HOMME ET I/OEIVIÎE
Mœurs conjuijalcs ! Évidemment non; dans celles-ci le rire esl large et indulgent ; dans celles-là il est cinglant et quelque peu amer. De même les bons bourgeois qui promènent leur aliurisseniiMil dans la rue, ou au café, ou bien à travers les expositions,
LA TRAGlilHE.
Aux petits (les (iisc;uix il donne leur iiiUurc El sa bonté sVHeiul sur toute la n.ituri'.
I'Atiiai.ie.)
sont-ils loucbés de la même façon que les juges ou les avocats, bargncux, bilieux, et parfois remarquablement antipathiques?
Kncore mu- fois cette classilicaliou n'a rien de rigoureux ; on pourrait en proposer bien d'autres qui ne seront pas plus précises, car elles contiendront toujoiu's des éléments (|ui se rangeraient dans toutes les divisions iiidisliiiclcmcul. ('.ciieiidaid clic est assez
llO.XOIil-; IIAl MlKll.
commode, sinon pour un catalogue, du moins jtour une ('•(ude, 'et c'est elle que nous -.idoplons, sans non pins nous astreindre à la suivre de la façon la plus absolue.
La meilleure façon d'étudier l'u-uvre de l>aumier, ce serait de se laisser aller au courant, de procéder un peu comme il faisait lui-même : c'est-à-dire de passer d'une chose à l'autre, ajoutant çà et là un trait nouveau, reprenant et complétant une série déjà vue par une série analofjue qui lui succède à un long intervalle. Mais cette manière serait par trop confuse, il faut y renoncer.
Dans ce chapitre etle suivant, nous étudierons donc la première de nos catégories; l'art et la fantaisie. Puis, revenant sur nos pas après avoir épuisé celte matière, nous verrons successivement la pliilosopliie, les mœurs, la satire sociale, enfin la politique et l'histoire.
En fait d'art, il ne faut pas demander à Daumier une esthétique constituée de toutes pièces. C'est une nature bien trop artiste pour s'embarrasser de ce bagage indigeste. Il vaut mieux créer <juc de prêcher. Un véritable artiste ressent tout ce qui est beau; il vibre plus qu'un autre homme, voilà tout son privilège et sa supériorité. Quant aux règles, il les laisse à ceux qui ne peuvent admirer sans béquilles. Daumier aime et ressent vivement les belles choses, mais un penchant l'altire surtout vers les œuvres conçues en liberté, en dehors de toutes les formules d'école. C'est d'ailleurs un point que nous examinerons plus à loisir dans le chapitre suivant, car ici nous allons voir son observation s'appliquer seulement à certaines formes de l'arl qui le touchaient de moins près : le théâtre, la musique.
L'homme lui apparaît surtout comme un objet amusant à dessiner, dont la silhouede esl inliniment variée et l'expression