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Celliez à 3oucholte, 14 juUlet (A. G

discipline rigoureuse »; mais on n'aurait pu mettre, assurait Du Bois du Bais, plus de bonne foi, plus d'activité, plus de scrupule dans l'accomplissement de ses devoirs; grâce à Tourville, la division de Maubeuge était € extrêmement bien tenue », et le représentant invoquait le témoignage de Jourdan. Ce général plébéien ne proclamait-il pas que Tourville avait tant de zèle et de vigilance qu'on lui trouverait malaisément un successeur-? Mais Tourville était noble; il avait fait chasser de Maubeuge l'agent Defrenne qui répandait dans le camp retranché le Père Duchesne et le Journal de la Montagne ; il avait écrit que Hébert était évidemment payé par les ennemis pour désorganiser toutes choses; il avait protesté contre le départ de Custine, le seul qui, suivant lui, eût réussi à dresser et à instruire l'armée du Nord ; il avait averti Bouchotte que les ci-devant qui restaient fidèlement à leur poste et que le ministre remplaçait par des ignorants, iraient peut-être porter chez les alliés leurs connaissances et leur ressentiment. Bouchotte saisit la balle au bond ; il envoya la lettre de Tourville au Comité : Voilji, s'écriait-il, ce que pensaient ces aristocrates qui envisageaient sans frémir l'instant où ils pourraient rejoindre Cobourg! Tourville accueillit sa suspension avec sang-froid; il fit de simples et touchants adieux à la division de Maubeuge, loua la subordination de ses soldats, leur ardeur, leur émulation et leur désir d'apprendre: « Je vous exhorte, leur disait-il, à persévérer dans ces excellents principes, et la victoire couronnera vos travaux (1). »

1. Charavay, Camot II, 241 ; d'Harville à Pacbe, 25 déc. 1792; Du Bois du Bais au Comité, 30 et 31 juillet 1793; Tourville à Bouchotte, 26 juillet (et note de Bouchotte) ; Tourville à la division de Mau-

Rosières, chevau-léger de la garde, puis capitaine dans Fiimel-cavalerie, avait cherché fortune en Hollande et aux Pays-Bas autrichiens. Lieutenant- colonel dans la légion de Maillebois et ensuite dans un corps de lanciers ou de uhlans levé par les patriotes contre le stathouder, général-major de l'armée belge et l'un des coopérateurs de Van der Mersch en Flandre et à Namur, capturé par les Impériaux et détenu pendant huit mois, il avait regagné la France lorsqu'éclata la guerre de la Révolution. Nommé maréchal de camp, il conduisit dans l'Argonne un corps de i.lOO Belges et il dirigeait à Jemappes cette partie de l'aile droite qui emporta Quargnon. Il avait présidé le comité militaire de Bruxelles et tenté de former une armée belge dont il devait être le chef. En février 1793, il vint à la bart*e de la Convention offrir Bruxelles à la France et demander, au nom des représentants provisoires de la ville, que les dettes contractées avant l'annexion fussent payées en numéraire. Rentré au service de France après les revers et promu général de division, il avait mené la gauche de Farmée sous les ordres de Miranda. Il se vantait d'avoir entraîné du camp de Bruille à Valenciennes trente-six bataillons et € sauvé la République dans ce moment critique ». Mais on lui reprochait d'avoir hautement professé les opinions de Dumouriez, et Ton assurait, non sans raison, qu'il avait louvoyé dans les premiers jours d'avril et fait arrêter sur l'injonction du traître les adjudants-généraux Chérin et Pille. Enfin, il était comte et s'appelait naguère M. de Rosières. L'agent Defrenne disait qu'il ne valait pas mieux que Moreton, et Courtois le déclarait incapable

beuge, 6 août (A. G.); Cf Trahism de Dumouriez, 205 et Valenciennnes, 188,

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de défendre une place aussi importante que Douai (1).

Gobert avait donné des preuves de son républicanisme et de son expérience depuis le début des hostilités. Après avoir aidé Kilmaine à organiser Tarmée des Ardennes, il avait fait tant bien que mal approvisionner les places de Cambrai, de Bouchain, du Quesnoy, de Landrecies, de Saint-Quentin, et réparer leurs remparts. « Il est pourtant Tarai de Dampierre, s'écria Guy-Vernon en apprenant qu'il était suspendu, et il est parvenu par ses talents ! » Ma;is Celliez et Varin l'avaient dénoncé comme un faux jacobin, ennemi de nos succès et grand ami de Custine. Gobert obéit à Tordre du ministre. Le 4 août, il se retirait à Corbeil ; arrêté au Ménil, à six lieues de Paris, fouillé dé la tête aux pieds, traîné dans une prison, gardé deux jours au secret, il fut enfin conduit au Comité de sûreté générale qui le reconnut innocent et le mit en liberté. « Rendez-moi, disait alors ce vaillant officier, rendez-moi Thonneur et la confiance de mes concitoyens; j'ai occupé les postes les plus importants; je les quitte sans peine, avec le regret cependant de voir qu'on privé la patrie d'un bon et brave défenseur (2^. »

Guéroult Lapalière, ancien gendarme de la garde, réforme en 1784, rentré au service sous la Révolution, était devenu promptement général de brigade. Mais on croyait qu'il devait son avancement à Delacroix et à Danton, ses amis, et bien qu'il eût déclaré, selon la for-

1. Charavay, Camo^ II, 243 et 330; Rosières à Bouchotte, 4 août; Defrenne à Bouchotte, 6 mai; Courto.s à Bouchotte, 5 jdin (A. G.); Cf. JemappeSf U, 90, 208, 251 et Trahison de Dtimouriez, 190.

2. Celliez et Varia à Bouchotte, 25 juillet (A. G.<. Exposé de la conduite de Gobert^ 13-15; cf sur Gobert nos volu ne» p-'^cé-ients notamiiieiii Valmy^ p. 7<^ 251, 253, et Charavay, Le Veneur^ p 15 et annexes.

mule du temps, qu'il s'ensevelirait sous les ruines de Cambrai, un agent prétendait qu'il ' « avait le gousset garni » pour rejoindre Dumouriez lorsqu'il aurait livré la ville. Defrenne et Lavalette le traitaient de coquin : suivant eux, Lapalière n'avait pas le ton qui sied à un républicain ; il publiait que l'ennemi avait des forces doublement supérieures à celles de l'armée du Nord, et depuis son arrivée à Cambrai, l'aristocratie y était « montée de plusieurs crans (1). »

Neyrod, retraité comme capitaine en 1773, élu lieutenant-colonel du i*"" bataillon des volontaires de la Moselle, était général de brigade depuis le 15 mai 1793 et commandait au Quesnoy. Le représentant Du Bois du Bais le jugeait actif, zélé, et assurait que sa correspondance était franche, pleine de patriotisme et nullement suspecte. Mais Defrenne avait dit que Neyrod faisait plus d'embarras que de besogne, et un capitaine des grenadiers du 1" bataillon de la Vendée, Alexis Vinet, le nommait le plus maussade des officiers, dénonçait ses propos inciviques, affirmait que Neyrod regrettait l'ancien régime et qualifiait les commissaires de la Convention d'imbéciles, d'ignorants et de patauds. Le 25 juillet, Bouchotte donnait ordre à Neyrod de cesser ses fonctions et de se rendre à Paris (2).

Les représentants Duquesnoy et Le Bas secondaient Bouchotte dans sa tâche d'épuration. Ils inspectaient

1. Gbaravay, Camot II, 242; lettre d'un agent secret, 18 juin (A.E.) Defren e à Bouchotte, 30 avril et 6 mai; Lavalette à Bouchotte, 7 mai (A. G.)

2. Defrenne à Bouchotte, 16 mai; Du Bols du Bais au Comité, 31 juliw^t (A. G.) ; cf. Charavay, Camot II, 241. Il sera question de Kerenveyer au chapitre de Dunkergue.

l'aile gauche de l'armée du Nord et le 6 août ils faisaient arrêter les deux généraux qui commandaient les camps de Cassel et de Ghyvelde, O'Moran et Richardot.

L'Irlandais O'Moran qui devait périr sur l'échafaud le 6 mars 1794 avec Chancel et Davaine, avait servi dans le régiment de Dillon, plus tard le 87*, et du rang de cadet s'était peu à peu élevé jusqu'au grade de colonel. Maréchal de camp et lieutenant-général en 1792, à huit mois d'intervalle, commandant de Tournay et de la Westflandre pendant l'expédition de Belgique, il avait, après la retraite de Dumouriez, rassemblé 16.000 hommes dans les cantonnements et places de la Flandre maritime. Mais il était infirme, malade et très circonspect. Il se défiait de ses bataillons et s'imaginait que les forces ennemies qui lui faisaient face ne cessaient de grossir: « Cela, écrivait-il ■une fois, ne fera que croître et embellir de jour en jour ». Les municipalités ne. croyaient pas à son civisme et ne cachaient pas les soupçons qu'elles avaient sur son compte : à les entendre, il ne prenait aucune mesure pour dissiper les inquiétudes des habitants, laissait Bergues sans défense, refusait de réprimer les désordres des troupes, projetait de lever le camp de Cassel et d'abandonner le pays à la merci des Autrichiens. Defrenne prévenait Bouchotte de le surveiller de près parce que les patriotes « n'en disaient pas de bien ». Gasparin et Lesage- Senault n'osaient le suspendre : les rapports qu'ils recevaient contre lui ne leur semblaient pas « assez prononcés » ; mais les deux représentants demandaient que cet étranger qui ne pouvait monter à cheval et remplir de fonctions actives, fût employé dans une ville moins considérable que Dunkerque. Courtois le notait « royaliste outré » et « plus que suspect ». Carnot le ménageait et se contentait de remarquer qu'O'Moran craij^nait tou-

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jours de se compromettre: « Il est d'une prudence qui me désespère et que je nommerais pusillanime si je ne respectais ses talents militaires. > Le Comité avait fini par prescrire à Bouchotte de déplacer O'Moran et de remployer dans une forteresse de deuxième ou de troisième ligne. Mais Duquesnoy, ce Duquesnoy que Tagent Gadolle appela le grand râfleur des généraux, assurait qu'O'Moran, « ainsi que bien d'autres encore », trahissait la France. Pourquoi cet Irlandais avait-il constamment désapprouvé Tattaque de Furnes? Pourquoi, malgré les avis des émissaires, prétendait-il que les ennemis se renforçaient à Furnes et à Ostende? N'avait-on pas dû le pousser, l'épée dans les reins, à cette entreprise et le menacer de destitution? N'avait-il pas essayé de rendre l'expédition inutile et de « faire tout manquer »? N'étaitce pas sa faute si la division de StettenhofiFen était arrivée une heure après la reddition de Furnes? Duquesnoy avait saisi les papiers d'O'Moran. Il y découvrit une lettre du général à Custine : la présence des commissaires Carnot et Duquesnoy, y lisait-on, avait sans doute empêché les exemples de sévérité, et Custine seul pouvait établir et propager la discipline. Duquesnoy fut exaspéré: O'Moran louait donc en public les représentants qui s'opposaient aux excès du soldat, et en secret il rejetait sur eux l'insubordination de l'armée I (i)

Richardot eut le même destin qu'O'Moran. Ce Toulousain qui devait mourir de maladie dans les prisons de la Terreur, était colonel des chasseurs du Hainaut lorsqu'il

J. Charavay, Carnot II, 248, 257, 272, 337, 344, 447; cf. Defrenaeà Bouchottft, 27 avril. Gasparin et Lesage-Senault au Comité, 19 mai ; Courtois à Bouchotte, 5 juiu ; Duquesnoy et Le Bas au Comité, 11 août (4. G.); Rec. Aulard, V. 4; déposition de Duquesnoy au procès d'O'Moran (A. N. W. 335.)

fut nommé général de brigade. L'agent Gadolle le jugeait « bien essentiel, actif, ferme, brave et franc ». Mais on répétait que Richardot appartenait à « la perfide coalition des généraux ci-devant nobles » et qu'il s'entendait avec Custine. On l'accusait d'avoir dit, devant Fromentin et le curé de Rexpoëde, que les Français ne pouvaient se passer de roi et que les troupes de ligne étaient à plaindre parce qu'elles servaient avec ces canailles de volontaires. On lui reprochait de laisser ses bataillons dans l'inaction, de blâmer les attaques,' et, lorsqu'elles avaient réussi, de n'en tirer aucun avantage. On lui imputait l'insuccès de l'échauffourée de Fumes : il avait allégué, comme O'Moran, que l'ennemi disposait de forces considérables; il avait affirmé que le canal de Furnes était large de quinze pieds, au lieu de quarante ; il avait fourni des madriers qui n'avaient que la moitié de la longueur nécessaire ; il n'avait donné ni pelles ni pioches ni haches pour faciliter le passage de l'artillerie dans un pays coupé de haies et de fossés (1).

Avec O'Moran et Richardot disparaissait de l'armée du Nord un personnage appelé plus tard à la célébrité : Etienne dit Jouy, le futur académicien et l'écrivain libéral de la Restauration. Après avoir brillamment servi dans l'Inde, il s'était jeté dans la Révolution, et Gorsas, son ancien maître, s'honorait d'être l'ami de ce fervent patriote. On avait vu Jouy, dans les représentations tumultueuses, guider le parti républicain. Le 3 novembre 1790, au Théâtre Italien, après un affreux vacarme, il faisait « par les seules armes de la politesse et de la raison » sortir de leur loge les noirs forcenés qui bravaient

1. Gadolle, lettre du 14 juin (A. E.); dénonciations d*Ernouf et de Duguesnoy. (A. N. W. 335) ; Charavay, Carnot, II, 168. 310, 448.

le parterre. Le 17 novembre suivant, au théâtre de la Nation, avant le lever du rideau, il venait, au nom du public, haranguer Mirabeau. Lieutenant au !•' régiment d'infanterie, capitaine (1792), adjudant-général chef de bataillon (l®' avril 1793), il était aide de camp d'O'Moran qui vantait ses talents militaires. Mais, Français du xvm* siècle jusqu'à la moelle, méchant, roué, mystificateur, ne cherchant qu'à s'amuser, courant d'aventures en aventures et d'intrigues en intrigues, jouant volontiers les rôles que lui offrait l'occasion, inconséquent et imprudent à plaisir, Jouy avait plus d'esprit et d'imagination que de cœur et de jugement. Il fît l'aristocrate tout en servant la République et causa par ses indiscrétions et ses folies la disgrâce d'O'Moran autant que la sienne propre. Suspecté par Duquesnoy, dès le mois de juin, défendu, puis abandonné par Carnot, il fut suspendu le 11 août. Mais il avait prévu le coup et pour le parer, il s'était rendu dans les derniers jours de juillet à Paris. Là, par ses grimaces et le verbiage jacobin qu'il adopta pour la circonstance, il sut obtenir une mission importante. Bouchotte qui le crut aussi patriote qu'intelligent, le chargea de conduire en Flandre les renforts de l'armée des Ardennes. Jouy s'acquitta de sa tâche avec succès, mais sans renoncer aux sottises et aux extravagances dont il avait pris l'habitude, mêlant de sangfroid aux actes d'un républicain d'inutiles effusions de royalisme, requérant de l'argent dans les villes bien qu'il eût reçu les fonds nécessaires, content de faire à la fois le bien et le mal, trouvant une piquante jouissance à se distinguer et à se compromettre tout ensemble, plein de rage lorsqu'il connut sa suspension méritée, heureux finalement de se cacher à Paris dans un asile sûr, et, après mille étourderies, gagnant la

Suisse SOUS un déguisement et à l'aide d'un passeport dérobé (1).

Tant de suspensions et d'arrestations déconcertaient, alarmaient les officiers. La plupart des généraux tremblaient pour eux-mêmes et s'évertuaient à ne pas donner de soupçons. Quelques-uns se rebutaient du métier. Tous refusaient de l'avancement. Colaud écrivait qu'il était fatigué d'être général et qu'il désirait rentrer dans son régiment pour servir la République sans crainte. « Les simples soldats, ajoutait-il, disent qu'ils ne voudraient pas être généraux, et ils ont raison > (â).

Quant à Kilmaine, il approuvait le ministre. « Mieux vaut, lui mandait-il, n'avoir personne que d'avoir de mauvais citoyens. Il nous faut des hommes qui n'aient d'autre alternative que la République ou la mort : il n'y a dans ce moment point de milieu pour nous ; tous les gens, ménageant les deux partis, doivent être exclus. » Pourtant, il ne dissimulait pas au ministre l'embarras et le trouble où le jetait la soudaine disparition de ses lieutenants. Où trouver des successeurs aux généraux qui s'éloignaient? A qui confier les divisions et les brigades? Il assurait qu'il n'avait plus personne pour le seconder et qu'il ne répondait pas des événements. Bouchotte lui répliqua qu'une promotion se faisait dans les bureaux et que de bons commandants de bataillons rempliraient provisoirement les fonctions vacantes. Mais Kilmaine ne cessait de se lamenter. Il n'avait pas encore remis à son

1. Courrier de Gorsas, no» des 5 et 19 nov. 1790 ; Charavay. La Révolution française, n® du 44 nov. 1892, 410-420 et Carnot, II, 429; Mém. du général Thiébault, I, 352, 359, 397, 414-442; ordre do Boucbotle du 24juUlet(A. G.)

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