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Bouchotte à Houchard, 28 et 30 août, 3 sept. (A. G

3. Après Hondschoote, Berthelmy [écrivait à Bouchotte (13 sept. A. G.) que les Anglais alarmés n'étaient pas en grande intelligence avec les Autrichiens, que les mouvements du peuple étaient tels qu'il fallait des succès au duc d'York pour arrêter le parti de l'opposition, qu'on ferait donc bien de prendre toutes les mesures imaginables pour communiquer à Londres les détails de la bataille d'Hondschoote. Hentz et Duquesnoy écrivaient de mêjie le 15 septembre : « L'Angleterre saura tout, et tous les gens qui connaissent le terrain nous assurent que Pitt pourra bien se repentir de ses perfidies. »

les sentiments et les dispositions de Tétranger, croyant qu'un parti s'agitait dans le Royaume-Uni en faveur de la France républicaine et que la Convention écossaise qui ne idevait s'assembler qu'au mois de novembre, allait prochainement siéger à Edimbourg, non seulement pour demander le suffrage universel et un parlement annuel, mais pour protester avec éclat contre la guerre, Carnot s'imaginait volontiers, de même que Bôuchotte, que le déblocus de Dunkerque donnerait le signal d'un soulèvement en Angleterre. U fallait donc, disait-îl à Houchard, sauver avant tout et à quelque prix que ce fût Bergues et Dunkerque, parce qu'il fallait sauver l'honneur de la nation qui était là. La conquête de ces deux places était pour les ennemis de la plus haute conséquence, et Pitt n'avait pas d'autre moyen pour rafferinir son crédit chancelant et consoler ses compatriotes des frais énormes de la lutte et de .la ruine totale de leur commerce. Délivrer ces deux villes, c'était produire inévitablement en Angleterre la révolution la plus corn* plète, c'était renverser le ministre perfide qui égarait le. peuple britannique, c'était briser la coalition des tyrans, et consolider à jamais la République. Perdre Dunkerque et Bergues, serait répandre infailliblement en France le. découragement le plus affreux. Aussi Carnot engageait^il Houchard à "jeter des forces immenses dans la Flandre maritime et à chasser les envahisseurs coûte que coûte de ce « point si important de notre frontière » ; le général commandait la principale armée et justifierait le choix de la .nation française, soutiendrait la réputation que lui avaient méritée ses talents <et ses vertus républicaines (1).

i. CarDot à Houchard, 28 août (A. G.) ; cf. radressc^ rédigée par

III. Le 30 août, une conférence des généraux et des officiers supérieurs de l'armée du Nord avait lieu à Douai. Bouchard, Berthelmy, Gay-Vernon, les deux frères Dupont, Dupont-Chaumont et Pierre Dupont, les représentants Delbrel et Levasseur, les. adjudants-généraux Allain et Merlin assistaient à ce Conseil de guerre. On arrêta de nouveau qu'une armée de 50.000 hommes pousserait sur Menin et Fumes pour couper la retraite aux Anglais qui seraient assaillis en même temps par la division de Cassel. Mais, au sortir de la conférence, Dupont-Chaumont eut des scrupules, et comme s'il voyait pour la première fois les dangers de l'aventure, il dit aux commissaires de la Convention que l'armée, en se portant sur Fumes, prenait le chemin le plus long; que sa marche pourrait être ralentie par quelques combats ; qu'elle arriverait peut-être trop tard au secours de Dunkerque ; qu'elle ferait mieux de se diriger par Arras, Béthune et Cassel; que le général en chef avait déjà préparé sur ce point de Cassel de grands moyens d'attaque lorsqu'il méditait une diversion sur les places maritimes; que toutes les troupes, s'acheminant vers Cassel, seraient promptement réunies ; qu'elles n'auraient plus qu'à s'avancer sans faire de détour et à refouler devant elles le corps d'observation du maréchal Frey tag. C'était le plan qu'Ernouf exposait le 25 août. Pierre Dupont se rendit aux raisons de son frère et les développa dans une lettre qu'il écrivit incontinent à Bouchard. Les représentants Delbrel et Levasseur coururent au camp. Dans une nouvelle conférence, Bouchard, Berthelmy, Gay-Vernon renoncèrent au dessein de tourner le duc

Carnot : « Le Comité à tous les braves qui défendent Bergues et Dunkerque. » (Collection Charavay.)

d'York par Menin et Fumes. Ils^ apprenaient que Dunkerque était vivement pressé, que l'assiégeant recevait des pièces d'artillerie qu'il mettait en batteries. Comme Dupont-Chaumont, ils jugèrent que le mouvement projeté entraînerait des lenteurs, perdrait du temps, et, pour débloquer Dunkerque aussitôt que possible, ils résolurent d'aller aux Anglais par la ligne la plus courte et de les aborder de iront. L'armée irait de droite à gauche, non plus par Lille, mais par Cassel qui serait tout ensemble son lieu de rendez-vous et sa base d'opérations ; elle attaquerait Frey tag dans ses cantonnements ; elle tomberait ensuite sur le duc d'York. « Il faut sauver Dunkerque, marquait Berthelmy à Jourdan; c'est le cri de toute la France ; c'est lài que tous les yeux sont fixés (1) ! »

Levasseur s'était hâté de gagner Cassel pour prévenir Jourdan et Ernouf. Ce dernier ne cacha pas son étonnement. Comment Gay-Vernon avait -il abandonné le projet qu'il défendait naguère avec tant de chaleur? Et devant Levasseur, Ernouf répétait qu'en poussant sur Menin et Fumes, on ôterait aux Anglais, pris entre deux feux, tout espoir d'échapper. Mais la résolution de Houchard était cette fois irrévocable, et, dès le 30 août, Berthelmy avait informé le commissaire-ordonnateur en chef Petitjean que les dispositions étaient changées et que 40.000 hommes devaient se rassembler à Cassel.

Le premier plan, le plan de Gay-Vernon, était le meilleur. Bouchard, marchant sur Menin, battait

1. Lettre de Levasseur, i*^ sept.; Houchard à Bouchotte, 3 sept, et mémoire du 29 sept. ; Berthelmy à Jourdan, 31 août (A. G.); mém. de Berthelmy (Seilhac, lli); Tableau historique, II, 309. « Nous croyions, avoue Levasseur le l*"* septembre, la ville de Dunkerque plus pressée qu'elle n'est. »

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aisément les Hollandais; puis, passant la Lys, descendait sans obstacle sur Ypres, sur Fumes, et, s'il faisait diligence, acculait Freytag et le duc d'York à la mer (1). En adoptant le second plan, il laissait au prince anglais une route de retraite. York, certain qu'une armée ne manœuvrait pas sur ses derrières, aurait toujours le temps de lever le siège de Dunkerque, de se replier à Fumes et de se mettre hors d'atteinte. Peut-être Bouchard se disait-il en lui-même qu'il avait tort^ Ce ne fut que le 3 septembre, comme s'il craignait de recevoir un contre-ordre de Paris, qu'il annonça le changement de plan àBouchotte; il assurait que les lettres du ministre et du Comité l'avaient déterminé ; au lieu de tourner ses efforts vers Menin et la rive droite de la Lys et de prendre les Anglais à revers, il réunirait ses troupes à Cassel et « agirait directement » pour délivrer Dunkerque.

Ni Bouchotte, ni le Comité ne firent à Bouchard d'objections ou de reproches. Bouchotte écrivait, comme à son ordinaire, qu'il ne pouvait prescrire au général ses opérations et la manière de les exécuter ; il n'avait pas de 4L données » et ne lui envoyait que des réflexions en lui « laissant toute la latitude possible » ; il avait approuvé l'attaque de Menin et jugé la défaite des Anglais fort probable; « si vous prenez un autre chemin, c'est qu'il est nécessaire >, et le ministre protestait que Bouchard avait la confiance du Comité, du Conseil et de tous les patriotes. Il le félicitait de ses débuts : « N'oubliez jamais que les

1. C'est ce que reconnaît un émigré, attaché au duc d'York, Arnaudîn.« Il est de la plus grande évidence que les armées d'observation et de siège étaient exposées au danger le plus pressant, si Tennemi avait profité de tous ses avantages. Dès le commencement de rafTaire, les républicains étaient en mesure d'arriver à Fumes avant les deux armées et d'envelopper l'une et l'autre. »

sans-culottes VOUS regardent avec intérêt; ils iront. toujours bien quand ils auront des généraux de même étoffe qu'eux; courage et persévérance, et nous triompherons (1) I »

Carnot vit avec peine que Bouchard eût soudainement abandonné le projet d'envelopper l'armée anglaise : il croyait que le général, en frappant ce grand coup, aurait peut-être mis fin à la guerre; mais, ajouLait-il, « si vous avez pensé que le succès fût douteux, nous ne pouvons qu'approuver la résolution que vous avez prise; c'est à vous de juger; pleins de confiance dans vos talents militaires, votre civisme et votre expérience, nous ne voulons gêner aucun de vos mouvements et vous laissons la libre et entière disposition de vos troupes (2). »

Ces troupes s'organisaient. Le corps d'armée qui défendait le camp retranché de Maubeuge, s'augmentait de 12.000 hommes, et celte division qui comprit désormais 30.000 combattants, était assez forte pour imposer à Gobourg. 7.000 hommes restaient au camp de Gavrelle sous les ordres de Davaine qui commandait d'Arras à Pont-à-Marcq et qui devait couvrir surtout les places d'Arras et de Douai presque dépourvues de garnison. 50.000 hommes étaient destinés au débloquement de Dunkerque. On répandit le bruit qu'ils se rassemblaient sous les murs de Lille pendant qu'ils filaient sur Cassel. Ils se réunirent en quelques jours malgré les cris d'alarme que jetaient les communes. « Point de villes, dit Berthelmy, point de généraux et de commandants particuliers qui ne Se crussent trop faibles ou ne voulussent avoir une armée; souvent, pour l'exécution des ordres, il fal-

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