IGNORE DAUMIER
dessinateur exquis, stllirique qui emporle la pièce. Non seulement celle élude du plus insupportable défaut chez les femmes se détache à part comme une de ses œuvres les plus réussies, mais encore elle apour nous ce mérite qu'elle nous permet de compléter en quelques traits ce que nous avons dit sur le caractère et le but de la philosophie de Daumier.
Il est inutile de faire une longue dissertation sur le bas bleu en général, sur le pédantisme féminin. Depuis les Précieuses ridicules jusqu'à Napoléon 1" et son mot célèbre à M"' de Staël, depuis Napoléon jusqu'aux chroniqueurs contemporains qui ne se font pas faute de railler d'une manière très étincclanle une maladie apparemment inguérissable, on ferait de gros volumes avec tout ce qui a été dit et écrit sur le sujet. Les quarante compositions de Daumier résument tous ces débats, expression du bon sens français, avec une verve qui se soutient d'un bout à l'autre.
Le dessinateur n'est pas cruel pour le bas bleu, mais il est sans pitié : il y a une nuance. La femme de lettres telle qu'il la décrit n'est pas belle, c'est à la fois une explication et une excuse. Les vieilles, plates et osseuses, aussi bien que les plus favorisées qui sont bien en chair, ont toutes une expression de sécheresse et d'arrogance. Il y a en elles du mépris de l'humanité qui n'apprécie pas leur talent à sa valeur, de la colère rentrée causée par les fours innombrables, une bonne opinion de soi-même et un idéal faussé qui fait prendre en grippe les plus consolantes affections, les plus agréables devoirs. Tout cela, pendant des années, a mijoté à petit feu, et il en est resté une indélébile odeur d'aigre ou de rance que la malheureuse femme traîne toujours avec elle.