Voir la note sur la vente après décès de Bergeret
SA VIE ET S(3N ŒUVRE
il Ta entendu. Notre conducteiu* s'est reposé. Pour moi j'ai été en polisson gagner la porte del Popolo.., Les Italiens commencent à croire que je connoîtrai mon Rome comme Paris. »
A chaque pas Bergeret découvre du nouveau et admire de très bonne foi. Devant les ruines antiques, les tombeaux et débris grandioses, il s'écrie : « Rien ne porte plus à la réflexion et à la rêverie! On ne peut se faire une idée assez haute de cette espèce d'hommes qui nous a précédés. » Quand il remarque une statue qui l'intéresse, au Vatican, un esclave d'une tournure singulière : « Je l'ay notté, pour le copier en petit ou grand. » Par exemple, il ne faut pas trop lui en vouloir si, parfois, un mot malheureux ou plutôt une impropriété de terme lui échappe : « Au Gapitole, figure colossale de fleuve en marbre, rétamée par Michel-Ange. »
Et ce qu'il y a de divertissant et de touchant à la fois, c'est que cet amour de l'art et ce désir d'en faire se gagne, d'après lui, par contagion, à Rome surtout... Cette vue constante des grandes œuvres, ce frottement continuel avec les artistes, le transforme et lui redonne, à lui qui a dessiné dans sa jeunesse, l'idée de s'y remettre et de pousser le cri bien connu : anch'io son pittore!
« Le temps ayant été douteux, toute ma matinée a été employée à tendre dans ma chambre un grand plan de Rome très bien fait, ce qui dirige nos marches et nous fait connoître toute notre ville de Rome. Il est certain que je la connoîtrai mieux que Paris. De là, je me suis jetté dans le dessein d'après Raphaël, Michel-Ange, comme un jeune homme qui recommence ses études; aussi je m'annonce par changer ma manière : ce n'est pas stil oriental mais stil de peintre. J'avoue que si j'avois fait ce voyage non pas dans ma première jeunesse, mais dans ma plus mûre jeunesse, j'aurois outre le
plaisir de la théorie en peinture, peut-être pu parvenir à de meilleurs yeux et à un peu plus de talent. Mes études nouvelles m'amuseront du moins pour le présent. Il est sûr que je ne vois et ne parle que d'arts de peinture, sculpture et antiquités. Nous n'avons dîné qu'à cinq heures avec M. Ménageot, qui a beaucoup étudié et qui a rassemblé des portefeuilles considérables. Après le souper, nous nous en sommes régalés jusqu'à minuit. Voilà notre vie! »
Et quand il fait trop mauvais ou trop froid pour courir la ville, Bergeret se met à dessiner sous Tœil bienveillant de Fragonard qui lui redresse d'un coup de crayon sûr une ligne hasardée, et toujours des pensionnaires de l'Académie pour entretenir le feu sacré :
A la date du 5 janvier 1774 : « Le froid nous empêche d'aller dans les galeries et dans les jardins... A trois heures, je me suis jetté dans le dessein et toutes sortes de choses curieuses qu'on m'aporte et avant sept heures nous avons dîné-soupé avec deux pensionnaires de l'Académie. En voilà pour notre soirée à feuilleter et parler peinture avec peintres et sculpteurs... » Et quelques jours après, avec une ardeur qui fait plaisir : « Toute ma matinée a été employée à dessiner comme un jeune homme. Quels moments heureux et tranquilles cela fait passer! »
Un côté amusant de cette existence de voyageur amateur à Rome, est cette avalanche de brocanteurs et de marchands qui avaient et ont encore l'habitude d'apporter les objets à domicile. Bergeret se défend et s'en tire à force de goût et de conseils :
H janvier : « Ma matinée s'est passée à voir les gravures en pierres et toutes sortes de pierres antiques et aussi quelques marbriers, qui sont d'une adresse singulière à tourner des
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vases de porphire dont la netteté de l'ouvrage est étonnante. »
« Il y a tons les matins, écrit-il un autre jour, grande audience de brocanteurs. Il s'agit devoir beaucoup et d'acheter peu, à quoy on est bien forcé, car il y a peu de choses tentantes, excepté les porphires et marbres rares, mais fort
chers La soirée s'est passée à voir un boisseau de pierres
et de bagues que l'on m'avoit confiées. Ce sont toutes pierres qui se trouvent tous les jours par les paysans dans la campagne d'un particulier. Elles sont gravées en creux et nous ont rendu avec la cire quelque chose de passable, mais cependant qui n'ont pas mérité de nous rendre curieux jusqu'à en savoir le prix. Cela nous a beaucoup amusé. Nous avions donné à dîner à M. Natoire et à Mademoiselle, et autres de l'Académie. »
Car en opulent voyageur qu'il est, Bergeret brûle de rendre les politesses qu'il reçoit et de tenir état de maison à la mode romaine. Pour débuter, il imagine de donner un concert dans le salon de l'Académie au Palais Mancini , que Natoire met obligeamment à sa disposition :
« Cela a fait une espèce de coirversatitm , mais coupée par l)eaucoup de musique, et, comme l'endroit est vaste, on est maître de s'éloigner ou de s'approcher de la musique. L'assemblée a été fort nombreuse avec rafraichissements et glaces dont M. Natoire a voulu faire les frais. Nous avions des voix claires qui vont faire les femmes dans les opéras qui commenceront incessamment et qui ont chanté des ariettes fort agréables. »
Mieux installé ensuite dans l'étage palazzo qu'il a loué, Bergeret ouvre ses salons et la foule des amateurs pensionnaires de l'Académie ou simplement les flâneurs de s'y bousculer. C'est une vraie conversation à la romaine : « J'y ai même des abbés, écrit-il, et il y a toujours desseins et portefeuilles qui ne laissent pas tarir la conversation. »
Et le 27 février : « A dix heures ma Conversation établie tous les dimanches, a lieu. Il paroît qu'on y prend goût, car de l'un à l'autre on se présente et on se fait présenter. Elle est fort nombreuse. Cela me fait plus d'honneur que ça ne vaut et me voilà au ton de tout le monde à l'exception que la mienne est beaucoup plus sans façon et assés amusante. On y voit beaucoup de choses curieuses. »
Nous nous figurons facilement l'aimable Frago se multipliant pour aider Bergeret à faire les honneurs de son salon, discutant le mérite d'un antique, la valeur d'un tableau, ou s'éloignant modestement quand on loue ce qu'il expose. Nous trouvons la mention de ces exhibitions à la date du dimanche G mars 1774, preuve qu'il ne restait pas inactif.
« Conversation à dix heures. Nous étions aujourd'hui vingtcinq. Elle est quelquefois un peu bruyante, étant composée de jeunes artistes dont la plupart ont beaucoup de talents. Je vois que chacun commence à se faire honneur d'y apporter quelques ouvrages. Si cela prend, ce sera un sallon qui nous fera plaisir. Nous y fournissons, rangé dans mon cabinet, ce que mon camarade de voyage, M. Fragonard, a fait dans la semaine, ainsy que M. Vincent pensionnaire du Roy, qui a un talent particulier et qui nous procure de quoy meubler notre petit sallon. Il s'y joint les petites emplettes de vases, porphire, granits, etc. »
C'est amusant de voir combien Bergeret se réjouit en son particulier de cette affluence d'artistes, combien il est fier de jouer au protecteur des arts. Son domicile est une sorte de succursale de l'Académie de France qui s'y rend en corps. Les artistes étrangers tiennent à honneur d'y venir, se trouvent mortifiés de ne pas être invités et se croient regardés comme sans talent s'il n'a parcouru leurs portefeuilles.
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Il faut entendre aussi le sceptique parisien racontant ses rencontres avec le pape et ses demi-génuflexions de condescendance :
(( Le soir après dîner, je me suis transporté à la porte Pie. Après avoir fait un tour, nous avons aperçu le pape. Nous