Levasseur et Bentabole au Comité, 16 sept. (A G
taient d'incapable ; d'autres s'affligeaient qu'il revînt dans son ancien camp lorsqu'il pouvait aisément marcher sur Ostende et surGand. De l'armée même s'élevaient d'hostiles rumeurs. « Nous avons chassé les Anglais, les Hanovriens, les Hessois, les Hollandais, mandait-on naguère de Lille au Journal de la Montagne^ nous volons contre Cobourg et nous allons le combattre et l'humilier. » Houchard avait-il humilié Cobourg? Avait-il exécuté les vastes projets du Comité? Avait-il pris l'essor? Après une si belle entrée de jeu, il regagnait, au milieu de sep" tembre les positions qu'il avait au mois d'août, et le seu^ résultat de tant de marches, c'était le débloquement de Dunkerque ! L'agent du ministre des affaires étrangères, Duvivier, le comparait à Dumouriez : de même que Dumouriez avait refusé d'écraser les Prussiens en Champagne, de même Houchard avait refusé d'écraser les Anglais à Hondschoote. Forster écrivait qu'on était de nouveau trahi, que l'armée aurait pu faire dix fois plus de mal aux Anglais et que Houchard leur avait permis d'échapper. Levasseur répétait que les combattants du S'septembre auraient coupé la retraite au duc d'York s'ils s'étaient, après l'action, dirigés sur Furnes;r"*ais Houchard a^ait répondu : nous ne sommes pas en /o/t f [i).
De tous les commissaires de la Couvent ion, Hentz était le plus acharné contre Houchard. Borné, entêté, prenant ses soupçons pour la réalité, Hentz s'imaginait que Houchard s'entendait sous main avec les coalisés, et que Berthelmy et Gay-Vernon étaient dans le secretde cette conspiration, n entraîna Duquesnoy; il entraîna Elie Lacoste et Peys-
i. Journal de la Montagne^ 21 sept, (lettre de Lille); Le Batave, 28 sept, (lettre de Dunkerque, du 24) ; Forster, Schriften, IX, 107 ; Lflvasseur et Bentabole au Comité, 16 sept. (A. G.) : Duvivier à Deforgue, 27 sept. (A. E.).
sard. Après avoir félicité Bouchard de « sabouler d'importance > les alliés, Hentz et Duquesnoy assurèrent qu'il devait ses succès, non pas à ses talents, mais à la vaillance de ses soldats, et ils demandaient avec impatience quand il ferait un « grand mouvement » et prendrait enfin les Austro- Anglais sur leurs derrières. Lacoste et Peyssard avaient naguère loué Houchard et lui disaient flatteusement qu'il n'avait pas dépendu de lui de fixer partout la victoire. Ils se joignirent à Hentz pour blâmer la conduite du général et la qualifier d' « étrange ». Quoi ! il ramenait précipitamment sur Menin une arnaée qui pouvait sans obstacle s'emparer d'Ostende et y trouver des ressources infinies ! Il tentait de rentrer dans un ' pays déjà ravagé ! Après avoir vaincu deux fois et perdu tant de braves gens, il revenait se mettre sur une défensive humiliante, et il laissait l'étranger travailler à l'aise! Evidemment, Messievrs Houchard, Berthelmy et Gay- Vernon étaient des perfides et des traîtres. Ils faisaient bonne chère pendant que fuyait l'ennemi. Ils ne profitaient pas des avantages que leurs intrépides soldats avaient remportés. Ils ne se conformaient pas au plan du Comité; ils avaient tout combiné pour une déroute, et les ordres qu'ils donnaient, les contre-ordres, les continuels et inutiles croisements de troupes, les marches forcées, les déplacements qui coûtaient plus de monde que des batailles, annonçaient que « le système de Lafayette reparaissait sur la scène ». Et les commissaires accusaient Houchard, Berthelmy, Gay-Vernon, de tout désorganiser, de fatiguer et de ruiner exprès les pauvres chevaux de l'artillerie et des charrois, de ne pousser que les injrigants, de dégoûter du service les purs jacobins^ d'écarter les observateurs, d'envoyer à Cassel le patriote Davaine, d'éloigner de Gavrelle la division sur laquelle
on comptait surtout pour couvrir la plus importante partie des frontières, de livrer à l'Autrichien les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais si fertiles en ressources, de le laisser couper les communications entre la Flandre et le reste de la France, de lui faciliter l'envahissement de l'intérieur (1).
Persuadé de la trahison de Houchard, Hentz partit le 18 septembre pour Paris. Il avait su se faire un certain renom parmi ses collègues, et Le Bas vantait la fermeté de son caractère (2). Il déclara qu'il aurait mis Houchard et ses complices en état d'arrestation s'il n'avait craint d'excéder ses pouvoirs ; mais il venait se concerter avec le Comité, lui révéler les complots de l'état-major, lui demander la punition des coupables. Robespierre, Barère, Jeanbon Saint-André, Carnot et le ministre Bouchotte, convaincus du patriotisme et de la probité de Hentz, accueillirent ses dénonciations.
Robespierre et Barère n'avaient plus à la bouche que les mots de vigueur et de rigueur : ils disaient volontiers que l'esprit des soldats était admirable et que les échecs de Tarmée résultaient de la traîtrise de ses chefs; ils recommandaient aux représentants de surveiller les généraux, de ne pas les perdre de vue un seul instant et de ne leur rien pardonner (3).
Jeanbon Saint- André s'était toujours méfié de Houchard et ne lui reconnaissait d'autre mérite que d'avoir
1. Hentz, Peyssard, Isoré et Duquesnoy au Comité, 26 sept. (Rec. Aulard, Vïl,70); cf. Lacoste et Peyssard à Houchard, 12 sept. (A. G.). Le 20 septembre, Houchard avait ordonné à Da vaine de partir avec sa division pour se rendre à Gassel.