I. HOMME KT l.(H;rVHi
Mais Daumier a quelque peu négligé les poètes pour leurs inlerprètes les acteurs. S'il vous plaît, nous ferons connaissance avec ceux-ci dans l'intiniilé, on même simplement la présentation aura lieu dans la rue, car une fois princes on capitaines, c'est le diable de les aborder. Sur le trottoir, ils ne sont pas toujours fiers. Voyez dans les Ti/pes parisiens ce personnage glabre et notablement décati qui a perdu son ut et qui s'évertue à trouver une pièce de cent sous.
Dans les Dohéniieiis do Paris, nous rencontrons aussi le comédien de province et l'acleur des Funambules qui se rend par la neige à son théâtre, un cornet de » l'riles » à la main. Mais ne nous attardons pas trop avec ces messieurs : nous sommes encore à une époque où ils ne gagnaient pas les appointements d'un ministre, et il pourrait en cuire à notre bourse. \u rideau!
Nous sommesarrivés à une des plus célèbres séries de Daumier, ou plulôl à un ensemble de séries consacrées à une idée commune : la Trai/édie. C'est pour le coup que nous allons nous exposer à l'accusation de sacrilège, mais nous plaiderons notre cause comme nous pourrons.
Si C.liarles Baudelaire n'élait pas un peu suspect aux esprits académiques, nous nous couvririons tout d'abord de son autorité et nous écririons avec lui : » Ce fut un blasphème amusant et qui eut son utilité (1). o
Blasphème? Voyons, croi(-on bien sérieusement qu'il v ait des blas|)lièn)esenart ou en littérature? A ce compte, on serait toujours le blaspliémateur de ([uel([n'un, car les dogmes, que sous-entend
(1) Curiosités esthétiques.
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cette idée de religion artistique, sont assez féroces de leur nature et n'admettent guère les nuances, et il y aurait à tout le moins autant d'hérésies que de tempéraments divers. Pour nous, qui croyons que les dogmes ont fait leur temps, nous estimons qu'il n'y a pas d'autres blasphèmes que les œuvres médiocres ou manquées. Les Plnjsiononiles tragiro-classiques et autres séries analogues commençaient en 1839, en pleine effervescence romantique, et les libertés que prenait Daumier avec le répertoire tragique doivent être considérées comme une excellente farce jouée au\ médiocres solennels qui tentaient de s'opposer à cette grande poussée de sève. Elles participent un peu des charges de rapiu queCabrionse payait aux dépens de M. Pipelet. Daumier était un artiste jeune, plein d'exubérance el de malice, et cela l'exaspérait de voir les mines ellarouchées des concierges du beau en présence des escapades romantiques. Ce n'était même pas à Racine, à 'ce il. polisson de Racine » qu'il en voulait au fond, mais bien plutôt à M. Viennet ou;à M. de Jouy. Racine n'était que le prétexte, car il fallait, dans la mêlée, surtout frapper fort, et on ne pouvait pas raisonnablcnienl faire aux <( classiques » l'honneur et la réclame dé prendre.lescexemples dans leurs pièces. Aussi, comme il arrive toujours,, les prêtres, se sentant ridiculisés, crièrent au blasphème cl à la profanation. Leurs personnes seules étaient touchées, et l'art n'était en aucune façon atteint.
Au-contraire, comme le dit Baudelaire, le prétendu blasphème venait à son heure et avait son utilité. Il contribuait à déblayer, par le rire, le terrain littéraire de toutes les vieilles formules qui n'avaient plus leur raison d'être. L'art des siècles passés doit être respecté à la condition qu'on ne se serve pas de lui pour étouffer