LES AMIS
I.c mari veut ([u'oii regarde sa couche, l'nmi ne songe à voir que sa femme
HONORE DAIMIER.
les personnages sont clutliés, fouillés minutieusement, mais encore ils sont présentés dans leur milieu, de sorte que leurs sentiments et leur genre de vie se complètent et s'expliquent l'un par l'autre. Pour faire une analyse complète de ce cycle bourgeois, il faut l'examiner successivement à quatre points de vue : le type, le milieu, les habitudes et les passions.
Écartons tout de suite, en ce qui regarde le type, une critique que nous avons entendu faire. Elle est absurde, et, sans nul doute, n'émane pas d'artistes, mais nous serions suspects de parti pris d'admiration si nous feignions d'ignorer même les reproches injustes. On a dit que Daumier, dans ses quatre ou cinq mille dessins, s'est contenté de faire toujours les mêmes têtes. Évidemment, on pourrait ne pas répondre à cela : il suffirait de rappeler les portraits analysés précédemment et se demander s'il est possible qu'un homme qui savait saisir aussi finement, avec autant de variété, les expressions les plus diverses, puisse jamais tomber dans la monotonie. Il suffirait même de renvoyer ces critiques superficiels au simple examen des dessins de Daumier, et leur montrer, pièces en main, que peut-être jamais artiste n'a autant varié ses types.
Il vaut mieux chercher ce qui a pu faire naître cette erreur. Daumier ayant un tempérament profondément original, il est naturel, il est inévitable que le moindre de ses coups de crayon se reconnaisse et porte sa marque. C'est le propre de tous les grands artistes, de tous les maîtres, en quelque genre que ce soit. Mais cette marque, cet accent particulier, peuvent être pris par les ignorants pour de l'uniformité. A ce compte, ne pourrait-on pas dire que Rembrandt, que Téniers, que Hu-