Charles Blanc : Histoire des Peintres
SA VIE ET SON OEUVRE
L'abbé de Saint-Non était également resté de ses intimes. L'artiste avait pourtant ses boutades. Un jour que Tabbé,
PORTRAIT DE F R A G O N A R 1) Par liii-môiiie.
comme le peintre entrait dans son salon, s'écriait liyjxu'boliquement: « Voilà mon roi, mon prince! » Fragonard vexé, tournait les talons et gagnait la porte.
Un autre ami encore et son grand admirateur \o minia-
turistc Hall, bien loin d'être jaloux de son habileté, s'entoura d'un grand nombre de ses productions. On est étonné de retrouver dans l'inventaire dressé en 1778, par Hall luimême, de sa collection, avec les prix d'achat^ neuf peintures de Fragonard, — le Leoer, ou Deux Femmes sur un lit, y est marqué 200 livres, et beaucoup de bons dessins au nombre desquels on remarque le Dortoir des jeunes Ouvrières et le Maître à Danser de la vente de Varanchan, qu'il ne craignit pas de payer l'un 240 et l'autre 416 livres.
Fragonard était lié encore avec l'artiste dijonnais Hoin connu surtout par un joli portrait de M""' Dugazon dans le rôle de Nina. 11 lui donna son propre portrait de grandeur naturelle, soigneusement travaillé à l'estompe rehaussée de blanc et de sanguine, avec cette mention au dos : A son ami M. Hoin.
L'architecte Paris, rencontré à Rome lors de son voyage avec Bergeret, professait un culte pour les moindres traits échappés de son crayon, les récoltant dans les ventes et en formant une sorte de musée légué plus tard à Besançon sa ville natale. Nous voyons Carie Vernet et Dumont le miniaturiste figurer avec Fragonard dans des actes de l'état civil comme témoins, ce qui implique une certaine intimité. Il encouragea les débuts de Taunay, en lui achetant son premier tableau et accueillait avec bonté le peintre Lantara qu'attirait, paraît-il, le fumet d'une table toujours abondamment servie.
Tous les artistes qu'il avait connus à Rome, dont beaucoup d'ailleurs se trouvent ses voisins aux galeries du Louvre, sont restés ses amis, Vincent dirigeant son atelier d'élèves, Barthélémy, Brenet, Moreau le jeune et nombre d'autres. Il avait donné pour maître à son fils Alexandre le fameux