CHAPITRE XII
. Inertie des Impériaux. — Renforts jetés dans Cambrai et Bouchain. — Plan de Houchard. — Rassemblement de l'armée sous les murs d'Arras.
— Retraite des colonnes d'Hédouville et de Dumesny. - L'arrièregarde formée par la brigade Oemars. — Marche sur Courtrai. — Débandade du 15 septembre. — Daendels à Monin. — Intervention de Beru. — Suspension d'Hédouville. — II. Mécontentement et irritation. — r Plaintes des représentants. — Houchard soupçonné. — Hentz à Paris. — Sentiments du Comité, de Carnot, de Bouchotte. — Suspension de Coquebert et de Gay-Vernon. — Arrestation de Berthelmy et de Houchard (23 septembre).
— Correspondance de Houchard avec les princes étrangers. - Le général accusé par Barère, Jeanbon et Robespierre. — Sa justification. — Son exécution. — Berthelmy et Gay-Vernon. — III. Fautes des alliés. — Inutiles conseils de Mercy.
I. Quel que fût, après Hondschoote et Menin, le plan conçu par Houchard, il ne pouvait plus l'exécuter depuis qu'il savait le danger du Quesnoy et Técrasement de la garnison de Cambrai. Les représentants et le Comité priaient le général de tout abandonner, de tout lâcher pour voler au secours des places fortes du Nord. Carnot, qui recevait les nouvelles les plus alarmantes de la frontière, pressait Houchard de profiter du « moment d'enthousiasme », de sauver les villes menacées, de faire
lever le siège du Quesnoy. Elie Lacoste et Peyssard écrivaient que le camp de Gavrelle ne contenait que 7.000 hommes obligés de s'étendre sur quatre lieues de terrain, que Douai ne renfermait que quelques bataillons, que Bouchain et Cambrai couraient les plus grands périls, que le commandant de Bouchain sollicitait de la façon la plus instante un renfort de 1.500 hommes, que Cambrai n'avait plus que 200 à 300 soldats, que Bouchard devait « couvrir autant que possible cette partie importante de la République », que les départements du Nord et du Pas-de-Calais étaient ouverts à l'invasion et que les ennemis feraient sans obstacle toute tentative qui leur plairait (i).
11 était trop tard pour délivrer Le Quesnoy qui capitulait le 12 septembre. Mais on eut le temps de mettre en sûreté Bouchain et Cambrai. Les Autrichiens n'avaient qu'à paraître ; ces deux villes n'auraient fait qu'un simulacre de résistance et se seraient aussitôt rendues. « Nous sommes perdus, mandaient les administrateurs du district de Cambrai aux représentants, nous sommes perdus si vous n'envoyez à l'instant même de l'artillerie et de la garnison. Qui sait même si l'ennemi, profitant de son avantage, ne viendra pas cette nuit ou demain nous atta quer? Et comment résister? » Mais au lieu de pousser sa pointe, Cobourg s'arrêtait, hésitait. Il ne concevait pas qu'on pût prendre une place autrement que par un bombardement régulier, par un siège dans les formes, et d'ailleurs, comme dit Langeron, la prise de Cambrai ne cadrait pas dans le plan de campagne (2).
1. Caraot à Houchard, 13 septembre ; Ëlie Lacoste et Peyssard à Bouchard, 12 et 14 sept. ; cf. Cornu au Conseil général de Cambrai et à Bouchotte, 14 sept. (A. G.).
2. Les administrateurs du district de Cambrai aux représentants, iî sept. (A. G.); mémoire de Langeron (A. E.).
Encouragés par l'inertie des Impériaux, les représentants, de concert avec le chef de Tétat-major Berthelmy, se hâtèrent de jeter du monde dans les deux forteresses. Le plus actif fut Delbrel. Un décret le rappelait à Paris. Mais il résolut de conserver à la République Bouchain et Cambrai. Il était à Armentières lorsqu'il sut que Cobourg avait mis en déroute le détachement de l'inepte Declaye. Sur-le-champ il partit en poste pour le camp de Gavrelle ; il vit le général Ransonnet, le chargea d'envoyer des secours, puis, sans autre suite que son domestique et un hussard, gagna Cambrai à franc-étrier, au risque d'être enlevé par des patrouilles ennemies. Il voulait s'enfermer dans la citadelle et y tenir, avec les débris delà garnison, jusqu'à l'approche de l'armée. Mais, peu d'instants après, quatre bataillons, dépéchés par Davaine, entraient à Cambrai.
Restait Bouchain qu'il semblait plus malaisé de ravitailler parce qu'on croyait ses communications interceptées. Mais Delbrel avertit Ransonnet, et le 18 septembre, le 2* bataillon de l'Oise, traînant avec lui un gros troupeau de bœufs, arrivait à Bouchain (1).
Si Le Quesnoy succombait, Bouchain et Cambrai qui, selon le mot de Delbrel, n'auraient coûté qu'une sommation à l'envahisseur, étaient donc sauvés. Berthelmy marquait le 14 septembre au ministre qu'on allait mettre en œuvre tous les moyens pour obtenir, après les succès d'Hondschoote et de Menin, un troisième avantage ; qu'on attaquerait très prochainement et sans reprendre haleine, peut-être le lendemain, peut-être le surlendemain, le camp de Cysoing occupé par les Autrichiens de Beaulieu ; que les troupes avaient désormais l'habitude de vaincre ;
1. Noies hislor. de Delbrel. 59-60 et rapport du 23 sept. (A. G.).
que le soldat était transporté de plaisir (i). Et, si Hou chard avait eu, en effet, plus de vigueur et de décision, il pouvait arracher une nouvelle victoire. Il a trois adversaires : Orange, York et Cobourg. Mais Orange ne compte plus, et York, d'ailleurs assez mal accommodé, est loin encore. Que Bouchard rassemble ses forces, et qu'avec 60 à 80.000 hommes dont le moral est excellent, puisqu'ils ont eu le dessus dans deux rencontres précédentes et qu'ils auront conscience de leur immense supériorité numérique, il se jette sur Cobourg, puis sur York. Mais le pauvre Bouchard ne s'entendait qu'aux escarmouches et n'avait jamais pratiqué que le menu détail de la guerre ; il n'était pas homme à tenter de si considérables entreprises; il ne voyait partout que difficultés et ne s'attachait à connaître dans la situation que le côté faible et vulnérable de sa propre armée.
Loin de marcher en avant, Bouchard recula. 11 aima mieux regagner le camp de Gavrelle. Le 15 septembre, Berthelmy ordonnait, au nom du général en chef, que 40.000 hommes, les 10.000 de Dumesny, les lO.OOO d'Bédouville, les 7.000 de Deroque et 5.000 du camp de la Madeleine, se rassembleraient sous les murs d'Arras. Concentrer ses bataillons et les reformer derrière la Scarpe, se tenir à portée de Bouchain et de Cambrai pour secourir ces deux places « dont les malheureuses garnisons avaient été exterminées >, observer Cobourg qui pouvait venir sur Arras et prendre l'armée à revers: tels étaient les motifs que Bouchard alléguait au ministre (2).
Bédouville et Dumesnyétaient encore à Menin. Suivant leurs instructions, ils quittèrent tous deux les bords de
i. Berthelmy à Bouchotte, 14 sept. (A. G.).