L.ES SOUVENIR
SA VIE ET SON OEUVRE
terre, l'heureux époux de la belle Emma, le même qui a publié et fait les frais des grands ouvrages sur les antiquités d'Herculanum ; concert chez Piccini « qui va aller à Paris. Ce sera une bonne acquisition. Gare la secousse à la musique françoise ! » Dîner-gala chez le prince de Francavilla, visite
ERUPTION DU ^IONTE-NUO^•0
D'après la gravure de Guttenberg.
au P. délia Torre, astronome, et tout le train des excursions à Baïa, Pouzzoles, Herculanum, etc.
Ce séjour, déjà traversé par la maladie du jeune Bergeret, retenu au lit par un rhumatisme, est attristé par cette inquiétante rumeur : le roi Louis XV a la petite-vérole. Il faut s'abstenir de spectacles, comme tous les bons français. On n'en a que plus de temps pour dessiner. Quelques jours après arrive « l'affreuse nouvelle de la mort du roy de France »,
et Bergeret de se pourvoir d'habits de deuil, et de renoncer absolument à tout divertissement. « Et voilà des jours de noir. Nos portefeuilles se trouveront augmentés de ce genre de vie un peu retraitte. »
Nous ne retiendrons de ce séjour à Naples, d'où Fragonard data beaucoup de dessins, que Tépisode de l'ascension du Vésuve. Nous avons vu celui qu'il exécuta par un moment de halte dans la journée du 23 avril 1774, alors que toute la caravane montée sur des ânes est pittoresquement groupée.
(( Nous sommes partis à neuf heures. Nous avions porté notre diné dans nos voitures jusqu'à Portici, et de là sur des mulets et ânes jusqu'au bas du Vésuve. Après avoir dîné chez Termite qui est au milieu, nous continuâmes notre route et nous sommes arrivés à notre destination en face de la lave qui couloit. Nous étions escortés chacun de deux hommes nous servant d'écuyers. C'est un feu d'artifice continuel et précis, l'effet de ce qu'on nomme la gerbe, excepté qu'il faut centupler cette idée. On voit à chaque gerbe des muids de pierres enflammées sauter en l'air et rouler tout en feu jusqu'au bas de la montagne. Quelques-uns de notre bande voulant se satisfaire, entreprirent de monter le long de ce fleuve de feu. Ils partirent bien gais et avec beaucoup d'ardeur, sans avoir égard à toutes nos remontrances... De notre poste nous les voyions grimper sur les mains et tâcher d'arriver au sommet, mais ils ne purent dépasser une certaine hauteur et revinrent une heure après, déchirés, sans souliers, effrayés de mille dangers et de l'eflroyable bruit qu'ils avoient entendu de près, de l'odeur de souffre dont ils avoient pensé être étoufles. Nous n'étions de retour chez nous à Naples qu'à minuit, bien contents d'avoir vu. J'étais avec un peintre