Lespomarède, deux secrétaires dont une femme, la citoyenne Druon.

2. Patriote Français, du 15 avril et Journal de la Montagne 16 juillet. Bmtabole proposait également d'envoyer aux armées des « missionnaires de la liberté » chargés de réparer le mal que les généraux et officiers traîtres faisaient à la République (Rec. Au lard V. 540.)

3. Lespomarède à Bouchotte, 23 juillet; Rousset, Les volont, 218;

KILMAIISE 5 7

II. Charles-Edouard Jennings de Kilmaine — dont le nom est bizarrement orthographié dans les lettres et les journaux de Tépoque Kilmene, Killermaine, Kuillemaine, Killemann, Killemain, Guillemin, Guillen et Culman — était né â Dublin, le 19 octobre 1751, et apparenté à la famille desJennings, de Kilmaine, dans le comté de Mayo. Il vint en France à l'âge dé onze ans et vécut quelque temps à Tonnay-Charente où son père exerçait la médecine. En 1774, il s'engageait dans le régiment de Royal Dragons. Quatre années plus tard, il était adjudant aux volontaires étrangers de la marine et prenait part en cette qualité à l'expédition du Sénégal. Mais c'est au 6*hussards, ci-devant Lauzun, qu'avant de s'élever aux hautes dignités de l'armée, il Ot,à proprement parler, plus

Barth, Notes biogr. sur les hommes de la Révol, à Strasbourg, 369; Retraite de Brunswick^ 20S; Rec. Aulard IV, 499. Ce Lespomarède était parti de Délie, avec rautorisation du miaistre des contributions publiques CLavière, et il avait fait la route & pied, son sac sur le dos et un mousqfuet sur Tépaule. II vit la retraite dos Prussiens et suivit, comme aide de camp. Valence en Belgique. Après avoir rempli durant le mois de mars 1793 les fonctions provisoires de commissaire des guerres, puis celles d'inspecteur des douanes de Saint- Amand et employé ses préposés à empêcher la désertion dos volontaires, il devint le coryphée du club de Cambrai qui vantait sa « vertu républicaine et entraînante » et le déclarait « incorruptible ». Il n'a jamais, disait le club, « composé avec personne, jamais connu que les principes » et il a toujours « opposé nu front d^airain à tout ce qui sentait la tyrannie, Tarbitraire et riiyustice » (Le club à Bouchotte, 9 et 31 août). Le 12 septembre, après la défaite de Declaye, il haranguait sur la place, au nom des autorités constituées, la garde nationale de Cambrai : « J*ai vu vraiment du patriotisme, écrivait-U aussitôt à Bouchotte, notre position n'est pas heureuse, mais comptez que je me brûlerai la cervelle, malgré notre faiblesse, plutôt que de consentir que la ville se rende. » Deux jours après, on lui volait 6.525 livi'es dans son armoire, et il recommandait à Bouchotte sa femme et ses enfants qu'U avait laissés à Délie. (Lettres du 12 et du 14 septembre). L'année suivante U est à Strasbourg; le 28 mars il entre aux Jacobins ; le 31 mai, il les préside.

6 8 HONDBCHOOTE

sa carrière de soldat. Sous-lieutenant et remarqué en Amérique par Mathieu Dumas qui louait sa vigueur et son jugement, lieutenant,capitaine, il dirigea durant neuf ans le manège et la petite guerre au régiment de Lauzun, et ce fut lui qui, à Metz, enseigna les nouvelles manœuvres aux détachements des six régiments de hussards. Il se distingua dans TArgonne, et son escadron, pénétrant par Marcq au travers de la forêt, en des endroits où jamais cheval n'avait passé, allait jusqu'à Grandpré et Buzancy, harceler les Prussiens et couper leurs convois. Beurnonville assurait qu'on ne pouvait être plus adroit, plus ferme, plus intelligent que cet € excellent capitaine ». Dumouriez le nommait le brave Kilmaine, un des hommes les plus expérimentés de l'armée de Belgique, et témoignait qu'à Jemappes il avait, en couvrant la trouée laissée par la brigade Drouet, rendu les mêmes services que le fameux Baptiste et que le duc de Chartres, et sauvé le centre de la ligne d'infanterie. Nommé lieutenant-colonel après Jemappes, Kilmaine obtint l'année suivante, dans l'espace de cinq mois, les grades les plus éminents; il était en janvier 1793 colonel, en mars général de brigade, en mai, général de division. Présomptueux, infatué de ses mérites, il se vantait de parler les quatre principales langues d'Europe aussi bien que le français, d'être le seul officier de la République qui pût produire les rapports les plus honorables sur sa conduite, et, à l'entendre, nul ne l'égalait à la tête d'un régiment de cavalerie, des troupes légères et de l'avantgarde. Mais il avait justifié ses rapides promotions par sa brillante valeur dans les bois de Raismes et de Vicoigne aux mois d'avril et de mai lorsque l'armée du Nord tenta de débloquer Condé. Le représentant Courtois le jugeait actif, entreprenant et difficile à remplacer en cas de mal-

heur.Du Bois du Bais proposait au Comité de lui douner, à cause de ses talents et de son énergie, Tarmée des côtes de La Rochelle. Le Conseil exécutif voulait, à la mort deDampierre.lui confierTarmée du Nord. Kilmaine eut du moins la division ou armée des Ardennes qui n'existait pas, et qu'il créa, forma, organisa tant bien que mal dans le camp de Villy, près de Carignan. On lui sut gré du projet qu'il conçut, dans les derniers jours de mai, de tendre la main à l'armée de la Moselle et d'essayer de concert avec elle une puissante diversion dans le Namurois et l'évêché de Liège. L'opération n'eut pas lieu, sur l'ordre positif de Custine; mais Kilmaine soutint qu'elle était possible et il se piquait, sans être € un téméraire et encore moins* un rêveur y, de la mener à bonne fin. Son zèle lui valut les éloges des représentants Hentz et De La Porte. S'il n'avait pas, disait-il, assez de forces pour marcher en avant, il tâcherait de défendre efficacement la frontière de Longwy à Givet, et il fit quelques heureuses incursions en pays ennemi, décida de la victoire d'Arlon en dépêchant des secours à Delaage. Aussi, lorsque Bouchotte appela Custine à Paris pour le destituer et le perdre, il chargea Kilmaine de commander provisoirement l'armée du Nord (1).

Kilmaine laissa sa division des Ardennes àChampollon et se rendit à Cambrai, le 15 juillet, pour y recevoir les

i, Alger, Englishmen in the French Révolution^ 1889, p. 152-153; Charavay, Carnol II, 338 et 405 ; Retraite de Brunsw/ckj^M ; Dumas, Mém,ly 71; Beurnon ville à Dumouriez, 2 oct. 1792; Corresp. de Dumouriez et de Pache 1793, p. 189 et 192; Courtois à Bouchotte, 5 juin; Du Bois du Bais au Tomité, 30 juillet; Kilmaine à Bouchotte, 18 juin; Bouchotte A Kilmaine, 12 juillet (A. G.); Wissembourg^ 26; Valenciennesy 82, etc.

instructions de Custine. Les difficultés qui l'entouraient ne parurent pas l'effrayer d'abord. S'il trouvait l'intrigue « au plus haut point » et croyait malaisé d'écraser cette hydre, s'il se plaignait de la désertion et annonçait avec^ humeur qu'un adjudant-général et cinq sergents-majors du 47° régiment, ainsi qu'un officier, avaient passé dans le camp des alliés, n'importe, écrivait-il, « cela ira, il faudra que ça aille ou que j'y perde la vie 1 » Il menaçait les traîtres qui s'agitaient dans Yalenciennes : « Nous rejoindrons ces lâches coquins et ils ne riront pas ; je vous le prédis et n'ai rien prédit en vain jusqu'à ce moment ; mes hussards me nommaient le prophète et V heureux colonel I » Il prenait même en face des ennemis un ton singulier d'audace et de jactance. Cobourg lui réclamait un sous -lieutenant Lichtenhaya qui s'était enfui chez les Fra-uçais après avoir volé le prèt.Kilmaine répondit au prince qu'il ne rendrait Lichtenhayn qu'en échange de Thouvenot, l'ancien chef d'état-major de Dumouriez : Thouvenot se trouvait à Leuze, à portée ; lui aussi était déserteur, lui aussi avait volé la caisse. Et les commissaires du pouvoir exécutif, Celliez et Varin, louaient ce € style nouveau » que les généraux français n'avaient pas encore employé ; à leur avis, une pareille lettre ne faisait qu'augmenter la confiance que leur inspirait Kilmaine (1).

Le ton de sa correspondance se modifia bientôt et dès le 28 juillet, il déclarait qu'il ne pouvait plus se charger du fardeau. Il demanda des renforts. Il demanda de l'artillerie légère pour suppléer au défaut de cavalerie (2). Il

1. Kilmaine à Bouchotte, 24 juillet et 4 août; à Cobourg, 29 juillet; Celliez el Varia à Bouchotte, 31 juUlet (A. G.).

2. Kilmaioe à Bouchotte, 28 et 29 juillet (A. G.) ; Mon. 3 août. C'est

demanda des lieutenants qui l'aideraient à s'acquitter de sa tâche. « Nous sommes, disait-il, dans une extrême pénurie d'officiers généraux et le service en soufiFre extrêmement. » Il ajoutait que, si Valenciennes capitulait, sa situation deviendrait critique ; le camp de César était excellent après la déroute de Famars et il avait alors sauvé l'armée; mais, après la reddition de Valenciennes, il serait très mauvais ; il ne couvrait pas une grande étendue de frontière et, si l'armée y restait, les coalisés s'empresseraient de Vassiégei\ de V emprisonner^ de se mettre entre elle et Cambrai. Son plan de retraite était déjà dressé. Il irait camper derrière les sources de l'Escaut, entre Honnecourt et le Catelet, dans une position avantageuse qu'il avait fait reconnaître par Coquebert de Montbret et qu'il avait vue de ses propres yeux : de la sorte, il ne cesserait pas de protéger la Sensée, l'Escaut, le canal de Palluel à Douai et il comptait par le canal de flottage qui va du Catelet à Bohain et par les bois qui se prolongent sur la droite jusqu'à la Sambre, garder ses communications avec Landrecies, avec Maubeuge, peut-être avec le Quesnoy.

Vint la prise de Valenciennes. Sans doute, remarquait Kilmaine, il eût fallu secourir la ville. Mais les moyens existaient-ils? Etait-il possible d'agir sans cavalerie? Qu'auraient pu 5.000 chevaux contre les innombrables escadrons autrichiens? Les régiments de hussards et de dragons manquaient des objets indispensables. Les

ainsi que Beotabole disait aux Jacobins que, puisqu'on n'avait pas de cavalerie, il fallait doubler rartillerie volante, qu'une compagnie de •e genre valait à elle seule deux régiments de cavalerie : « Nos ennemis n'en ont pas, et cette arme terrible qui passe partout avec la rapidité de l'éclair, leur cause une terreur inconcevable » {Mon, du 13 octobre.)

HO^DSCHOOTE• 4

bataillons d'infanterie ne comptaient chacun que 400 hommes capables de tenir la campagne. Le l®''dllleet-Vilaine avait juste 344 volontaires. Et les alliés appro- <5haient,ces redoutables alliés qui faisaient la guerre avec plus d'habileté que l'année précédente, qui prenaient des places fortes pour appuyer leurs communications et assurer leurs subsistances, qui visaient à devenir « le vrai possesseur despotique » du territoire !

Gay-Vernon exhalait les mêmes plaintes. Lui aussi jugeait la situation 4c désolante»; lui aussi demandait des secours, surtout en cavalerie, pour tirer les troupes de r « état de mollesse » auquel elles étaient condamnées. « Nous sommes bien pauvres », ïnandait-il à Bouchotte, et il affirmait que, sur toute la frontière, de Dunkerqueà Carignan, la République n'avait au plus que 8.000 vigoureux défenseurs.

Comme Gay-Vernon et Kilmaine, les représentants trouvaient la situation de l'armée « de plus en plus alarmante ». Ils reconnaissaient que l'infanterie était « en assez bon état » et paraissait « assez bien instruite ». Mais la cavalerie^ demeurait nulle ; elle comptait six à huit mille hommes tant au camp de César que dans les places et elle devait en compter cinq à six mille de plus. Des corps nouvellement formés ne manquaient de rien, tandis que de vieux régiments n'avaient ni chevaux ni armes. 400 hussards de Chamborant n'étaient ni montés ni équipés. Et les représentants s'en prenaient à Bouchotte ^t à la Convention. Pourquoi le ministre ne fournissait-il pas les selles, les sabres et les pistolets? Pourquoi l'Assemblée n'avait-elle pas, en décrétant la levée de 30.000 cavaliers, prescrit la levée des chevaux et le mode d'opération? Pourquoi n'envoyait-on pas au camp de Paillericourt les chevaux de luxe réquisitionnés?

KILMAINB 6 3

Du Bois du Bais avait perdu toute confiance dans les troupes. « Ce qui arrive aujourd'hui, écrivait-il, n'est arrivé dans aucun temps », et il déclarait qu'à la moindre terreur les soldats se débarrassaient de leurs armes. 11 avait vu des fuyards qui n'étaient pas poursuivis, jeter presque sous les murs de Maubeuge le fusil qu'ils auraient pu conserver sans inconvénient. Les Français, concluait-il avec tristesse, regardaient autrefois comme un déshonneur d'abandonner leur drapeau ; aujourd'hui ils s'en font un jeu ^ et il rappelait amèrement que les rebelles de la Vendée qui n'avaient d'abord que des bâtons, disposaient maintenant de carabines et de pièces d'artillerie qu'ils avaient prises aux républicains (1).

Au même moment le ministre achevait de désorganiser l'armée, du moins pour quelques jours, en frappant à coups pressés dans les rangs de l'état-major.Les généraux de division Lamarche, Le Veneur, d'Hangest, Sabrevois^ les généraux de brigade Baussancourt, Desponchés, Kermorvan, Devrigny, le chef de l'état-major Des Bruslys^ les adjudants généraux Chérin et d'Ardenne furent suspendus de leurs fonctions. Ils étaient victimes de Celliez, de Varin et de Defrenne. Ces trois commissaires du pouvoir exécutif, et particulièrement Celliez, les avaient dénoncés à l'administration de la guerre, et Bouchotte les ôtait à l'armée parce que Celliez les lui désignait et les notait comme des suspects, « justement suspects », et € plus que suspects », comme des gens qui tenaient une conduite incivique et qui devaient être proscrits,.

1. Kilmaine à Bouchotte, 30 jnillet et 4 août; Gay-Vernon à Bouchotte, 28 juUlet; Desacy au Comité, 30 juillet ; ILevasseur à la Convention, 27 juillet : Levasseur, Le Tourneur et Delbrel au Comité, 27,. 28 et 30 juUlet; Du Bois du Bais au Comité, 30 juUlet (A. G.); Rec Aulard, V, 423.

puisque leurs intérêts différaient essentiellement des intérêts de la sans-culotterie. « Nous somme& trahis, avait écrit Celliez le 15 juillet, et Tennemi connaît toutes nos démarches. Que ces hommes disparaissent enfin ! Quoi! des nobles, des complices de Dumouriez, des biribis, des ignares, des intrigants de toute espèce, sans talents et sans vertus, àlatête des soldats républicains!» Et Bouchotte suspendait, suspendait. Tous les officiers que dénonçait Celliez, venaient àParis rendre compte de leurs actes (i).

Lamarche était condamné depuis l'affaire du camp du Famars. Il est, disait Delacroix, inepte ou traître, et un officier mandait aux Jacobins de Paris que ce soudard était d'autant plus dangereux que son obscurité le mettait à l'abri de l'animadversion publique, tju'il était en réalité « le plus astucieux des conspirateurs », qu'il avait opéré la plus honteuse retraite, et que Cobourg s'étonnait sûrement qu'un pareil anthropophage eût échappé à la guillotine. Celliez et Varin le qualifiaient d' « ivrogne parfait » et l'inculpaient nettement de trahison ; il fallait, marquaient-ils à Bouchotte, « en purger l'armée », et ils rapportaient avec un sentiment d'indignation qu'il était, depuis l'arrestation de son ami Custine, plus taciturne et plus sombre que jamais (2).

Le Veneur avait donné de l'ombrage dès l'année précédente, et s'il avait fait les campagnes de l'Argonne et de la Belgique, on n'oubliait pas qu'il s'était, au 10 août 1792, déclaré pour Lafayette et qu'il engageait ses chefs de bataillon à rétablir le roi et à marcher contre Petion

i, Rec. Aulard V, 420; Celliez à Bouchotte, 14 juUlet (\. G.).

2. Mot de Delacroix, séance du 10 juillet (Mon, du 12); séance des Jacobins des 15 et 17 juillet {Journal de la Montagne des 16 et 19 juillet); Celliez et Varin à Bouchotte, 25 et 28 juillet (A. G.)

et Paris. Bouchotte n'avait pas caché sa surprise lorsque les représentants confiaient à ce général le commandement du camp de Paillencourt pendant que Custine parcourait les places de la Flandre. Mais Celliez ne manqua pas d'attiser la colère du ministre ; il accusa Le Veneur de loger au village d'Abancourt chez un parent de Galonné, royaliste avéré, dont les deux fils, l'un officier, l'autre chanoine, avaient émigré. Ernouf, alors adjudant-général et naguère quartier-maître du 1" bataillon de'l'Orne, incriminait Le Veneur plus gravement encore : sous l'ancien régime, disait Ernouf, Le Veneur était détesté des soldats; retiré dans sa terre de Carrouges, il avait su se faire élire procureur-syndic du département de l'Orne, mais bientôt perçait le bout de l'oreille; les patriotes, fatigués de ses menées, lui administraient à la fête du 14 juillet une volée de coups de bâton, et il fallait, pour le sauver, le couvrir de la bannière fédérative. Et, ajoutait Ernouf, cet intrigant se transformait quelques mois plus tard en général ! Le Veneur fut suspendu. Il regimba, répondit que la patrie avait besoin de défenseurs et qu'il resterait à l'armée comme simple soldat. Outré, Bouchotte écrivit à Kilmaine que Le Veneur n'avait qu'à déférer aux ordres du Conseil exécutif et que, s'il refusait de quitter le camp, il devait être traduit devant une cour martiale. Mais déjà Le Veneur était sous les verrous ; il projetait de publier une adresse à ses concitoyens ; les représentants Levasseur et Le Tourneur, irrités qu'il désobéît au pouvoir civil et voulût notifier aux troupes sa désobéissance, le firent arrêter (1).

D'Hangest, Sabrevois, Des Bruslys, Baus sancourt,

i. Celliez à Bouchotte, 14 juillet; dénonciation d'Ernouf; Bouchotte à Kilmaine, 2 août (A G.); Rec. Aulard V. 444; VI, 15; Gf sur Le Veneur le travail d'Et. Gharavay, (A..G.) Le Général Le Veneur, 1895.

Desponchés, Kermorvan, Devrigny, Chérin, d'Ardenne subirent le même sort.

D'Hangest était depuis longtemps accusé de professer des opinions € anticiviques » ; Dumouriez le nommait dans les premiers jours d'avril, commandant de Douai, et le ministre ne l'avait conservé que sur la proposition de Lamarche (i).

Sabrevois était, suivant le mot de Celliez, un autre d'Hangest (2).

Des Bruslys, dénoncé parDefrenne, par Celliez et Varin, par Vincent, par Billaud-Varenne et Niou, passait pour un aristocrate, un « égoïste dangereux », et Ton disait qu'il n'avait « aucune morale dans les principes », qu'il avait signé l'ordre atroce de faire fusiller le soldat, qu'il avait tout mis en œuvre pour livrer l'armée aux ennemis (3).

Baussancourt n'avait pas dissimulé son attachement à Custine (4).

Desponchés, ancien colonel du 49" régiment, ci-devant Flandre, était, selon l'expression de Celliez et de son col-

1. Celliez à Bouchotte, 15 juillet (A. G.) ; cf Trahison de Dumouriez,

Page 1