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CHAPITRE III

Peintures décoratives. — Plafond et dessus de portes pour l'hôtel de Bergeret. — Peintures pour le baron de Saint-Julien : La Main chaude, le Cheval fondu. — La Fête de Saint-Cloud. — Un hôtel à Paris en 1770. — Le Temple de Terpsichore et le Salon de la Guimard. — Son portrait. — Rupture de la Guimard avec Fragonard et récit de Grimm. — Trumeaux pour Louveciennes. — Mme Du Barry, Fragonard et Vien. — Les panneaux décoratifs de Grasse ou le Roman d'Amour de la Jeunesse. — Les Religions du Monde du château de Saint-Vincent.

Toutes les qualités requises pour faire un décorateur émérite, Fragonarcl les possédait. Pas de noir sur sa palette claire et gaie. Une nature vive le portant à l'exécution libre et rapide, à la chose enlevée au premier coup, ce qui est indispensable dans la fresque et le décor. Ne s'était-il pas écrié, rapporte Kenouvier, en un jour d'enthousiasme pour sa facilité : Je peindrais avec mon c...! Avec cela de l'imagination, le sentiment de l'harmonie et un vrai tempérament de coloriste.

Son stage dans les ateliers des Gobelins, sous la direction de Boucher, son goût pour Solimène et Tiepolo, les études qu'il avait faites devant leurs ouvrages, avaient assoupli son talent et agrandi sa manière. Colorées comme des esquisses de Rubens, ses peintures décoratives ont souvent aussi des fraîcheurs de fresque et la gamme de leurs nuances délicates se marie bien avec les claires boiseries qui doivent les encadrer. Elles sont, dans leur libre allure, la gaieté des salons de la finance et des femmes à la mode. Sa tendance à se contenter vite aurait pu avoir de graves défauts pour un peintre moins spirituel, mais la fraîcheur de ses tons et la fougue de son exécution rendent adorable cette apparente négligence.

D'ailleurs ses premiers travaux ne portent pas trace de sa tendance à l'inachevé. Ils sont au contraire très soignés, très faits, et la remarque est surtout sensible pour son œuvre la plus importante, les panneaux de Grasse. Cette conscience dut présider aux travaux décoratifs commandés par Bergeret de Grandcour, les premiers, croyons-nous, qu'il ait eus à faire en ce genre.

Parmi les amateurs qui remployèrent, c'est celui qui tient le plus de place dans la vie de l'artiste devenu son commensal et son ami. Bergeret, allié par sa femme à la famille des financiers Paris, était receveur de la généralité de Montauban, et trésorier général de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis dont il était commandeur. Un manuscrit inédit1, contenant des notices sur les fermiers du temps, le représente comme « un bon travailleur, assez sérieux, aisé à vivre, fort rangé, très honnête homme, nullement fier, et chargé d'une nombreuse

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