Cf. VaLencUnn'*s
2. Rec. Aulapd,VII,29 (arrêté du 24 septembre); cf. Jownal de la Montagne, 30 septembre.
bres de l'administration des subsistances de parcourir les armées et tout d'abord l'armée du Nord pour vérifier et contrôler les états des magasins, les états de revue et les états des rations, constater les délits, appréhender les prévaricateurs, noter les agents recommandables par le talent et la probité. Il nomma deux commissaires spéciaux, Deschamps et Bécard, qui prirent le titre de commissaires du Comité de salut public et qui devaient recueillir des renseignements sur les places du Nord ainsi que sur les armées belligérantes et venir tous les huit jours, chacun à son tour, rendre compte au Comité de ce qu'ils avaient vu et entendu. Enfin, le 14 août il s'adjoignit Carnot et Prieur de laCôted'Or, deux officiers du génie qui dirigeraient la guerre ; Prieur aurait le matériel, Carnotle personnel, et, comme on disait, le moral. Carnot avait été désigné par Barère qui se vante dans ses Mémoires d'avoir fait ce présent à la France. 11 se trouvait à Cassel le 6 août, lorsqu'il reçut une lettre du Comité qui l'appelait à Paris. Le 11, après avoir communiqué des « vues importantes » sur Tarmée du Nord et signé des arrêtés comme s'il était déjà membre du Comité, il reprenait le chemin de la Flandre, conférait avec Houchard et, le 14, regagnait Paris pour tenir désormais, suivant l'expression de Delacroix, le fil de tous les plans militaires et pour organiser la victoire (1). Mais le Comité ne croyait pas que la victoire fût possible si l'armée n'était républicanisée. Il résolut d'éloigner des camps tous les nobles, de ne mettre à la tête des troupes que des patriotes avérés, des sans-culottes
1. Rec. Aulard, V, 344 (cf. Mon. du 27 juillet), 440, 442, 486, 497 * 544, 555; Vf, 13; cf. sur la nomination de Carnot les Mém. de Barère, II, 105-106; Mém, sur Carnot par son fils, 1893, I, p. 3)1, et Charavay, Carnot^ II, 451-453.
d'état et de principes, des hommes qui combattaient pour leurs propres droits. Ne lisait-on pas dans les gazettes que puisqu'on faisait la guerre aux nobles, ils ne devaient pas la diriger? Barère ne nommait-il pas les nobles des traîtres commencé s 'l Couthon ne s'écriait-il pas qu'il fallait se guérir de la manie d'employer ces comtes, ces marquis, ces ci-devant qui étaient,de fait ou d'intention, les ennemis du nouveau système, et ne plus se servir que de plébéiens et de ceux que l'ancien régime appelait avec mépris des officiers de fortune? Vainement Du Bois du Bais conseillait d'éviter les grandes commotions qui suivraient une mesuré de proscription universelle, et, sans dédaigner les dénonciations, de ne pas les accueillir toutes. Vainement Le Cointre écrivait que « les armées sans chefs se dissipent et s'anéantissent », et que le Comité remplissait les prisons de généraux, et n'osait les punir s'ils étaient coupables, ni leur rendre justice s'iU étaient innocents. Vainement les représentants conservaient des officiers nobles qu'ils ne savaient comment remplacer. « Les successeurs, disait le Comité, sont dans les cantonnements ; on les aurait trouvés, si on les avait bien cherchés (i).»
Le Comité usa de tous les moyens pour détruire dans l'armée les souvenirs de la monarchie. Les officiers des vieux régiments ne se résignaient pas à quitter l'habit blanc, et il fallut ordonner à ceux de l'armée du Nord de s'habiller de bleu pour le 10 ou le 15 aoAt au plus tard, selon qu'ils appartenaient au camp principal ou aux divisions éloignées. Us obéirent de mauvaise grâce. Presque tous conservèrent sur leur nouvel uniforme les boutons
1. Barère, discours du 25 sept.; Mège, Corresp. de Couthon, 250; <lu Bois du Bais au Comité, 31 juillet; Le Cointre au Comité, 12 août (A. 0.); Rec. Aulard, V, 474.
blancs avec le numéro du régiment et les épauleltes en argent. Plusieurs, et notamment ceux du 17% ci-devant Auvergne, avaient même au retroussisde l'habit une grenade ou un autre signe qui rappelait la couleur de leurs anciens revers. On dut, le 21 août, leur enjoindre de porter, dans le délai de quinze j'burs, les épaulettes jaunes et les boutons jaunes avec la légende « République française » (1).
Pour mieux « patriotiser » l'armée, le Comité garda Bouchotte et le maintint envers et contre tous. Le25 juillet, Dartigopyte invitait la Convention à mettre au ministère un homme qui fût digne de la confiance publique et à congédier cet ignorant de Bouchotte qu'une intrigue, une € espèce de magie », fixait encore à la maison de la guerre (2^, bien qu'il eût donné sa démission depuis deux mois. Boucher Saint-Sauveur répondit que Bouchotte était patriote, et Barère, que le Comité aimerait mieux nommer de bons adjoints que de changer Je ministre. Malgré Boucher et Barère, la Convention résolut de dresser, le jour suivant, une liste de candidats. Mais deux députations se présentèrent à sa barre : l'une, dépêchée par les Cordeliers, engagea l'Assemblée à laisser au ministère de la guerre l'intègre et civique Bouchotte ; l'autre, envoyée parla Société républicaine du Dix-Août, pria la Convention d'arracher au commandement des armées les nobles,« ennemis nés de la liberté »,et de ne pas écarter Bouchotte : on employait contre lui les mêmes manœu-
1. Ordres du 31 juillet (signé Des Bruslys) et du 21 août (du camp de Gavrelle); Viger à Bouchotte, 25 août (A. G.). Cf. Bigarré Mém,, 190 : « cet babit blanc que j'avais eu de la peiae à quitter en 1793 ». On tenta môme d'effacer, sans y réussir, les fleurs de lys et les couronnes empreintes dans le creux de la lame des sabres des hussards (Golaud à Des Bruslys, 4 août).
2. C'est ainsi qu'on nommait alors le ministère de la guerre.
vres que contre Pache; mais l'Assemblée résisterait à toutes les insinuations et placerait des patriotes et non des scientifiques à la tête des administrations. Robespierre appuya les pétitionnaires, vanta la probité sévère du ministre, assura qu'il ne serait jamais un Beurnonville et qu'il saurait rompre les trames ourdies par de nouveaux Dumouriez, qu'il avait la confiance des patriotes et la haine des aristocrates, qu'une aveugle prévention lui attribuait les fautes de ses agents et de ses ennemis ; si la Convention, conclut Robespierre, voulait donner quelque assiette au gouvernement et de la suite, de la consistance aux opérations de la guerre, elle annulerait le décret qui prononçait implicitement le renvoi de Bouchotte. La Convention annula le décret au milieu des applaudissements répétés du public, et le 28 juillet, sur le rapport du Comité, elle décidait que le ministre de la guerre était autorisé, non seulement à remplacer et à suspendre provisoirement les officiers généraux et les officiers des états-majors, mais à choisir dans tous les grades, sans être astreint aux dispositions des lois précédentes.
Pourtant Bouchotte fut encore attaqué. Le 12 août, Gossuin annonçait que les ennemis cernaient Cambrai et marchaient sur Péronne. Bouchotte, disait-il, ne faisait rien par lui-même, ne prenait conseil que des clubs, ne tentait rien pour arrêter l'invasion (i). Delacroix s'unit à Gossuin; il s'étonna qu'on n'eût pas accepté la démission de Bouchotte et affirma que le ministre n'avait pas de talents militaires, n'avait pas les connaissances néces-
i. Gossuin, a dit Bouchotte, était député du Nord, alors foulé par les ennemis; il voulait donner si^ne dévie à son département et il « remuait le bout de sa langue », tandis que le ministre préparait la victoire d'Hondscboote.
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saires pour seconder utilement les armées. Mais, séance tenante, Barère répliqua que le Comité voyait dans Bouchotte un homme d'un talent considérable, d'un sûr républicanisme, d'une exacte probité, et que, même sous le fameux siècle de Louis XIV, l'administration de la guerre n'avait pas la tâche immense de Bouchotte qui mettait 500.000 soldats en mouvement. Six semaines plus tard, le .25 septembre, Barère plaidait derechef pour Bouchotte, protestait que le ministre n'était peutêtre pas assez énergique et révolutionnaire, mais qu'il possédait la première des qualités, une qualité préférable à toutes les autres, le patriotisme.
Une nouvelle attaque eut lieu contre Bouchotte dans les derniers jours de 1793. Par trois fois, Bourdon de l'Oise le dénonça; il affirma que ses commis allaient aux Cordeliers et ailleurs calomnier les députés, que ses agents entravaient les mesures des représentants, et il demanda la suppression des ministères et de ce Conseil exécutif, « puissance monstrueuse » qui rivalisait avec la Convention et le Comité. Mais Bouchotte avait, au contraire, prescrit à ses agents de se renfermer strictement dans les limites de leur mission et de ^ ne pas lutter de pouvoir avec ceux à qui l'autorité immédiate était déléguée. » Barère fit son panégyrique et déclara qu'il s'était engagé très avant dans la voie de la Révolution, qu'il avait la passion de la liberté, qu'il se rendait assidûment au Comité pour recevoir ses ordres. Robespierre appuya Barère; le Comité, remarquait-il, surveillait tous les minisires, et le caractère de Bouchotte opposait aux conspirations une insurmontable barrière (1).
1. Ordres de Bouchotte, 30 sept, et 23 nov. (A. G.) ; séances delà GoQventioD, 20 nov., 4 et 17 déc. (Mon, des 2, 6 et 19 déc»).
Robespierre couvrit non seulement le ministre, mais un des adjoints du ministre, Daubigny. Ce Daubigny était du même pays que Saint Just qui témoignait un jour qu'il ne connaissait pas de meilleur ami, de plus ardent patriote et de citoyen plus estimable. Le 7 janvier 1794, au nom du Comité dés marchés, Charlier montrait à la Convention des effets destinés aux soldats, une paire de bas si mauvaise qu'elle pouvait à peine se porter une fois et une capote d'hiver faite d'étoffe très légère et doublée de toile d'emballage. L'Assemblée décréta que les fournisseurs seraient arrêtés et, à la requête de Bourdon de l'Oise, que Daubigny, chef du bureau de l'habillement, paraîtrait devant le tribunal révolutionnaire. Mais Robespierre proclama le zèle de Daubigny et les services que ce « coopérateur du Comité » rendait à la patrie ; il certifia que Daubigny ignorait de pareilles dilapidations et opina que l'incident n'était pas assez approfondi, que l'assemblée ne devait pas frapper sans mûr examen un agent du gouvernement et paralyser ainsi le gouvernement lui-même. Il eut gain de cause.
Bouchotte était donc l'homme du second Comité, et le Comité le tint dans sa dépendance, le semonça. le stimula, l'obligea de présenter tous les dix jours un tableau analytique des travaux de son ministère pendant la décade, et tous les quinze jours, par bref état, le contrôle des régiments et des bataillons (1). Lorsque le commandant de Cambrai écrivit que l'administration de la guerre
i. Bouchotte disait plus tard qu'il avait «envoyé au Go mité, chaque décade, le compte comprenant toutes les opérations et la correapondarice du ministre. Le département de la guerre ne pouvait errer que pendant dix jours sans que le ' omité en eût connaissance Jamais le Comité n*a argué les comptes décadaires. » Cf. le décret du 4 déc. 1793 (Rec. Aulard, IX, 151).
n'avait pas encore répondu depuis deux mois à se& demandes pressantes, Couthon et Jeanbon Saint-André reprochèrent durement à Bouchotte la négligence impardonnable de ses bureaux et lui enjoignirent de chasser les malveillants, les traîtres qui ne [cessaient d'entraver la marche des opérations (i).
Le ministre obéit docilement au Comité. Ce fut sur Tordre du Comité qu'il s'eflforça de « sans-culottiser » l'armée du Nord ou, comme on disait alors, de la démuscadinei\ de purger et de nettoyer les états majors. « Les trahisons sans cesse renaissantes des officiers, lui écrivaient Robespierre, Hérault etÇarnot, doivent vous faire sentir combien il est important de prendre sur leur compte tous les renseignements qu'exige le salut de la patrie. » Bouchotte déclara, avec le Comité, que les ci-devant avaient la République sur les lèvres et non dans le cœur, qu'ils étaient les secrets ennemis de la Révolution, qu'ils opposaient au mouvement populaire une force d'inertie, et il les sacrifia sans miséricorde. Les grades, répétait-il^ ne devaient être donnés qu'à de véritables sans-culottes, et le patriotisme suppléerait aux talents.Lorsque,à. Maubeuge, les soldats du 38* régiment d'infanterie chassaient leurs officiers nobles, riaient au nez du général Gudin qui menaçait de les désarmer et protestaient qu'ils se feraient plutôt hacher en morceaux que de rendre les armes, Bouchotte applaudissait à leur civisme et encourageait son agent Viger à propager ce républicanisme dans les autres régiments (2). « Le tact du soldat, assurait-il,
\, Le Comité à Bouchotte, 22 juillet (A. G.); cf. Rec. Aulard, V, 486, et VIII, 243 ; dès le 6 novembre, tous les *oiP8, à dix heures, le Gooseil exécutif se réunit au Comité pour délibérer avec lui sur l'état de la République.
2. Le Comité (Couthon et Jeanbon) à Bouchotte, Î2 juillet ; le
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est trop fin pour envelopper dans la proscription un officier dont les principes sont purs, et l'armée ne peut être réellement bonne que lorsqu'elle sera purgée des aristocrates, royalistes, feuillants et modérés; l'esprit révolutionnaire se met au courant des événements ; il suit les mouvements de la masse et il les dirige pour le plus grand bien de la République. » Il mandait au général Barthel de porter son attention sur les commandants des places et des cantonnements et de n'en laisser aucun qui fût suspect. Tout ce qui est suspect doit être changé : tel était le mot d'ordre que donnait aux bureaux le secrétaire général Vincent (1).
Comité (Robespierre, Hérault et Carnet) à Bouchotte, 26 août; Bouchotte à Bouchard, 19 août; à Berthelmy, 20 août ; à Gudiu, 23 août; à Vige;*, 25 août; à Barthel, 4 août; Yiger à Bouchotte, 21 août; ordre signé de Vincent, ter oct. (A. G.), cf. sur le remplacement des officiers nobles Wissemhourg^ ôS-'îè et Valenciennes^ 187-189. Le 20 août, la Société populaire de Saint-Oioer écriviit à la Convention qu'il était teinps de sauver la France et de ne plus se laisser abuser par le charlatanisme, qu'il fallait opposer aux rois des républicains et non des hommes d'une c'asse « corrompue et corruptrice », que Custine et Biron avaient passé la moitié de leurs jours dans le palais des rois et qu'ils seraient avantageusement remplacé;^ par des sans-culottes qui auraient blanchi sous le casque et le harnais.
1. Mais qu'aurait dit le Comité de salut public s'il avait su que Bouchotte était noble et avait été.. Allemand? Bouchotte, en effet,
entra au service dans le régiment étranger de Nassau en 1773 sous le nom de Bouchotte de Buchholz,et se fit alors naturaliser Nassovlen pour obtenir une sous-lieutenance. Le 12 juUlet 1774,1e prince de Nassau-Sarrebriick écrit au ministre de la guerre, comle du Muy : « Les bonâ comptes et les témoignages avantageux de l'application et du zèle infatigable du sidur Bouchotte de Buchholz, volontaire à mon régiment d'infanterie, et naturalisé Nassovien par des lettres expédiées à cet égard, m'obligent à demander son avancement, ^ et le prince ajoute que le « aieur Buchholz » a suivi le régiment en Corse et « gagné l'amitié de ses chefs par sa bonne conduite et attachement au service. » On sait que le père de Bouchotte était payeur des gages du Parlement de Metz et que les payeurs des gages jouissaient des mômes privilèges que les conseillers dont la charge donnait la
Ce fut à rinstigation du Comité que Bouchotte envoya des € papiers publics » aux armées. Déjà Fabre d'Églantine, criant que les adversaires de la Révolution travaillaient à égarer ses défenseurs, proposait de fonder une gazette militaire. Déjà paraissaient des journaux qui semblaientvpar leur titre, uniquement destinés au soldat: le Postillon des armées^ bulletin général de la France et de V Europe et le Bulletin général des armées et de la Convention nationale \ mais, comme l'indique le sous-titre, ils s'adressaient aux lecteurs de toutes les classes. Déjà quinze cents exemplaires du Bulletin de la Convention étaient expédiés à l'armée du Nord et, sur l'ordre des représentants, ce journal était affiché quotidiennement à la porte des casernes et dans les camps, à un potean placé au centre de chaque bataillon. Bouchotte répandit parmi les troupes VAmi du peuple^ le Journal de la Montagne^ le Républicain ou Journal des hommes libres, le Père Duchesne, le Journal universel^le Batave, leRougyff'^ VAnti' fédéraliste et le Journal militaire. Il n'acheta que soixante -quinze collections de VAmi dit peuple à Marat qui les lui fit payer au prix coûtant. Mais, le 24 mai, il abonnait le ministère delà guerre pour 2.000 exemplaires au Républicain — qu'un de ses agents, il est vrai, jugeait « plus que modéré»,— pour 2.000 exemplaires au Journal de la Montagne^ et pour 3.000 exemplaires au Père Duchesne, Le 13 septembre, il prenait 12.000 exemplaires à Hébert. Tous les jours, de son propre aveu, 8 à i 0.000 feuilles étaient envoyées aux armées, et le ministre
noblesse au premier degré. Aussi Bouchotte eut-il en 1775 sa souslieutenance; le ministère jugea que « le sieur de Buchholz, jouissant de la noblesse acquise par son père et étant naturalisé sujet du prince de Nassau, avait toutes les qualités requises pour obtenir le grade d'officier dans le régiment de son Altesse. » (A. G.)
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qui calculait les abonnements dans la proportion d'une feuille par jour et par cent hommes, consacrait mensuellement à cette dépense 30 à35.000 livres en assignats, c'est-à-dire 12.000 livres en numéraire (i).
On reproche ordinairement à Bouchotte d'avoir propagé ces « papiers nouvelles >, surtout le Père Duchesne^ et de les avoir payés sur les fonds de la guerre. Il a essayé de se justifier. Ne fallait-il pas avertir les soldats engoués de généraux qui « ne cessaient de faire des reculades »? Ne fallait-il pas les mettre en garde contre le « principal agent de la chose publique », s'il abusait du pouvoir qui lui était confié, et s'il attentait à la loi? Ne fallait-il pas leur parler de la patrie et leur rappeler sans affectation les objets « transcendants » auxqxiels ils devaient s'attacher et se rallier? N'était-ce pas servir la cause populaire que de leur montrer l'aristocratie sous ses odieuses et véritables couleurs? D'ailleurs, le ministre ne faisait, qu'exécuter les volontés du gouvernement. 11 n'était qu'un simple abonné^ et il était abonné parce qu'on lui enjoi--
1. Discours de Fabre aux Jacobins, i6juin (Journal de la Montagne ^ 18 juin) ; Aulard, Etudes et leçons^ 1893, p. 213; Tour u ux, Ribliogr, de l'hist. de Paris pendant la Révol., II, p. 656 et 651 ; Charavay, Carnotf II, 204; Avenel, Lundis révolutionnaires^ 1875, p. 324; journal de Marat, n» 229, 29 j uin (lettre de Boucholte et réponse de Marat qui d(^c!are avoir touché un mandat de 1.500 livres) ; ordre de Bouchotte, 24 mai, concernant le Républicain^ la Montagne et le Père- Duchesne ; ordre du 12 septembre de « porter, à compter de demain^ l'abonnement au Père Duchesne, à 12.000 exemplaires »; Celliez à Bouchotte, 15 juillet (A. G.). Plusieurs journaux toucher mu ensemble,, le 12 juin, à la trésorerie, une somme de 50.000 livres (journal de Marat, n*» 229). Hébert fournit en tout au ministère de la guerre 1.188,000 exemplaires du Père Duchesne, au prix de deux sous la feuille, et reçut d'abord 90.000 livres, puis 14.400 livrés, puis encore 14.400 livres, c'est-à-dire 118.000 livres en assignats (chiffres exacts donnés par Bouchotte et opposés aux chiffres faux de Camille Des— moulins; cf. Bûchez et Houx, Hist, parlera, XXXI, p. 237).
gnait de l'être. Le Comité n'avait-il pas, après le 31 mai, manifesté rintention d'envoyer des journaux aux armées? La Convention n'avait-elle pas mis à la disposition du Conseil exécutif 16 millions, et, sur cette somme, des arrêtés du Conseil n'avaient-ils pas réservé au ministre Bouchotte 1.200.000 livres dont il rendit compte et reçut décharge (1)? Ce n'est donc pas de sa propre inspiration et avec les fonds de la guerre que Bouchotte a payé les journaux.
Et si les feuilles politiques, dit-il encore, produisaient un mauvais effet, pourquoi les représentants du peuple ne s'opposaient-ils pas à cette distribution? Duquesnoy n écrivait-il pas qu'elles étaient une « nourriture bienfaisante » qui soutenait le bon esprit du militaire, et ne prenait-il pas assez d'abonnements au Rougyff pour prolonger la vie du grossier journal de son ami et compatriote Guffroy (2)? Le Comité ne décidait-il pas au mois de novembre d'abonner les clubs à cinq journaux rédigés « dans le sens de la Révolution républicaine », au Moniteur, au Journal Universel, à VAntipdéraliste, au Républicain Qi,., dM Père Duchesnel N'arrêtait-il pas,le 26 floréal suivant, de continuer l'abonnement des armées au Républicain et ^\k Journal Universel (3)?Bouchotte a donc
1. Cf. le nrn^moire de Bouchotte (Bûchez et Roux, XXXT, 234-238); ses deux brochures Bouchotte à ses concitoyens, 3-7 et 3 ; Avenel, Lundis révol., 323; rapport de Courtois, 125; Rec. Aulard. III, 467 et V, 150; décrets du 16 avril (6 millions pour dépenses secrètes) et du 29 juin (10 millions pour assurer les subsistances des départements et déjouer les intrigues des contre-révolutionnaires). Les arrêtés du Conseil qui aliou^mt des Tonds à Bouchotte, sont du 22 mai, du 2 juillet et du 30 ventôse an H.
2. Duiuesnoy \u Comité, 29 août (A. G.); Rougyff", no» 116 et 150, 24 avril et 27 mai 1794.
3. Aiiiard, Eludes et Leçons, 235-237; Rec. Aulard, VIII, 388-389; rapport de Courtois, 126.
raison d'alléguer qu'il avait besoin d'un ordre supérieur pour supprimer l'envoi des journaux et qu'il « n'aurait pu ordonner cette suppression sans se mettre beaucoup de personnes à dos. »
Mais le ministre de la guerre devait -il répandre des gazettes qui calomniaient les généraux et ruinaient la discipline? Il affirme qu'il ne désirait pas diminuer la considération des chefs et l'obéissance des soldats. Il reconnaît < l'inconvénient de ce temps-là », les « écarts », les « personnalités» des journaux, et prétend que c'était au ministre de l'intérieur à punir € cette licence » et à « réprimer les écrivains ». Mais des commissaires de la Convention, Beffroy, Bollet, Duhem ne blàmaient-ils pas les agents du ministre qui semaient, avec les feuilles de Hébert et de Laveaux, des soupçons odieux sur les généraux? Enfin, pourquoi Bouchotte prenait-il, de son plein gré, au milieu de septembre, 9.000 abonnements de plus au Fère Duchesne, à ce Père Duchesne dont le langage dégoûtant et ordurier, dit Camille Desmoulins, avilissait la République et faisait croire à l'Europe que la France était peuplée de barbares et de Vandales, « comme si ses saletés étaient celles de la nation, comme si un égoût de Paris était la Seine »? Pourquoi, de son chef, sans ordre du Comité, cessait-il, le l'"" octobre, d'envoyer dans les camps le Journal de la Montagnel Ne fut-ce pas sous l'impulsion de Vincent qui se vengeait ainsi de Laveaux, devenu son ennemi? Ne fut-ce pas sur le conseil impérieux de Vincent qui chauffait avec la braise de Bouchotte les fourneaux de son ami Hébert (1)?
1. Valenciennes^\.^\ ; ordre du 4 octob:*e, signé Vincent : « L'adjoint suspendra le départ du numéro de la Montagne ; son abonnement a cessé à compter du !•' octobre. » (A, G.)
Des commissaires dits du pouvoir exécutif, Celliez, Varin, Defrenne (1), furent chargés de distribuer les journaux à l'armée du Nord, et Prosper Sijas, l'adjoint du ministre, leur donnait ordre de remettre eux-mêmes dans tous les bataillons les feuilles qu'ils recevaient chaque
1. Outre Celliez (qui avait pour secrétaire Compère), Varia ai Defrenae — cf. sur ce dernier Valenciennes, 18S-189, et sur Celliez at Varin qui ne se quittaient guère, Retraite de Brunswick, 60 et 143 et Valenciennes, iSé-i9i— il faut citer encore Hugueniti,Ancard, Viger, Crosne, Deschaseaux, Machault et Tainturier. Presque tous avaient quitté Paris à la suite d'une décision prise le 13 mai par le Conseil exécutif : Huguenin et Defrenne pour l'armée du Nord, Ancard pour le camp de Cassel, Celliez et Varin pour le camp de Péronne (ils allèrent surtout au camp de César), Crosne pour Maubeuge, Machault et Deschaseaux pour Maubeuge et Charleville. he\^^ juin, Bouchotte autorisait Crosne, Defrenne, Deschaseaux et Viger à acheter toutes les armei de guerre qu'ils trouveraien* dans le Nord, hors des manufactures aalionales, et à les diriger sur Paris. Crosne alla h Dunkerque, à Cambrai, à Lille. Deschaseaux se rendit à Strasbourg. Machault, parti de Paris le 12 juillet, visita Lille, Dunkerque, Cambrai, Maubeuge. Philippe Viger, chargé le 28 mai, par le Conseil exécutif, de vérifier la quantité d'armei de toute espèce qui se trouvaient dans les arsenaux et manufactures de l'armée du Nord, demeura quelque temps à Maubeuge et envoya plusieurs rapports sur la division. Tainturier, qui fut un instiDt, avec Defrenne, Tauxiliaii-e de Lavalette à Cambrai, ne tarda pas à s'éloigner, et Defrenne écrivait, le 7 juillet, qu'il ne l'avait jamais vu. Tous ces agents furent rappelés par le décret du 23 août. Mais une décision de Bouchotte, du 19 septembre, envoya dans le Nord et les Ardennes : pour le recrutejnent, Méchin et Villers; pour l'armement, Viger et Defrenne (Descamps et Probst avaient la même mission, l'un dans la Moselle, l'autre en Alsace); pour surveiller les manufactures de Charleville et de Maubeuge, Deschaseaux et Machault. Crosne était resté à Lille et, dit Lavalette dans une lettre du dO octobre, y établit, grâce à son intelligence et à son civisme, le plu» bel atelier d'armes qui se soit vu ; mais bientôt, écrivait le représentant Châles (13 novembre). Crosne, prêtre de son métier, tut en guerre ouverte avec Lavalette et sa présence à Lille devint une occasion de troubles ; Bouchotte répondit à Châles, quatre jours plus tard, que Crosne n'était plus employé, qu'il n'avait pas été nommé agent et que les commissaires de la Convention lui avaient confié l'atelier de réparation d'armes.
jour du département de la guerre : < Cette mesure, disait Sijas, est d'autant plus urgente, que la plupart des étatsmajors sont infectés d'aristocratie ; c'est à nous, bons républicains, à fortifier l'esprit public et à terrasser tous les scélérats qui veulent nous replonger dans les fers. » Mais les agents avaient une autre mission plus importante, celle de surveiller le matériel et le personnel. Bouchotte leur recommandait de s'attacher à connaître ceux qui servaient bien la République et ceux qui la trompaient ou ne lui étaient d'aucune utilité, de « mettre l'ivraie de côté », de chercher dans tous les rangs de l'armée et d'armcher à leur poste les citoyens qui Joignaient les talents militaires à un pur civisme. Ce fut sur leurs rapports que Bouchotte prononça ses suspensions. Il avait en eux la plus grande confiance, il lisait leurs lettres avec une extrême attention et les analysait, les annotait soigneusement. Une ligne, un mot de Celliez, de Varin, de Defrenne décida souvent du sort d'un officier. Lorsqu'un décret du 23 août supprima les commissaires du pouvoir exécutiï, Bouchotte déclara que le Comité devait « de toute nécessité > obtenir l'abrogation de cette mesure, que le minisire manquerait de renseignements exacts sur l«s 3fficiers tant qu'il n'aurait pas dans les camps des agents qui, « armés d'un pouvoir, se défendraient de la malveillance. » Il se plaignit au président de la Conven- ^on. Ne fallait-il pas des commissaires pour hâter la fabrication des piques et la fonte des cloches, pour contrôler et accroître le travail des manufactures d'armes, po«r propager l'esprit public, et leur rappel n'allait-il pas décupler le labeur du ministre? Le 11 septembre, la Coo-yention décréta que les ministres pourraient envoyer des agents aux armées à condition de renseigner tous les hu t jours le Comité de salut public sur leur nombre et
l'objet de leur mission. Le 30, Bouchotte présentait au Conseil exécutif la liste de ses agents. C'étaient, pour l'armée du Nord, Celliez, Varin, Châles et Berton. 11 leur donna des instructions nouvelles : ils seraient l'œil du ministre; ils s'efforceraient de découvrir les trahisons, les intrigues et les abus, de sonder les généraux et les états-majors, de savoir s'ils appartenaient à la noblesse ou s'ils avaient été partisans de la tyrannie et des factions, « créatures de Lafayette, deDumouriez, deCustine, de Houchard ^ ; ils visiteraient les hôpitaux et les prisons, vérifieraient l'état des fortifications, surveilleraient la confection des habits, enverraient des informations sur les besoins des troupes et la position de l'ennemi (1). Mais Bouchotte ne se contentait pas de dépouiller la correspondance de ses agents personnels. Il lisait les lettres des représentants, des généraux, des commissaires des guerres, les résumait, et envoyait à ses adjoints les demandes et les réclamations, à mesure qu'elles lui passaient sous les yeux. Lorsqu'il reçoit, après la défaite de Famars, les plans de Custine, de Tardy, de Sauviac et de Gobert, il les examine et les discute. Il étudie dans de longs exposés et avec une minutieuse attention les projets qui lui viennent de tous côtés, calcule exactement à quelle époque arriveront les secours qu'il envoie, essaie de deviner, en consultant les cartes, ce que fera l'adversaire, recherche les causes des échecs et « les moyens de porter remède aux inconvénients (2). »
1. Bouchotte au Comité, 26 et 29 août; aux commissaires du Conseil exécutif, 31 juillet; instruction de septembre (A. G.);Rec. Aulard, VI, 73, 419; VII, i33.
2. Correspondance du ministre (A. G.) ; projet de secourir Landau et le département de la Mayenne ; réflexions sur les causes qui ont empêché le succès du plan concerté pour la Vendée (collection Charavay).
3 î HONDSCHOOTE
Il prêchait la défensive. Plus de ces « promenades qu'on a faites à perdre haleine en suivant Tennemi ». L'essentiel, c'est de repousser les coalisés du sol de la République, c'est de protéger « tout le pourtour du territoire » ; les troupes ne sont pas manœuvrières ; elles doivent « éviter la plaine * et se borner à une guerre de postes. Pourtant, il ne répudiait pas l'offensive, lorsque les circonstances y prêtaient, et il conseillait de profiter d'un coup de fortune pour aller de l'avant et se saisir d'une forte barrière. Mais il ne voulait pas que la victoire fût achetée par de cruels sacrifices et par une grande effusion de sang; il en coûtait trop d'attaquer les alliés de front; il valait mieux les tourner, et une fois battus et opérant leur retraite, les pourchasser avec vigueur et leur infliger tout le mal « qu'on peut attendre de l'impulsion française (1).»
Ses vues sont toujours sages et sensées. Il présentait des plans de campagne sans les imposer. Il désirait que les généraux ne fussent pas « gênés », qu'ils eussent leurs coudées franches, et s'il les engageait à traverser une rivière, il les laissait déterminer eux-mêmes le lieu du passage ; il leur indiquait le but en leur abandonnant le choix des moyens. Ses réflexions n'étaient nullement « impératives »; il n'avait pas l'intention de prescrire les mouvements de si loin et du fond de son cabinet; « c'est au général qui est sur les lieux, à juger du possible ». Mais, lorsque Custine méditait de dégarnir l'Alsace aux dépens de la Flandre et alléguait que Mayence tiendrait jusqu'au milieu du mois d'août, Bouchotte répondait froidement que la forteresse n'avait pas ^ssez
i . Sur le système défensif ; moyen de rétablir la frontière du Nord (collection Gharavay),
de munitions de bouche pour résister aussi longtemps, et il montrait au général ses propres états d'approvisionnements (1).
Il encouragea les chefs, remonta leur moral, tâcha de les rendre plus résolus et plus audacieux. « Nos ennemis, écrivait-il à Bouchard, ne sont pas innombrables, et lorsqu'ils se portent en masse sur un point, ils sont de moins dans un autre (2). »
Il prit quelquefois d'excellentes mesures. Après la désertion de Dumouriez, il dépécha dans les places principales du Nord des agents chargés de rallier et de rassembler les sous-offîciers et les soldats qui gagnaient l'intérieur (3). Il défendit aux militaires qui portaient des dépêches au gouvernement, de rester vingt-quatre heures à Paris sans sa permission, et aucun d'eux ne put y venir, même pour les affaires de son bataillon, même avec le consentement de son général, si le Conseil d'administration n'avait pas envoyé au ministre une demande de congé (4). Il exhortait son monde à l'économie, s'élevait avec force contre les prodigalités. « Qu'on ne donne que ce qui est nécessaire et qu'il n'y ait pas de dilapidations. » S'il expédiait des poudres, il rappelait que les canonniers avaient souvent, dans de précédentes occasions, tiré hors de portée. « Nous n'avons rien de plus précieux que les poudres », ajoutait-il, et il priait l'artillerie d'en faire un judicieux usage, de ne pas doubler ou
1. ÏQSlruction pour le général en chef de Tarmée du Nord ot des Ardennes (collection Charavay); Bouchotte à Lamarehe, 13 mai (A. G. et Charavay, Caimot, II, 237) ; cf. ses lettres à Datnpierre ( Valenciennes, 48) et à Custine (td., 130).