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CHAPITRE VI

I. Idées de Berthelmy sur la situation. — Opinions de Gadolle, de Ronsin, de Jeanbon Saint-Andr^» de Bentabole, de Gaffroy, de Delbrel, de Baràre. — Attaquer en masse est le schibboleth du temps et le mot à la mode. — Renforts donnés à l'arm 8 du Nord et demandés par Sauviac, Gay-Vernon, Kilmaine et Houchard. — Ordres du Comité. — Mission de Joiinbon et de Prieur. — Lettre impérieuse du Comité aux représentants,

— L'offensive. — II. Le plan esquissé par Berthelmy. — Conférence de Gassel (25 août). — Projet d'Ernouf. — Plan excellent de Gay-Vernon.

— Il faut marcher sur Menin et Fumes. — Attaque du 28 août. — Engagements de Wervicq, de Lannoy et de Roncq. — Prise de Tourcoing. — E.xcôs des soldats. — Suite du grand dessein. — Lettres de Bouchotte et de Carnot à Ilouchari. — Le saint de Dunkerque avant tout. — III. Seconde conférence à Douai (30 août). — Changement de plan. — On ira droit aux An^tlais par Cassel et Hondschoote.

— Observations de Bouchotto et de Carnot.— Organisation de l'armée.

— Mesures diverses. — Destitution de Petitjean. — Ardeur de Berthelmy. — Tristes pressentiments de Houchard.

I. Les Français avaient peine à s'imaginer que les coalisés eussent pris réellement la résolution de se séparer. Ils craignaient un piège et ne voyaient dans le mouvement de York qu'un stratagème. Houchard n'en revenait pas : « Je me défie de ces ruses, » écrivait-il au Comité de salut public. Châles, un des commissaires de la Convention, trouvait la marche des alliés « vraiment

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bizarre » et ne concevait pas qu'ils pussent renoncer à l'attaque de Lille ou de Douai ; ils veulent, pensait-il, « nous distraire et diviser nos forces (1). » Mais, au bout de quelques jours, les doutes se dissipèrent. La faute des ennemis était flagrante, et il fallait en tirer parti. Anglais et Autrichiens réunis présentaient un front invincible ; puisque les uns allaient à droite et les autres à gauche, on pouvait les assaillir successivement.

Ce fut le chef d'état-major de Bouchard, l'actif et avisé Berthelmy, qui conçut et proposa ce dessein. Le ^3 août, il mandait aux représentants qu'on devait profiter de la mésintelligence au moins apparente des alliés -et de leur partage en deux armées distinctes, rester sur la défensive en face des Autrichiens, mais chauffer et foudroyer les Anglais, fondre d'abord sur le duc dTork qu'on aurait à meilleur marché que Cobourg, et, par un premier succès, assurer le second (2).

Le plan était simple et grand. Il marque une révolution dans l'histoire de la stratégie. L'art de la guerre ne <îonsiste plus désormais à surveiller toutes les routes, à occuper tous les passages, à n'avancer qu'avec circonspection sans laisser une place derrière soi, à cheminer lentement en se gardant de tous côtés sans se découvrir, à tourner une ligne par d'ingénieuses et subtiles manœuvres. Former une masse, la mouvoir rapidement, la jeter sur les ennemis et les écraser par la supériorité du nombre : tel est le nouveau système.

Il n'appartient pas à un seul homme. Tous, commissaires, représentants, généraux, le recommandent à

1. Gbâles au Comité, 17 août; Houchard auComité,29 août (A. G.). :2. Berthelmy aux représentants, 23 août, et à Brune, 29 août (A. G).

l*envi. € Il faut, écrit GadoUe, — ou un De profundis menace la République — il faut un Dies irœ national contre la coalition du Nord, c'est-à-dire le mouvement d'une masse colossale (1) ».

Ronsin prévoit une infructueuse campagne si Tarmée du Nord ne reçoit pas un renfort de 20.000 fantassins et de 10.000 cavaliers; sans ces 30.000 hommes, pas d'offensive, pas d'entreprise hardie qui stimule l'ardeur du soldat et relève son courage (2).

Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne déclarent que les revers ne doivent être imputés qu'aux chefs, aux Lafayette, aux Dumouriez, aux Custine ; qu'un bon général, entouré de patriotes intelligents, rendra le succès aux armes françaises s'il ramasse ses forces au lieu de les disperser: que ce général ne donne pas à chaque bourgade, à chaque hameau, une garnison ou un cantonnement; qu'il se porte sur les points essentiels; qu'il sache, par une marche rapide, atteindre, accabler les ennemis, et le soldat, plein de zèle et de confiance, heureux de ne plus languir dans l'oisiveté, fera des prodiges et d'un élan chassera l'envahisseur I (3)

Bentabole combat avec véhémence la méthode de guerre que les généraux ont jusqu'alors pratiquée. N'y a-t-il pas 150.000 hommes répartis dans les camps et garnisons du Nord? Et, malgré ce chiffre formidable, les villes sont prises et les troupes demeurent inactives 1 Ne sait-on pas que le Français aime l'attaque ? Ne peuton arrêter l'adversaire en réunissant une armée considérable ? Ne doit-on pas, lorsqu'on dispose d'une telle

i. GadoUe, lettre du 3 juillet (A. E.)

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