‹ HondschooteChapitre 23 sur 68 · Colaud à Bouchard, 15 août; Bouchard à Bouchotte, 17 août · texte numérisé non relu

Colaud à Bouchard, 15 août; Bouchard à Bouchotte, 17 août

BERGUËS 13 7

L'armée du duc d'York s'acheminait, en effet, vers Dunkerque sur deux colonnes, par Baisieux, Tourcoing et Menin. Mais elle prenait ses aises et défilait avec une incroyable lenteur; elle mit neuf jours pour faire 14 lieues !

Il est vrai qu'un combat, le combat de Linselles, retarda ses mouvements. Le 18, soit pour couvrir la manœuvre des Anglais (1), soit parce que leur voisinage l'enhardissait et lui donnait confiance, le prince héréditaire d'Orange attaquait les villages de Blaton et de Linselles avec 9 bataillons et 17 escadrons. L'opération était imprudente et il ne devait en tirer aucun avantage. Il disposait de forces peu considérables; il n'avait d'autre mission que d'observer Lille et de réprimer des tentatives d'invasion ; enfin il était certain que les Français ne manqueraient pas de revenir à la charge. Ce fut ce qui arriva. Après avoir emporté Linselles et Blaton, les Hollandais marchèrent vers Wambrechies. Jourdan accourut avec Béru et toutes les troupes du camp de la Madeleine. A quatre heures du soir, il pénétrait dans Linselles, enlevait dix canons, inûigeait aux Hollandais les pertes les plus sérieuses. Sur les 1.000 hommes des bataillons de Nassau et de Waldeck qui défendaient Linselles, 850 étaient tués, blessés ou prisonniers. Mais les républicains avaient, comme dit Béru, une soif déplorable de pillage ; ils quittèrent leurs rangs pour saccager les maisons. Le duc d'York envoya trois bataillons de la garde, commandés par le général Lake, pour reprendre Linselles Cette soudaine attaque déconcerta les carmagnoles. Ils furent saisis d'une terreur panique et s'enfuirent à toutes

1. In ordep lo cover the march {The journals and correspondence of gênerai Sir Barry Calvert^ 1853, p. 106.

Jambes; c'était, de l'aveu deJourdan, une déroute et non une retraite, et il semblait aux soldats anglais qu'ils poussaient devant eux et refoulaient le mo6 de Londres. Comme toujours, les charretiers coupèrent les traits des' chevaux pour échapper plus vite. Les assaillants s'emparèrent de huit pièces dont six de campagne et deux d'artillerie légère. Le représentant Levasseur, entraîné par son bouillant courage, essaya de sauver un de ces canons ; trois Anglais l'entourèrent et le sommèrent de se rendre : « un député, leur répondit-il, ne se rend pas, » et il piqua des deux. Heureusement, Jourdan et Béru réussirentà rallier les troupes en dehors du village et sur le chemin de Bondues. Le brave Jourdan tenta même de regagner le terrain abandonné et parvint à réoccuper Linselles. Mais il ne put y rester, et à la nuit il se repliait sur Wambrechies. Le chef de brigade Macdonald avait chassé les Hollandais de Blaton; il dut pareillement évacuer le village. Il raconte dans ses Mémoires que ses bataillons rentrèrent à Lille en triomphe et que le succès de Blaton effaça l'impression de l'échec de Linselles : «Toutle monde chantait victoire, mes troupes étaient enivrées, et pour dire la vérité, je n'étais pas le dernier à en jouir,mais le plus discrètement possible. »

Telle fut cette affaire de Linselles qui n'eut d'autre résultat que. de coûter inutilement 2.000 hommes aux deux partis. Dans la soirée, le duc d'York fit relever les trois bataillons de la garde anglaise par trois régiments hessois. Le lendemain, sur l'ordre du prince, ces Hessois rasaient les retranchements de Linselles au son delà musique, puis rejoignaient l'armée anglaise (1).

1. Jourdan à Houchard, Béru à Bouchotte, Levasseur à la Convention, 19 août (A. G.); lettre de Benlabole, 21 août; Mon. des 22 et

Le duc d'York, satisfait, poursuivit sa marche. Il avait divisé son armée en deux corps. L'un conduit par le maréchal hanovrien Freytag (l) et composé de 14.500 Hanovriens, Autrichiens et Hessois, devait former le corps d'observation (2) ; V autre qu'il commandait lui-même l'armée de siège.

25 août; Souv. de Macdonald, 29; Schels, 11; Ditfurtb, 78-81; Calvept, 106-107; Hamilton, HisL Grenadier Guards, 5872, II, 286 (Les Anglais, au nombre de 1.122, eurent 38 tués et 143 blessés); Arnaudin fait, au sujet du combat de Lmselles,une réflexion curieuse : « Cette action, dit-il, fournit une occasion de remarquer jusqu'à quel point les Anglais sont avares du sang de leurs compatriotes. Il y eut deux cents hommes mis hors de combat, et à peine y en avait-il un tiers de tués. Dans le nombre on comptait quelques officiers. Mais c'étaient tous des Anglais. Aussi, quoique la perte se trouvât compensée par le succès, elle devint un objet de deuil et de complamtes pour tout ce qu'il y avait de sujets britanniques dans Tarmée du duc d'York. Quelle folie, se disait-on, de sacrifier tant de monde pour la conquête d'un poste qu'on ne devait pas garder I Mais, par dessus tout, la grande fortune des neuf ou dix officiers compris dans le nombre des tués ou blessés, devenait une considération qui rendait révènement encore plus lamentable. On ne saurait qu'applaudir aux sentiments d'humanité qui dictaient de pareUs murmures. Mais il serait à désirer qu'Us s étendissent un peu plus au profit de tous les hommes sans distinction de nation. On pourrait même soupçonner que cette phUanthropie domestique qui so fait remarquer chez les Anglais dans Thomme de la dernière classe comme dans l'homme d'Etat, a dû, en bien des occasions, nuire au succès de leurs affaires tant politiques (jue militaires. Sous ce dernier rapport, elle a souvent pu induire les chefs dans les armées à avoir recours à des excès de précautions pour la conservation de leur noonde, qui auront eu le double effet de rendre la valeur des Anglais douteuse aux yeux des troupes étrangères servant avec eux et pour eux, et d'accoutumer leurs gens de guerre à attacher à l'existence un prix plus haut qu'il ne convient de faire h un véritable soldat. »

1. Freytag (Henri-Guillaume déjoué le 17 mars 1720, mort à Hanovre le 2 janvier 1798. Cf. sur lui l'article de VAllgemeine deuische Biographie,

2. Freytag avait sous ses ordres tous les Hanovriens, les bataillons autrichiens Brentano et Laudon-Vert ainsi que trois escadrons des hussards de Blankenstein, un bataillon de chasseurs hessois et le ré-

La région où s'engageait York est sillonnée de canaux dont les deux principaux sont le canal de Dunkerque à Fumes ou canal de Fumes, et le canal de Dunkerque à Bergues ou canal de Bergues. Entre ces deux canaux s'étendaient alors la petite Moëre et la grande Moëre, lagune de 6 kilomètres environ, disparue aujourd'hui et entièrement livrée à la culture, mais à cette époque, et bien qu'à diverses reprises, sous le régime espagnol, et sous la monarchie des Bourbons, elle eût été desséchée sur un espace considérable au moyen de machines hydrauliques, encore marécageuse, coupée de fossés innombrables, très facilement submersible et toujours submergée en temps de guerre. Parallèlement au canal de Bergues court l'Yser qui prend sa source au nord-ouest de Cassel et traverse un pays au sol ferme. Deux grandes routes conduisaient les alliés vers Dunkerque. L'une, qui partait d'Ypres et allait à Bergues par Poperinghe, Rousbrugge et Rexpoëde, était barrée par la forteresse de Bergues, et cette place, située à deux lieues au sud de Dunkerque et fortifiée par Vauban, avait un puissant appui dans l'inondation qui pouvait être tendue autour d'elle. L'autre route qui parlait de Fumes, et longeait le canal dit de Furnes, était également barrée par un camp établi à Ghyvelde et par des forts bâtis à Zuydcoote et à Lefifrinkhoucke ; mais elle offrait aux alliés l'avantage d'être près de la côte et de leur amener les pièces de siège qu'ils attendaient d'Angleterre. Outre Dunkerque et Bergues, les Français avaient de petits camps à Test de Bergues, à^Hondschoote, à Rexpoëde, Oost-Cappel, à Bambecque.

iri neat hessois des dragons du PrÎDce Frédéric, en tout 20 bataillons et 24 escadrons ou 11.900 fantassins et 2.600 cavaliers.

Freytag eut ordre de prendre, avec le corps d'observation, la route d'Ypres par Poperinghe,Rousbrugge et Rexpoëde : il chasserait les Français du terrain qu'ils occupaient entre le canal de Bergues etTYser; puis, masquant Bergues et Cassel, s'établirait dans une position favorable pour couvrir le flanc gauche de l'armée de siège.

Le 21 août, après avoir atteint Poperinghe et Rousbrugge, une partie de l'avant-garde de Freytag attaquait le poste d'Oost-Cappel. Le colonel Priischenk et le capitaine Ochs qui menaient ce détachement, avaient avec eux deux canons et une compagnie de chasseurs hessois, deux compagnies de Laudon-Vert, un bataillon de grenadiers hanovriens et 400 dragons. Deux bataillons de volontaires, le 5* du Rhône et le 5* de la Somme, défendaient les retranchements d'Oost-Cappel garnis de quatre bouches à feu. Mais ils ne se gardaient pas, bien que le gé aérai Barthel les eût avertis la veille qu'ils seraient prochainement assaillis. A deux heures du matin, PrQschenk passal'Yser, sans être aperçu sur un pont de planches et de fagots couvert de paille, gagnala route deBambecqueàOost-Cappel qu'il trouva défoncée et impraticable pour l'artillerie, et laissant ses deux pièces derrière lui, marchant à droite et à"gauche du chemin, arriva devant le village. On le vit, ontira sur lui, il eut des morts et des blessés, mais il entra dans Oost-Cappel, se saisit d'un canon et fit une cinquantaine de prisonniers. Pendantcetemps, lacompagnie des chasseurs hessois du capitaine Ochs, obliquant à gauche, débouchait soudain, au tournant de la chaussée de Bergues, en face d'un petit camp. Les Français, encore à demi endormis, sortaient de leurs tentes, et les officiers les rangeaient en bataille. Le capitaine Ochs et ses Hessois s'élancèrent aussitôt en criant hourrah, et les républicains, après avoir déchargé leur fusil, sans blesser per-

sonne, s'enfuirent surla route de Bergues. Ochs se mit à leurs trousses. Un officier d'artillerie tâchait de sauver trois pièces et de les entraîner au galop. Des chasseurs hessois, prenant une traverse, réussirent à le devancer. Cerné, abandonné par sa propre infanterie, l'olficier résolut de ne céder ses canons qu'à la dernière extrémité. Il ouvritun feu de mitraille. Mais les Hessois lui ripostèrent par des salves de mousqueterie et, s'avançant peu à peu èur la xîhaussée, sautant d'arbre en arbre, finirent par aborder les artilleurs. La mêlée fut horrible. Les Français se défendaient à coupis de refouloir. Leur officier qui s'était armé d'un fusiL allait percer le capitaine d'étatmajor Flies de sa baïonnette ; Ochs accourut et lui transperça le corps desonépée.

Ce malheureux combat d'Oost-Cappel exaspéra Barthel, Houchard et Duquesnoy. Le représentant et les généraux proposaient de faire un exemple éclatant. Barthel écrivait que deux bataillons s'étaient laissé surprendre et forcer sans résistance; Duquesnoy, que les chefs de ces bataillons avaient fui comme des poltrons et qu'il fallait les traduire devant une cour martiale et les passer par les armes ; Houchard, que le poste d'Oost-Cappel, malgré ses superbes retranchements et son artillerie qui pouvait foudroyer toutes- les avenues, avait été quitté lâchenient sans qu'on eût tiré un coup de canon ou de fusil, que les soldats avaient en détalant marché sur le ventre d'un commandant qui se cachait sous des ronces dans un fossé de la route, qu'on devait arrêter cet indigne officier et l'envoyer à la barre delà Convention. Mais le même jour, l'àvant-garde du maréchal Freytag obtenait un nouveau succès.

Le colonel Prtischenk s'était, au sortir d'Oost-Cappel, dirigé sur Rexpoëde. Il y avait là un bataillon de volon-

taires, le 1*' de TOrne, commandé par Jacques Fromentin, ancien soldat de Tarmée royale. Priischenk fît avancer ses deux pièces de 3 et une batterie volante. Le bataillon des grenadiers hanovriens marcha sur Rexpoëde par la chaussée. La compagnie des chasseurs du capitaine Ochs tourna le village par la droite. Les volontaires de l'Orne s'enfuirent et abandonnèrent quatre canons. PrQschenk dépêcha sa cavalerie à leur poursuite. Vainement Fromentin essaya de rallier ses hommes et de faire tète aux dragons de Hanovre ; après avoir reçu cinq coups de sabre, il fut laissé pour mort sur la route, et les ennemis prirent encore trois pièces d'artillerie.

Dans cette journée du 21 août, tant à Rexpoëde qu'à Oost-Cappel, les Français perdaient 11 canons et avaient 150 tués et blessés, et 150 prisonniers. Les commissaires de la Convention, Châles, Delbrel et Le Tourneur, déploraient l'insouciance et l'impéritie des officiers : les uns ne songeant qu'à se divertir, toujours pressés de courir à la ville, ne gagnant leur poste que deux mois après leur nomination, ne devant leur brevet qu'à l'intrigue ; les autres, parvenus à leur grade par l'ancienneté, fort honnêtes d'ailleurs, mais timides et incapables de commander (1).

Barthel voulut réparer l'échec de Rexpoëde. Il chargea l'adjudant-général Ernouf d'aller avec la première brigade du camp de Cassel au secours de Fromentin et de prendre les assaillants en flanc par Herzeele. [Ernouf

1. Ditfurth, 82-88; rapport du 5« Rhône-et-Loire ou J2« de Soissons 2o août (rapport vague où le bataillon prétend, pour se justifier, qu*une colonne de cavalerie le prit en queue et « causa par 'cette manœuvre le plus grand désordre »); Barthel à Houchard«t à Le Bas(, 22 et 23 août; Duquesnoy au Comité, 22 août ; Houchard àtBouchotte, 26 août; Châles, Delbrel et Le Tourneur au Comité, 3 août; Foucault à Sauveur Chénier, 21 août ^A. G.).

arriva trop tard, et tous les postes avancés de la division, craignant d'être coupés, se replièrent sur Cassel ou sur Bergues.Un bataillon, le 7® de la Seine-Inférieure, occupait le village d'Hondschoote, à gauche d'Oost-Cappel. Le chef de ce bataillon tint conseil de guerre avec ses officiers et gagna le camp de Ghyvelde en disant que l'endroit n'était pas tenable et qu'il serait sûrement tourné par la cavalerie ennemie. 11 emmenait avec lui trente hommes de la garde nationale de Hondschoote et leur commandant Herwyn, qui vinrent déposer leur drapeau et leurs armes à Dunkerque (1).

Le lendemain, 22 août, le gouverneur de Bergues, Carrion, voyait les alliés paraître devant la place, et il recevait une sommation signée de Walmoden. Les troupes de Sa Majesté Britannique, disait Walmoden, avaient passé l'Yser et s'avançaient sur Bergues ; pour éviter à la ville et à la garnison les suites funestes d'un siège dont l'issue n'était pas douteuse, le commandant ne devait-il pas accepter dans ce moment-ci une capitulation honorable ? Carrion répondit simplement, selon la formule dont s'étaient servies les municipalités de Lille et de Valenciennes, qu'il était un franc et fier républicain, que ses camarades lui ressemblaient, que tous avaient fait le serment de vaincre oude mourir et avaient le parjure en horreur (2).

1. Barthel à Bouchard, 23 août (A. G.); Foucart et Finot, La défense nationale dans le Nord, I[, 5S (procès- verbaux du Conseil général de la commune de Dunkerque). Cf. sur Herwyn d'Hondschoote qui devint sénateur et pair de France une note de Charavay, (arnot, II, 4(fô et le Compte fidèle de la conduite de Pierre-Antoine Herwyn depuis la Révolution^ p. 7-9, 12, 28; il fut employé durant le siège de Dunkerque, comme adjoint aux adjudants-généraux et, selon le témoignage de Hoche, rendit alors les plus grands services par ses connaissances locales et particulières (A. N. AF, II, 347.)

2. Sommation de Wallmoden et réponse de Carrion (A. G.). Martin-

Le Comité de salut public applaudit au républicanisme de Carrion et lui promit une couronne civique au nom

Jean-François de Carrion de Loscondes a raconté sa carrière dans une brochu.'e intitulé i Résumé expositif de la conduite révolution^ naire de M. J. F. Carrion. Il était né le 9 mars 1762 à Gand. Après avoir servi dans les dragons, régiment Mestre de carap(14mars 1779- 8 mai 1781) et, comme sergrent, dans Gaampagne-infanterie (18 janvier 1785-2Î* septembre 1788), il revint en Artois où sa famille était établie et devint procureur de la commune de Carvin-Epinoy et commandant de la garde nationale. Ëlu capitaine au 1*^ bataillon des volontaires du Pas-de-Calais (25 septembre 1791), puis lieutenantcolonel en second (4 février 1792) et lieutenant-colonel en premier (16 septembre 1792) après la retraite du camp de Maulde, employé à Valenciennes par Ferrand, nommé commandant du 3« bataillon des grenadiers de la réserve et chef de brigade (8 novembre 1792), il fit les cannpagnes de Belgicpie ,et de Flandre, rentra un Instant à son bataillon du "Pas-de-Calais et reçut, le 15 mai 1793, le brevet de général de brigade à l'armée des côtes de Cherbourg. Mais il eut ordre de rester à Tarmée du Nord (2 août 1793) et commanda Bergues. Le 13 septembre, Trullard, Berlier et Hentz le nommaient, à la place de Landrin, commandant du camp de Leffrinkhoucke. Par malheur pour Carrion, il avait un ennemi dans son compatriote, le représentant Duquesnoy. Dès le 15 septembre, Trullard, Berlier, Hentz, Duquesnoy écrivaient au Comité qu'ils changeaient d'opinion sur le compte de Carrion : le général était noble et intrigant ; il avait gardé à Bergues, un adjudant- général de Houchard, Foucault, que Duquesnoy traitait d'aristocrate; il avait dit que les gendarmes nationaux qui se montrèrent si bien à Hondschoote, étaient des motionneurs et qu'il serait fâché de les avoir dans sa division ; il avait dénoncé Landrin pour avoir sa place, « mendié » le commandement du camp de LefTrinckhoucke, « forcé » les représentants de le nommer en assurant que Bergues etDunkerque étaient pleins de sa nominaion; bref, le Comité ne devait pas le confirmer. Le 30 septembre. Saint- Just et Carnot marquaient à Bouchotte: « Le Comité vous renvoie la lettre de ses collègues; il est plus que temps de purger de tous les hommes à masque nos armées trahies depuis si longtemps », et Bouchotte ordonnait sur-le-champ de suspendre Carrion. Mais Carrion redoutait rinunitié de Duquesnoy et, pourprévenir une desUtution qui le mènerait à réchafaud, il donna sa démission : « J'ai la réputation d'être noble, écrivait -il à Bouchotte le 28 octobre, quoique mes parents exercent depuis plus de deux cents ans l'honorable métier de cultivateur et qu'ils ont formé depuis ce temps des alliances avec cette classe

de la patrie. Bouchotte le félicita de sa réponse « bonne et ferme », l'engagea à tourner contre l'assiégeant tous les efforts de son courage et de son intelligence, à ne pas céder une forteresse si « intéressante pour la défense des départements maritimes ». Mais ces belles paroles n'arrêtaient pas les progrès de l'envahisseur. Le 23 août, le général Fabry entrait à Esquelbecq et à Wormhoudt, et enlevait aux nationaux deux canons et une soixantaine de prisonniers, dont sept officiers.

Les Français tentèrent, le jour suivant, au soir, de res-

que l'on traitait jadis si Insolemmeiit de roturière. Cependant l'opi» nion publique doit être respectée. On veut que je sois un ex-noble. Eh bien, je vous prie d'accepter ma démission. » Il avait des certificats de civisme ; le Conseil général de la commune de Bergues le regardait comme un vrai républicain ; Jourdan et les officiers de Tétatmajor de Tarmée du Nord témoignaient qu'il avait des sentiments irréprochables et l'opinion d'un républicain décidé, qu'il partait à leur grand regret (Garrion commandait en dernier lieu & Guise sous les ordres de Belair). Le représentant Laurent autorisa Garrion à se rendre à Oignies ou îl Car^n-Epinoy jusqu'à décision du ministre de la guerre (5 frimaire an If). Mais le 28 frimaire suivant, Le Bon lui enjoignait de rester à Arras et envoyait dans les prisons de Béthune ses vieux parents et sa femme enceinte. Garrion alla trouver Le Bon qui lui répondit qu'un républicain n'avait pour parents et amis que la République. Pourtant, après bien des sollicitations, l'ex-général obtint la grâce d'ôtre emprisonné à Béthune avec les siens. Au bout de huit mois de détention, il fut, dit-il, sauvé par le 9 thermidor. Il se retira & Oignies, devint maire, adjudant-major de la 2« légion des gardes nationales du Pas-de-Calais. Mais inutilement et à divers Intervalles, il redemanda du service. A sa pétition du 27 germinal an III, le Comité répondit que l'état des généraux de brigade était arrêté (19 prairial an III) et Garrion, s'inclinant, répliquait à Pille qu'U reprenait Je métier de cultivateur. Le plus curieux, c'est qu'U désh'a servir en Espagne sous le roi Joseph en alléguant qu'il était « Espagnol d'origine » et voulait rentrer au « berceau de ses ancêtres », « reporter dans les Etats du roi Joseph les pénates de ses aïeux » (!«' juin 1809). Il était, paraît-il, parent de Carrion-Nisas avec qui le confond la table du Moniteur. Son fils, gendarme retraité, vivait encore au Nouvion en 18ôS.

saisir Esquelbecq et Wormhoudt. Le général de brigade Leclaire et Tadjudaht-général Ernouf les menèrent à l'attaque d'Esquelbecq. Une seule compagnie, commandée par le capitaine Hotze, défendait le village, et fit un feu très vif et prolongé; accablée par le nombre des Français qui débouchaient de tous les chemins, elle battit en retraite. Le lieutenant Ziegesar tenait encore le château avec une vingtaine de soldats; mais il fut blessé, et son détachement, réduit à huit hommes, s'échappa. Cependant Jourdan, accouru de Lille, assaillait le poste important de Wormhoudt. La colonne qu'il conduisait était fatiguée de la marche ; il l'enflamma de son ardeur, et Wormhoudt fut forcé.

Mais le 25 août, les Français reperdaient Wormhoudt et Esquelbecq. Les bataillons qui gardaient ces deux endroits ne firent qu'un simulacre de résistance. A Esquelbecq, le général Fabry n'eut qu'à paraître, et un lieutenant de grenadiers hanovriens conquit un canon en tuant de sa main l'artilleur qui s'apprêtait à décharger la pièce. A Wormhoudt, le colonel Mylius inquiéta les carmagnoles sur leur front tandis que le prince Adolphe d'Angleterre, depuis duc de Cambridge, les tournait par la gauche, et le major Uz, des hussards de Blankenstein, par la droite; ils se débandèrent.

Freytag était maître de la campagne au sud de Bergués. Mais, comme il l'avait prévu, la ville était protégée par l'inondation. Dès le 22 août, Carrion donnait aux éclusiers de Dunkerque et autres lieux l'ordre de lâcher les grandes eaux. Ce général avait, à son arrivée, dans les premiers jours du mois d'août, trouvé Bergues en mauvais état, des fortifications négligées, des magasins, dégarnis, pas une pièce de position sur son affût. Néanmoins, il eut le temps de prendre des mesures de sûreté.

Il avait espéré que le représentant Duquesnoy viendrait à son secours. Le rude et violent Duquesnoy fit au messager de Carrion, l'aide de camp Leblond, le plus méchant accueil. Leblond le priait d'aller où le danger était le plus pressant, à Bergues, à Dunkerque, pour animer les assiégés. Duquesnoy brusqua Leblond, lui répliqua que la place d'un représentant était auprès du général en chef, et Leblond revint à Bergues, tout déconcerté, disant que Duquesnoy, bon patriote, mais « bien impérieux », l'avait reçu avec la plus grande dureté, traité d'homme ivre. Mais les commandants des villes voisines, notamment de Dunkerque, se hâtèrent d'envoyer à Carrion ce qui lui manquait, poudre et munitions, bois de blindage, fourrages, subsistances.

Le corps d'observation s'établit dans les positions que Freytag comptait conserver jusqu'à la prise de Dunkerque. Son aile droite, confiée à Wallmoden, s'appuyait au canal de Bergues, et Wallmoden avait sous ses ordres les généraux de Wangenheim et de Hammerstein qui gardaient, le premier, Bentres-Meulen, Warhem, la Maison-Blanche, Quaèdypre, et le second, Steene, Crochte, Bissezeele et Esquelbecq. Le gros de l'armée occupait, sur la rive gauche de l'Yser, Wilder où Freytag avait son quartier, Bambecque et Kruystraete. Il avait des avantgardes sur la rive droite : l'une, sous le général Fabry, à Wormhoudt; l'autre, sous le colonel Prttschenk, à Herzeele; une autre, formée de quatre compagnies de Laudon-Vert et de hussards de Blankenstein, à Houtkerque et à Watou. L'aile gauche, dont le chef était le colonel de Linsingen, se reliait à Ypres par une chaîne de postes qui tenait Rousbrugge, Proven, Poperinghe, Reninghelst et Vlamertinghe.

Dans le même temps le duc d'York passait la Lys et se

dirigeait sur Fumes. Il partait le 20 de Menin et laissait à Ypres un bataillon de Stuart qui renforçait la gaf nison ; le 21, il campait à Elverdinghe ; le ±% il arrivait à Fumes dont il faisait son magasin; le 23, il paraissait devant Dunkerque et sommait la place de se rendre.

Les troupes chargées d'assiéger Dunkerque formaient donc deux corps qui s'étendaient chacun en demi -cercle, l'un, celui de Freytag, en face de Bergues, l'autre, celui que commandait le duc d'York, en face de Dunkerque (1).

II. La marche victorieuse du corps d'observation avait navré Bouchard. Il s'écriait avec douleur que tous ses camps se laissaient enlever presque sans coup férir, que les sx)ldats étaient bons, mais que l'ofticier leur communiquait sa propre lâcheté et qu'ils seraient des Spartiates si les chefs savaient faire leur devoir et donner l'exemple, non de la fuite, mais du courage. Sur les avis de Berthelmy et de Gay-Vernon, il prit aussitôt d'énergiques mesures. Une division, menée par Landrin, partit pour le camp de Cassel et renforça l'armée de la Flandre maritime qui compta désormais 20.000 hommes. Barthel, respectable par son âge et ses vertus républicaines, mais nul à tous égards, fut rélégué à Saint-Quentin. Jourdan reçut l'ordre de voler à Cassel pour « rétablir les choses » et de commander toutes les troupes et places, tous les camps et cantonnements de Bailleul à Dunkerque. Il laisserait sa division à Leclaire ; il garderait avec lui le guide et conseiller de Barthel, l'adjudant-général Ernouf « dont les talents et le patriotisme étaient précieux; » il

1. Cf. Carrion à Bouchotte, 22 août; Boucbotte à Carrion, 25 août; le Comité à Carrion, 7 sept. (Résumé de la conduite de Carrion) ; Leblond à Guffroy, 28 août (A. G.); lettre des représentants (Mon. du 30 août); Ditfurth, 88>9; Sichart, 255-?60.

1 5 HONDSCHOOTB

se concerterait avec Béru et tâcherait par tous les moyens de chasser l'ennemi de la Flandre maritime {i).

Mais Jourdan avait prévenu les instructions de Bouchard. Après le combat de Linselles, il rétrogradait sur Armentières et y campait dans la soirée du 20 août. Il savait que les Anglais passaient la Lys, qu'ils s'acheminaient sur Ypres, qu'ils prenaient la direction de Dunkerque : il marchait donc à leur hauteur et suivait leurs mouvements. Dès qu'il connut l'échec d'Oost-Cappel et de Rexpoëde, il se rendit à Cassel et ce fut lui qui, le 24, assaillit Wormhoudt. Le 25, après avoir conflrmé les ordres de Carrion et prescrit de tendre l'inondation entre Bergues et Dunkerque, bien que la moisson ne fût pas achevée, il tenait conseil de guerre. Duquesnoy, présent à la conférence, fit décider que le général partirait aussitôt à la tête de sa division, qu'il longerait le canal de Gravelines pour demeurer maître des écluses et couvrir Saint-Omer, qu'il mettrait un bataillon dans Gravelines, un autre dans Dunkerque, un troisième dans Bergues, et qu'avec le reste, il se posterait à petite distance de Dunkerque pour y jeter du secours quand il voudrait (2).

Le même jour, Houchard, très inquiet; craignant que l'ennemi ne vînt tourner Bergues et Dunkerque par la droite et s'emparer des écluses, accourait à Cassel. 11 approuva les résolutions du conseil de guerre. Jourdan agirait offensivement avec sa division mobile sur tous les points menacés; il irait à Watten et à Linck se saisir des écluses, puis, passant derrière la Colme, il se ren-

1. Houchard à Bouchotte, 22 août, et àjourdm, 26 août; Berthelmy à Barthftl, 21 août (A. G.). . -

2. Jourdan aux représentants, 19 août(Foucart et Finot, II, 26); i'adjudant-général Dupont à Barthel, 20 août; Duquesnoy au Comité, 25 août (A. G.); Le Ba/aoe, 4 sept.

BERGUES 1 n 1

drait àDunkerque; il laisserait trois bataillons dans la place, un autre à Watten, un autre à Linck, un autre encore à Gravelines ; avec les huit bataillons qui lui resteraient, il protégerait la Golme et, chaque nuit, enverrait à Dunkerque assez de troupes pour que la garnison pût opérer des sorties et que la ville fût à l'abri d'une attaque de vive force (1). .

Le 27 août, Jourdan était à Dunkerque et annonçait à la municipalité qu'il venait à son aide et qu'il saurait défendre avec courage le poste que Bouchard lui confiait. Mais à peine arrivé, il recevait une autre mission. Bouchard le rappelait afin de préparer avec lui l'écrasement de l'armée anglo-hanovrienne (2).

Pourvu que Dunkerque tînt seulement quelques jours, il n'était pas difficile en efiFet d'accabler les assiégeants dans la position défavorable qu'ils avaient prise. Les Français avaient eu le temps d'ouvrir les écluses et de submerger les prairies entre Bergues et Dunkerque à droite et à gauche du canal de Furnes. Ils occupaient les deux forts Louis et François qui commandent la chaussée de Bergues à Dunkerque. Le duc d'York n'osait donc pousser entre les deux forts un simple détachement et ne bloquait Dunkerque que par l'est. Or, de ce côté, l'unique route dont il disposait, celle de Furnes, traversait une bande étroite de terrain, large au plus d'une lieue, entre la mer et le canal. Si les Français se jetaient hardiment sur Furnes par Menin et Ypres, ils prenaient le duc d'York à dos et l'acculaient à la mer. Quant à Freytag, sa situation n'était pas moins difficile que celle

Page 1