‹ Honoré Daumier, l'homme et l'œuvreChapitre 50 sur 82 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les amertumes de la lin. — Les Iravaux do métier. — Les livres illuslrrs par Daumier. — Le Boukraril. — l'n liommaf:;e de Gavurni à Dauniier. — Lu arliele des frères de Goneourt. — Daumier après le coup d'Élat. — La poliliqui' étrangère : les Cosaques, les Cliinois, les Autrichiens. — Les prophéties de Daumier. — Le fusil à aiguille. — Une décoration refusée. — Daumier et Gambctta. — L'exposition de 1807. — L'année terrible. — Daumier et Goya. — Les dernières lithographies.

Depuis vingt ans, Dauniier élait sur la hi't'clic Idi-sqn'aii'iva le second empire. ]»epuis vingt ans il I)a taillait pour l'aile! la lihcfté, et ni la pulili(pie ni l'art ne l'avaient enrichi. Le jmn'nal snfllsait (ont juste ù ses charges de famille et à ses propres besoins. Oi'ehpies rares fravanx d'illustration, et, grâce ù des aniis dévonés, Invente de ([uelques aciiiarelles, lui procuraient une hicii linuihle aisance, récompense insiinisante d'une (i-tivre déjà si considérable.

Ainsi cet arlisie, ce phiiosoplie, cet hisluricn. l'aide d'and)ili()n et d'intrigue, se trouvait coinnie au premier ynw à la mci'ci du lendemain, a|U'és avoir proiliii! d'imiondirables et magnili(pies pages, et cela, au momi'id même où son crayon n'avait jamais été plus riche, sa peus(''e plu^ haide, sa main plus maîtresse d'ellenièmel .\u journal, c'était tout au plus si on l'appréciait à sa juste valeur; du moins l'avis des actionnaires avait jiarl'ois assez d'inlluence pom- faire iaii'e la sympathie et l'admiralidu in-liiidive qu'on pouvait ressentir pnm' lui à la rédaction clle-mé'mc. Le

HONÛUE DALAIIEH.

(emps étail loin où l'iiilipon savnit drniclicr les talents el leur donner toute latitude.

Le Charivari^ qui n'était pas encore aux mains habiles de Pierre Véron, avait subi mainte vicissitude, profitable sans doute à des ambitieux et à des médiocres, mais auxquelles un esprit lier comme celui de Daumier n'avait rien à gagner.

Huant au public, le nom de Daumier lui était familier, mais si l'on songe combien il sait peu degré des elVorts de la veille, combien il lient peu de compte des batailles passées, on ne s'étonnera pas qu'il eût déjà oublié tout ce qu'était ce lutteur infatigable. Le public riait, même quand il n'était pas nécessaire de rire, parce (pi'il était admis que liaurnier avait la verve comique, mais à part quelques rares connaisseurs, tout ce que ces croquis contenaient d'art et de pensée passait inaperçu et s'évaporait sur les fables de cafés entre le mauvais goût du dessin de la veille, et le plagiai incolore du dessin du lendemain.

l'ourtant, l'estime i\u pelit nondn'o, l'admiration de ses amis, le sentiment de sa propre valeur suffisaient à préserver l'artiste du découragement où eût sombré une âme moins bien trempée. 11 voyait une longue suite d'efforts dépensée en pure perte, puisqu'on ne le jugeait pas comme le maître qu'il était, de durs et acharnés combats abouti ssant à une défaite, puisqu'une fois encore la liberté se trouvait enchaînée, même plus étroitement qu'avant, et tout cela ne pouvait lui arracher une plainte. Sans doute, il souffrait de n'être po int compris, mais ce qui lui tenait le plus au cœur, c'était de se voir attaché à ce travail ingrat de lu production au jour le jour quand s'écoulaient les heures fécondes qu'il eût pu employer à tant de grandes ceuvres. Ces croquis, ces études si

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