‹ Honoré Daumier, l'homme et l'œuvreChapitre 20 sur 82 · HO.NOUK 1>AL.M1EH · texte numérisé non relu

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pouvait s'appliquer la planche de Vlmat/ination que nous supposions au début de ce chapitre. Cela n'altérait en rien la belle humeur de Daumier. car il acceptait les choses de la vie avec une grande simplicité. Mais s'il est pénible pour les déhcats de voir de soi-disant artistes amasser des fortunes à des travaux de ficelles et de trompe-l'œil, il est encore plus douloureux de voir des maîtres réduits, dans les temps oti le bois est cher, à accepter des besognes de second ordre et y gagner à peine le nécessaire.

Sous ce rapport Daumier a été toute sa vie à plaindre. Dans les plus grands moments de succès, lorsqu'il collaborait à la fois à plusieurs publications, ses charges de famille (car lui, de quoi avait-il besoin ?) firent qu"il ne connut jamais la véritable aisance. L'argent, nous le verrons du reste, il s'en moquait au fond. Mais le temps, le précieux temps nécessaire à la méditation, nécessaire à l'enfantement des œuvres de longue haleine, s'enfuyait, et Daumier ne le sentait pas lui échapper sans une vive douleur. Aussi, parfois, rêvant à ce qui s'emmagasinait dans sa tète d'idées et de projets, qui verraient le jour Dieu sait quand, l'artiste, malgré toute la sérénité de son esprit, pouvait avoir des moments d'impatience. C'est alors qu'il s'écriait, s'adressant à sa jeune femme (1), confidente de ses secrètes douleurs : « Ah ! si je n'avais pas ma charrette à traîner ! »

(1) Daumier se maria en 183i, à l'âge de vingt-six ans, par conséquent.

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