‹ Honoré de BalzacChapitre 12 sur 20 · PAR LE D' NACQUART · texte numérisé non relu

PAR LE D' NACQUART

Membre de VAcadémie de MiWecine , Officier de la Légion d'honnenr.

M. de Balzac revenait ù Paris, dans les derniers jours de mai 1850, après un séjour de près de deux années en Russie.

L'altération dont ses traits étaient empreints n'échappa pointa ses amis.

A ]>lu^ f"rle raison, cuiubien de fiuiestcs présages

cet état ne fît-il pas naître dans l'esprit du médecin qui l'avait suivi, étudié, aimé dès son enfance 1

Une ancienne affection du cœur, souvent exaspérée par le travail des nuits, et par l'usage, ou plutôt, par l'abus du café, auquel il avait dû recourir pour combattre la propension naturelle de l'homme au sommeil, venait de prendre un nouveau et fatal développement.

Et comme autant de conséquences de cette lésion, une respiration courte, haletante, lui interdisait tout mouvement; sa parole, autrefois si soudaine et si vive, était entrecoupée et saccadée; sa vue, jadis si nette et si étendue, au physique comme au figuré, semblait s'être couverte d'un voile, et lui faisait craindre de ne pouvoir, à l'avenir, transcrire luimême sa pensée.

En présence de si redoutables accidents, et malgré une confiance qui voulait rester excessive , nous voulûmes appeler au secours de cette grande inlelligence en péril, nos collègues Fouquier, Roux, Louis et Rayer.

A plusieurs reprises on pût espérer toucher h une convalescence, de nature h faire illusion au malade lui-même, et surtout au cœur si noble, si généreux et si élevé qui venait de s'identifier à cette grande destinée littéraire.

Mais la science qui avait diagnostiqué tout d'abord la complication d'une profonde albuminurie, ne pouvait plus voir là que des trêves.

Ces bons instants, ou plutôt ces moins mauvais moments, rendaient à l'âme de M. de Balzac toute sa force, h son esprit toute son étendue : aussi, Dieu seul sait-il combien on a perdu à n'avoir point recueilli les conceptions nouvelles, les caractères créés, les plans imaginés dont s'impreignait sa parole, et que pour la première fois, sa plume ne pouvait plus buriner.

Au milieu de pareils désordres organiques, M. de Balzac, qui de tout temps avait compris toute la destinée de l'homme, désira s'associer aux entretiens d'un digne ministre de Dieu, dans la bouche duquel la religion n'était que la plus haute expression do l'intelligence de l'univers.

Combien était navrante cette sérénité d'un homme qui, jeune encore, voyait se rompre pour lui le cours d'une renommée laborieusement acquise au prix de trente années de veilles et d'études ; l'espérance de pouvoir compléter son œuvre ; et, plus que tout cela, le bonheur intérieur qu'il venait de consacrer.

Quelques aberrations passagères mais rares encore, ne tardèrent pas à suspendre parfois cette intelligence et h l'étonner lui-même, car il se cherchait au retour.

Le mal fil bientôt des progiès tels que les inspira-

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lions d'une àme aussi ardente par affection, non plus que les soins les plus incessants de l'art, agrandis encore par le dévouement, ne pouvaient plus retenir une vie qui s'échappait.

M. de Balzac mourait dans la nuit du 18 au 19 août 1850.

Docteur Nacquart.

J'aurais pu momentanément recueillir un plus grand nombre de détails; il m'eût été facile au besoin d'énumérer toutes les histoires invraisemblables et de les joindre ici. Qu'en serait-il advenu? — Rien que de fâcheux pour celui qui raconte.

Je renvoie donc au volume des Documents inédits, lequel devra contenir :

Un recueil des lettres de M. de Balzac. — Ses rapports avec les artistes , — avec Boulanger, — avec David, — avec Delacroix. — La question des Éditeurs. — Notes- sur ses voyages. — Excentricités. — Conversations. — Séjour au château de Sache, en Touraine, — à Frapesle, dans le Berry. — Sa maison des Jardies à Ville-d'Avray. — Sa maison à Passy. — Journal des dernières années de M. de Balzac.

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