PRÉFACE. VII
ait déjà été dit ailleurs. Mais Balzac n'a pas été seulement un romancier — le plus grand qui ait jamais existé en aucun pays et en aucun siècle; — il a été aussi un historien. Non sans doute qu'il soit entré dans le détail des événements, mais il en a dessiné le cadre, il en a peint la physionomie, il en a donné la vision avec une vigueur, avec une réalité et une ressemblance qu'aucun historien de ce temps n'a égalées.
S'il a été, en un certain sens, un véritable historien, c'est qu'il était aussi un philosophe et un homme politique. Philosophe, il voulait, en toute rencontre, à propos de chaque fait et de chaque personnage, remonter aux causes et aux principes ; il s'efforçait, ainsi qu'il l'écrivait, dès 1831, à Charles de Montalembert, il s'efforçait de suivre les effets de la pensée dans la vie. Trop souvent, il est vrai, ses idées philosophiques étaient vagues, un peu troubles, confuses et contradictoires. Il n'en allait pas de même en politique. Là, nulle incertitude, nulle obscurité. Il voyait clair, il voyait juste, il était nettement et profondément royaliste. Victor Hugo, dans les belles années de sa jeunesse, écrivait : « L'histoire des hommes ne présente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses l. » Balzac, dans la maturité de 1 âge et dans la plénitude du génie, disait : « J'écris à la lueur de deux vérités éternelles: la religion, la monarchie, deux nécessités que les événements contemporains pro-
1 Préface des Odes et Poésies diverses, juin 1822.
VIII TRÉFACE.
clament et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener son pays !. » Ce sera l'honneur de la vie de Balzac d'être toujours demeuré fidèle à c^tte noble profession de foi. Les révolutions ne l'ont pas vu se traîner à leur suite; il n'a pas sacrifié ses convictions à une vaine et menteuse popularité.
J'ai tenu à mettre ces choses en pleine lumière, à produire sur tous ces points des documents et des faits.
De même qu'on a jusqu'ici laissé dans l'ombre Balzac historien et Balzac royaliste, de même on s'est peu occupé de son théâtre, des pièces qu'il a écrites et de celles, en si grand nombre, tirées de ses romans et de ses nouvelles. Il m'a paru à tout le moins excessif de tenir, comme on l'a fait, pour « une quantité négligeable, » les comédies et les drames de celui qui écrivait, en 1838, à l'époque où il venait de composer Y École des ménages : « Il n'y a plus de possible que le vrai au théâtre, comme j'ai tenté de l'introduire dans le roman. »
Aussi bien, puisque avec Balzac c'est toujours au romancier qu'il faut revenir, il ressortira, si je ne me trompe, des documents et des textes qu'on va lire, que les romanciers de l'école naturaliste lui font injure lorsqu'ils se réclament de lui comme de leur chef. Ils sont matérialistes : Balzac était catholique. Ils sont révolutionnaires : Balzac était royaliste. Ils ont le culte de la démocratie : Balzac tenait
1 Avant-propos de la Comédie humaine, 1842.