CHAPITRE VIII
Le général Pascal. — Sommation de John Cléments. — Mauvaises fortifications de Dunkerque. — Évacuation du camp de Ghyvelde et des forts de Zuydcoote et de LefTrinkhoucke. — Sommation du duc d'York. — Prise de Rosendaël (24 août). — Alarmes de Dankerque. — Suspension d* O' Meara. — Suspension de Souham. — Jacques Ferrand. — Hoche, le véritable défenseur de Dunkerque. — Difficultés que rencontre le duc d'York. — Retards de la flotte. — Les carcassières. — Sorties des 6,7 et 8 septembre. -- Levée du siège.
Le général Pascal de Kerenveyer ou» ainsi qu'on l'appelait simplement, le général Pascal, commandait Dunkerque depuis le commencement de la guerre. Il avait soixantequatre ans, et son âge, son extérieur peu imposant, sa bonhomie, sa minutie, sa circonspection faisaient croire qu'il manquait d'énergie. Mais s'il était vétilleux et voulait tout écrire et tout copier lui-même, s'il craignait de se compromettre et demandait sans cesse l'autorisation des représentants, il était encore vert, actif, courageux, patriote ; il désirait sincèrement discipliner sa garnison, s'efforçait de réprimer l'insubordination des volontaires et des gendarmes; « en cas d'attaque, disait-
il, une partie se dispersera dans les jardins touffus qui m'environnent. »
Le 24 avril 1793, le commodore John Cléments paraissait devant Dunkerque avec une escadre, et sommait Kerenveyer de capituler ; il venait, assurait-il, offrir aux habitants la protection d'une grande puissance jusqu'à ce que leur constitution fût établie sur des bases solides. Kerenveyer répondit qu'il n'écouterait jamais aucune proposition déshonorante pour le nom français, et il pria le commodore de ne pas perdre son temps à un commerce de lettres qui deviendrait fastidieux, et serait du moins illégal. « Faites-moi l'honneur de m*attaquer, ajoutait-il, j'aurai celui de vous riposter militairement; c'est ainsi que se terminent les discussions entre gens de notre robe. » Cléments répliqua que Kerenveyer ferait mieux de se dévouer à son roi qu'à des ambitieux qui n'avaient d'autre but que la ruine de la malheureuse France; puis il s'éloigna, sans ^tirer un coup de canon.
La réponse de Kerenveyer au commodore fut publiée et lui valut des éloges. Mais il s'était fait détester des volontaires qui lui donnaient, dit un de nos agents, des dénominations malhonnêtes et anticiviques. Bientôt les accusations se multiplièrent tellement contre le général Pascal que Duquesnoy jugea dangereux de le laisser à Dunkerque. Le conventionnel déclara que Pascal n'avait pas la confiance de la majorité des citoyens, et proposa de le remplacer par Richardot. Le ministre manda Pascal à Paris. Après avoir examiné les dénonciations que leur envoyait Duquesnoy, les Comités de salut public et de sûreté générale déclarèrent Kerenveyer exempt de tout reproche.
Kerenveyer revint à son poste; mais le 30 juillet, il fut
suspendu, avec Tourville, Rosières, Gobert, Lapalière et autres gouverneurs de forteresses (1). O'Meara lui succéda, et commandait à bunkerque lorsque le duc dTork se présenta.
La ville n'avait pas à craindre un débarquement du côté de la mer /Si la rade était éloignée des remparts, les bancs qui la parsemaient en rendaient Taccès très difficile, etle chenal, protégé d'ailleurs par la batterie du Risban, n'avait pas assez de profondeur pour des vaisseaux de haut bord. Du côté de la terre, deux enceintes défendaient Dunkerque. La première, qui s'étendait du canal de Bergues jusqu'à la plage parles dunes et les canaux de la Moëre et de Furnes, comprenait un corps de place, un chemin couvert palissade et un fossé plein d'eau; les fronts étaient renforcés par des ouvrages avancés et des cavaliers ; sur les dunes où l'assiégeant pouvait approcher à la distance de 150 toises sans être aperçu, Carnot avait fait construire un mur crénelé qui formait comme un retranchement intérieur. La seconde enceinte, composée pareillement d'un rempart palissade et d'un fossé plein d'eau, embrassait tout le pourtour de la ville, et servait à la garantir d'un coup de main, soit d'une descente, soit d'une attaque tentée par des troupes qui viendraient de Watten sur les derrières de Dunkerque. Mais tous ces ouvrages étaient très mauvais. Dans plusieurs endroits le fossé n'avait même pas de revêtement. Enfin, les fortifications offraient un développement plus considérable que celles de Lille, et faisaient de Dunkerque, non pas une place, mais, comme disaient O'Meara et Hoche, un grand camp retranché, dont la garde exigeait quinze à dix -huit mille hommes. Bref, écrivait Hoche au Comité»