‹ Honoré FragonardChapitre 26 sur 45 · L'ESCALADE OU LE RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

L'ESCALADE OU LE RENDEZ-VOUS

SA VIE ET SON OEUVRE. 89

Galathée peut-être. Une jupe d'un rose délicat soutient la robe à paniers bleu tendre recouverte d'une fine dentelle que parsèment des bouquets de roses. Coiffée d'un coquet chapeau, elle sourit au public. Elle n'est point jolie avec ses traits chiffonnés de femme maigre, mais elle est pire : c'est la beauté du diable. Et l'amusant détail, bien du temps : l'Amour tapi dans l'herbe la vise au pied d'une flèche, indiquant par là que ce pied qui fait tant de victimes peut aussi être blessé par l'amour.

Tout est tendre, tout est clair dans cette peinture, sans une note triste, sans une ombre, rien que de gais reflets bleus. Une vraie peinture d'Opéra, factice, harmonieuse et idéalement légère.

De quel ton transparent devait être un salon commencé dans une telle gamme? Nous, avons pu le constater dans une élégante demeure parisienne1, devant de charmants panneaux peints provenant de la démolition de l'hôtel de la Guimard. Sur des tons vert d'eau et crème, ce ne sont que trépieds, que buires, que fines guirlandes, qu'arabesques ténues dans le genre propre à Salembier, le tout supportant des médaillons en camaïeu représentant des jeux de Satyres et d'Amours. Au-dessus se jouent, dans des poses abandonnées, les corps charmants de nymphes peu vêtues, dont les carnations et les tètes rappellent en effet les types aimés de l'artiste. Ils passent pour avoir fait partie du salon même dont les boiseries furent vendues après la mort du banquier Perrégaux.

D'autres panneaux d'une ornementation analogue, ceux de Mme Denain, pourraient bien avoir la même provenance,

l. — Le salon de Mme Abel Laurent.

Page 1