Forster, Scknften, IX, 69-73; cf. plus haut p
2. Nicolas Declaye, né à Liège le 8 juin 1758, était entré au service de France à l'Age de dix-sept ans. Soldat au régiment de Berwick de 1775 à 1786, attaché «•n»me « adjudant écrivain de place » àl'étatmajor de Saint-Martin de Ré (1787-1788), il regagna Liège où il devint aide-ma r au 1" régiment dit municipal (18 avril 1790). Réfugié en France, il fut nommé major de la légion belge et liégeoise (4 mai 1792), lieutenant-colonel de cette légion (19 août 1792), colonel d'infanterie au service belge (29 novembre 17^2), et contirmé dans ce grade (20 mars 1793) par le Comité militaire belgi rue. Lora de la trahison de Dumouriez, il était aide de camp du général de dlvionsi Rosières (7 avril 179:^). Il écrivit k Bouchotte qu'il avait publié deux ouvrages à l'usage des troupes liégeoises, un sur la petite guerre et un autre sur la tactique militaire, rappela sa tête mise à prix, sa femme
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part à rinsurrection des Pays-Bas autrichiens et obtenu le grade de major. Il devint aisément lieutenant-
et ses trois enfants massacrés, assura qu'il « brûlait de vengeance » et demanda le bruvet de général de brigade : Bouchotte lui doaaa ce brevet (30 juillet 1793) en l'engageant h « continuer dans son attachechement à la liberté ». Après son échec de Cambrai, Declaye fut envoyé à Lyon comme commandant temporaire (9 brumaire an II) et y exécuta les fameuses fusillades sur la place des Broteaux : a Une décharge, écrivait-il, suffit pour exterminer de la foudre nationale ces traîtres attachés & une corde tendue le long d'une rangée d'arbres; J'espère que nous serons bientôt débarrassés de cette horde de muscadins. » Aussi fut-il nommé général de division par les représentants (13 ventôse an II), et employé en cette qualité à l'armée des Alpes. Arrêté après le 9 thermidor « sous le nom vague de terroriste », relâché grftce à là recommandation de Fouché, il ne fut pas compris dans l'organisation du 25 prairial an III. Mais il protesta, déclara qu'il s'était trouvé à quarante batailles (!), qu'à Cambrai il avait fait aux sommations autrichiennes une réponse ferme et laconique. On l'avait réformé, avec la pension de retraite d'un chef de bataillon (20 pluviôse an IV.) Le Directoire l'envoya à Ne vers, commandant de place à la suite (12 thermidor an IV). Là, Declaye se fit nommer chef de la garde nationale ; il défendit le commissaire du gouvernement Bezout assailli dans une auberge de Cosne par des séditieux (lettre de Bezout, \^^ ft'imaire an IV); il gagna l'affection des jacobins qui demandèrent pour lui le grade de divisionnaire parce qu'il a joignait l'amour de la patrie aux talents militaires » et qu'il avait « sauvé les patriotes détenus dans les maisons d'arrêt et menacés chaque jour d'être égorgés par les chouans. » Mais le commiâsaire du gouvernement Bouguelet le dénonça à Paris : Declaye, disait Bouguelet, était capable de tout; c'était un vaurien et un brigand, il déclamait contre le gouvernement, il cherchait à égarer les ouvriers, il fréquentait les cabarets avec le général Sabatier, « le plus dégoûtant des coquins », et autres mauvais sujets, il ne cachait pas dans ses orgies qu'il servirait celui qui le paierait le mieux, « il nous aurait égorgés si Babaeuf avait réussi, » et Bouguelet proposait de débarrasser la ville de ce Declaye qui troublait l'ordre public et qu'on voulait « voir à tous les diables », de l'employer ailleurs, de le surveiller et de le casser à la moindre faute (lettre du 9 vendémiaire an V). Le 11 brumaire an V, Declaye dut cesser ses fonctions à la suite de Tétatmajor de Nevers. Pourtant, le 13 vendémiaire an Vil, il fut nommé de louveau commandant de place de 3* classe à la suite à Vannes, puis chargé d'organiser les compagnies franches du Morbihan et de commander le 1*' bataillon franc formé de ces compagnies (16 ven-
colonel, puis colonel dans Tarmée belge, levée par Rosières et par le Comité bruxellois. Nommé commandant temporaire de Cambrai, il acquit la confiance du club. Les agents du ministre Bouchotte faisaient son éloge. Celliez et Varin écrivaient qu'il était excellent républicain, brave militaire, propre à commander soit une place forte, soit une division de cavalerie. « Il est Liégeois, disait Def renne, conséquemmerit bon patriote », et l'on répandait le bruit que les barbares Autrichiens avaient massacré sa femme et ses enfants. Le 22 juillet, il fut remplacé ; mais la Société populaire sollicita son maintien ; elle affirmait le civisme brûlant et la franchise, la loyauté de Declaye; elle était « disposée à tout tenter » pour le garder dans la ville, et une députation du club, accompagnée de quatre commissaires de la municipalité, alla prier Kilmaine de laisser Declaye à Cambrai, au moins provisoirement. Kilmaine exauça ce désir; il jugeait que Declaye saurait électriser les Cambrésiens qui n'étaient, à l'exception des membres de la Société populaire, que de mauvais citoyens. Le 30 juillet, Declaye était promu général de brigade, et les municipaux applaudissaient à la nomination d'un homme dont ils appréciaient l'énergie et les talents. Deux jours plus tard, dans l'ardeur de son zèle, Declaye proposait d'éclairer la place, d'abattre les arbres et les maisons à cinq cents toises du glacis : le Conseil général de la commune répondit prudemment
lôse an VII[). Mais bientôt il fut derechef réformé avec le traitement de chef de bataillon (2 germiaal an X), et vaine. neiit ii sollicita la faveur de Napoléon en alléguant qu'il avait composé un Citateur antihritannique ainsi (qu'un opéra, Le Triomphe de Mars, allégorie des hauts faits de l'empereur, et une hymne guerrière dédiée à l'armée de Boulogne. (Cf. outre l'article de H. Wahon dans la Revue bleue du 8 août lîi91, les documents de la guerre;
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qu'il attendrait sur ce point l'avis du Conseil de guerre. Bientôt les Autrichiens approchèrent et coupèrent la route de Bapaume. Declaye, alarmé, envoya de toutes parts des patrouilles pour arrêter les « malintentionnés » ; il fît clore les portes ; il enjoignit de n'admettre que les personnes qui seraient munies d'une autorisation signée de Kilmaine, de doubler la garde des ouvrages extérieurs, d'augmenter le nombre des factionnaires sur les remparts ; il prescrivit au commandant temporaire de fermer lui-même les poternes (1).
Les représentants du peuple, Delbrel, Châles, Le Tourneur, Collombel, étaient encore dans la place. Ils la quittèrent sur-le-champ. Le club se plaignit de leur départ et les accusa de s'être éloignés avec une « précipitation scandaleuse. » Mais Delbrel justifia ses collègues. On était convenu que l'un des quatre commissaires resterait à Maubeuge et veillerait à la défense du camp retranché, qu'un deuxième se rendrait à Lille afin de pourvoir au ravitaillement de la forteresse, que les deux autres s'enfermeraient à Douai et suivraient, en attendant, le quartier général pour assurer le service des distributions. Fallait-il abandonner l'armée qui fuyait vers Arras? N'y avait-il pas à Cambrai une garnison suffisante ? Les approvisionnements n'étaient-ils pas complets, si complets qu'on annonçait un excédent de deux mille sacs de farine ou de blé? Le 7 août, après avoir signé deux arrêtés, l'un qui chassait de Cambrai les bouches inutiles et les gens suspects, l'autre qui remplaçait des membres faibles ou douteux des administra-
1. Defrcnne à Boucholtc, 16 mai; Celliez et Varin à Bouchotte, 26 juillet; Kilmaine à Bouchotte, 4 août (A. G.).
tions de la commune et du district, Delbrel et Collombel sortirent de Cambrai (1).
Le lendemain, un officier des dragons de Cobourg vint, au nom du général Boros, sommer Cambrai de capituler : le commandant exposerait-il la ville à la destruction dont Valenciennes offrait un si triste exemple? Declaye répondit simplement qu'il savait se battre, et non se rendre. Cette brève et fière réplique accrut sa réputation et le fît passer pour un Spartiate ; elle est, écrivaient les commissaires du Comité, une preuve de son civisme (2).
Sept mille hommes formaient sa garnison : le 83® régiment d'infanterie, trois bataillons de volontaires, le 25® cavalerie et le 10® hussards dit des hussards noirs ou des hussards de la mort parce qu'ils portaient au frontal de leur coiffure une tête de squelette sur des os en sautoir. Ces hussards noirs, levés et commandés par Mériau, se proclamaient des héros et se vantaient ridiculement d'être les sauveurs de Cambrai. Ils eurent pourtant un petit avantage. Dans une sortie, ils prirent un drapeau anglais qu'ils offrirent à la Convention (3).
4. Rapport de Delbrel et Notes hist. du môme, 64-66. Mais dans une *eltre du 7 août, Levasseur et Le Tourneur font cet aveu au Comité : « Aucun de nous ne s'est enfermé dans Cambrai que l'on croit ne devoir pas tenir longtemps ; nous n'avons pas eu le temps de prendre toutes le» précautions relatives aux circonstances; Tappro visionne ment est assez considérable, mais il y a peu de poudre. »
2. Deschamps, Bécard et leur secrétaire Quincy au Comité, 23 août (A. G.).
3. Cf. sur Mériau, fermier de la censé [des Sars et organisateur de la légion des hussards noirs du département du Nord la no'ice de Jennepin. (Défense nationale dans le Nord, II, 193.) Mériau prétendait avoir • seul arrêté une armée formidable » (Lettre du il août, Journal de la Montagne du 17). Le Conseil de guerre de Cambrai dut écrire à Laveaux pour « relever les erreurs et faussetés de Mériau » :
Mais dès le 11 août, les Impériaux se retiraient. La place fut débloquée et ses portes se rouvrirent. Declaye maintint cependant l'état de siège; il abattit les maisons et les arbres des jardins à deux cent cinquante toises du glacis; il dirigea dans les environs des expéditions faciles et nullement dangereuses; « des traîtres, disait le Conseil général, ont la perfidie d'en prévenir l'ennemi. »
Par malheur pour Declaye et surtout pour les troupes de Cambrai, une entreprise importante lui fut confiée. Bouchard lui commanda d'opérer le 12 septembre à la pointe du jour, une fausse attaque sur le camp de Solesmes, tandis que Gudin, parti de Maubeuge, ferait une démonstration contre Englefontaine et Fores t. Le ministre Bouchotte approuvait ce mouvement; il enjoignait à Declaye de s'entendre avec Gudin, et il comptait que les ordres seraient donnés clairement, qu'aucune confusion
si les hussards noirs, disait le Conseil, avaient pris un drapeau anglais, le reste de la garnison avait aussi combatlu. {Journal de la Montagne^ 3i août). Ce fameux drapeau fut porté à Pans par un aide de camp de Declaye. Les hussards se plaignirent à Bouchotte : Declaye était jaloux, écrivaient-ils, et voulait donner la gloire à sonjaide de camp; les uns avaient Thonneur et les autres, le dani^er ; ils demandaient même à servir ailleurs qu'à Cambrai. Le ministre leur répondit qu'ils se plaignaient à tort, que Declaye avait proclamé leur valeur et déclaré que les hussards avaient enlevé Tétendard (Lettre du 10® hussards, 25 août, et réponse de Bouchotte, 3'J août, A. G.) Voir aussi sur ces hussaids noirs une lettre du représentant Laurent, 29 cet. (Rec. Aulard, VIII, lOOj. Laurent se plaint à la fois des officiers qui « ne veillent pas au maintien de la troupe » et des soldats dont pas un n'a son livret : « On demande toujours et on ne peut rien constater; c'est un désordre dans la comptabilité qui est affreux, ou, pour mieux dire, depuis la formation du corps il n'y a point encore eu de comptabilité. Quel corps et quelle organisation ! Le soldat pille les campagne, met à contribution les cultivateurs, vend son équipement, etc. » Un mois plus tard, le 27 novembre, Lauient écrivait à Bouchotte que Mériau était destitué parce qu'on l'inculpait fortement et qu'il avait des comptes à rendre.
ne se produirait. Mais ce fut Gay-Vernon, et non Berthelmy, que Houchard chargea d'informer Declaye, et Berthelmy reproche justement à Gay-Vernon de n'avoir pas rédigé pour l'inhabile général une instruction précise et détaillée (1).
Declaye déclara devant les autorités de Cambrai qu'il ne rentrerait dans la ville qu'après avoir gagné sur les Autrichiens une victoire complète et, derechef, il prescrivit de fermer les portes et de ne laisser sortir qui que ce fût. Il pria les membres du Comité de salut public (2) de visiter les remparts pour surveiller les factionnaires et les employés qui voudraient peut-être par quelque signal avertir les Impériaux, et il leur donna un bon de sa main, afin qu'ils pussent aller librement sur tous les points des fortifications où les appellerait leur vigilance.
Le 12 septembre, à une heure du matin, il quittait Cambrai. Il emmenait la plus grande partie de la garnison : 2.500 hommes d'infanterie, 240 de cavalerie et 120 canonniers bourgeois ; il avait dû prendre des chevaux de tous côtés pour traîner ses pièces d'artillerie, et des charrettes de paysans pour porter ses munitions. Au jour, un des administrateurs du département du Nord arrivait à Cambrai et lisait dans la salle du Conseil général delacommune, au milieu des applaudissements, une lettre imprimée qui retraçait longuement les succès des Français sur l'armée anglo-hanovrienne. On décidait aussitôt
1. Bouchotte à Declaye, Il septembre (A. G,); Bulletin de la Soc. de la Co?^'èze, I, p. 563.
2. Gomme Landau (cf. Hoche et la lutte pour VAlsace^ p. 201) et la plupart des villes de France, Cambrai avait, à l'exemple de la Convention, son Comité de salut public ou plus exactement sou Comité de surveillance générale et d'exécution; on sait qu'un décret du 25 septembre ordonna que le Comité de salut public de la Convention porterait seul cette dénomination.
de reproduire ce triomphant message à 400 exemplaires. Le Comité de salut public, le Conseil général, Tadministration du district, la Société populaire allaient répandre la nouvelle dans les rues. De toutes parts retentissaient des acclamations de joie et les cris de Vive la République. Le carillon de l'hôtel de ville jouait des airs patriotiques. Soudain le sileoce se fit. Des hussards noirs, des dragons accouraient hors d'haleine, effarés, livides de peur, criant d'une voix entrecoupée et tremblante que les troupes de Declaye étaient taillées en pièces.
Après avoir, à trois heures du matin, renforcé sa petite armée de 1.300 hommes de la garnison de Bouchain, Declaye avait pris la route dlwuy, puis, tournant à droite par le grand chemin d'Avesnes-le-Sec, il avait chassé les patrouilles autrichiennes de poste en poste jusqu'à Villers-en-Cauchies, et il allait, avec la témérité la plus folle (1), se porter vers Saulzoir lorsque, sur une hauteur, à gauche de Villers, parut la cavalerie impériale. Informé qu'une colonne ennemie sortait de Cambrai, Cobourg avait ordonné à Hohenlohe-Kirchberg de courir avec trois bataillons et deux escadrons des cuirassiers de Nassau à l'aide du prince de Liechtenstein qui défendait Saulzoir à la tête des chevau-légers de Kinsky et de cinq compagnies d'infanterie. Hohenlohe- Kirchberg partit au galop avec les deux escadrons de Nassau, pendant que Bellegarde quittait le camp de Solesmes avec trois escadrons des hussards de l'Empereur. Sitôt qu'il aperçut ce grand rassemblement de cavalerie, Declaye commanda la retraite, et sa colonne se replia lentement par Villers-en-Cauchies sur Avesnesle-Sec. Mais à peine Hohenlohe avait-il remarqué ce