‹ Honoré Fragonard (volume 2)Chapitre 16 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'atelier de Fragonard. — Ses amis et sa famille. — Billets de M^^*^ Gérard à son beaufrère. — La Révolution; Fra^onard est protégé par le peintre Louis David. — Il est nommé conservateur du Muséum et membre du jury de peinture. — Certificats de résidence et de civisme avec signalement. — Séjour de Fragonard à Grasse. — Il achève de décorer de peintures la maison Maubert. — Les galeries du Louvre. — Fragonard est ruiné. — Sa mort. — M^^*^ Marguerite Gérard. — Alexandre Fragonard.

C'est ainsi que Taimable auteur de tant cl' œuvres charmantes avait passé le temps le plus fécond de sa vie, le partageant entre le travail, le plaisir et les joies de la famille. De bonne heure il avait obtenu un atelier au Louvre. ïl y créa sans elFort ces toiles délicieuses, ces dessins spirituels qui sont comme un écho de son heureuse existence. Orné par

lui, décoré de peintures de sa uiain, il en avait fait un véritable salon, tout rempli de tapisseries, de meubles, de curiosités; il contenait même un vase en argent attribué à Cellini, qui depuis appartint à ]\r'' Lange.

Charles Blanc s'est plu à décrire minutieusement cet intérieur d'artiste organisé à souhait pour tous les caprices : « Fragonard y avait peint des arbres fantastiques et suspendu dans un coin une balançoire sur laquelle il plaçait souvent ses modèles. C'était par cet escalier aérien que sa jeune enfant descendait de son appartement situé à l'étage supérieur. Dans l'ameublement, dans la disposition intérieure, dans la lumière, tout rappelait les féeries habituelles de sa peinture : çà et là des guirlandes de fleurs, des arbustes, même des j€ts d'eau, des tapis éclatants et de fines étoffes \ »

Dans ce pittoresque logis, Fragonard menait une vie large, presque opulente, car le peintre gagnait beaucoup d'argent dans son beau temps, une quarantaine de mille livres par an. Autour de lui sa femme, — la caissière, — comme il l'appelait, sa belle-sœur, son fils Alexandre et Rosalie sa fille, prématurément disparue à l'âge de dix-huit ans, charmante enfant à la figure mélancolique, d'où se dégage comme le pressentiment d'une fin prochaine.

Petit de taille, d'allure vive, adoré de sa famille pour l'égalité de son caractère et son inépuisable bonne humeur, Fragonard était également aff'ectionné de bons et vieux amis que son esprit avait retenus autant que son talent. Ainsi les meilleures relations d'amitié s'étaient continuées avec Hubert Robert, son camarade de jeunesse, à la gaieté communicative, lui aussi, ce qui fit dire qu'il « amenait le plaisir avec lui ».

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