LES RELIGIONS DU MONDE
SA VIE ET SON OEUVRE
tradition constante conservée dans le pays, attiré chez lui le philosophe. Voltaire aurait même fait trois fois le voyage, et ce serait pendant ses séjours que furent arrêtés dans leurs moindres détails , d'accord avec le propriétaire , les sujets curieux destinés à orner les murs de son cabinet de travail.
Nous devons l'indication de cette œuvre, à coup sûr l'une des plus originales deFragonard, à la gracieuseté de S. A. R. le duc d'Aumale, à qui elle fut proposée. C'est une suite de quatre panneaux assez étroits de lm,62 de hauteur sur 70 centimètres de largeur. Une rare élégance dans la partie décorative s'unit à Fétrangeté de sujets si peu familiers au peintre, mais bien placés dans le cabinet d'un philosophe de l'école de d'Alembert et des encyclopédistes. Le scepticisme du xvme siècle s'y révèle par la représentation figurée sans préférence aucune des religions des quatre parties du monde, encadrées dans des ornements du plus pur style Louis XVI; la Religion Chrétienne ou papale, la Religion Asiatique ou du Grand Lama, la Religion d 'Afrique ou de Mahomet et celle d'Amérique ou des Incas.
Dans la première, le Pape est porté sur la sedia, par un jésuite et un dominicain. A ses pieds, les peuples agenouillés, motif principal soutenu par deux figures accroupies d'homme et de femme personnifiant vaincues, l'Impiété et la Luxure. Un médaillon suspendu à des guirlandes de fleurs finement peintes et un bas-relief en soubassement figurant des scènes de martyrisation, complètent ce panneau harmonieusement exécuté sur un fond d'un gris délicat.
s'éteignit sans postérité en 1793. Quelques années auparavant, il avait marié sa nièce à Nompère de Champagny, créé sous l'Empire duc de Cadore. Il paraît que le prince de Rospigliosi, son gendre, trouvant certains détails trop réalistes, (it enlever du château de Saint-Vincent et vendre ces panneaux qui appartenaient dans ces dernières années à M. Vallas, à Roanne.
La Religion Asiatique est plus particulièrement représentée par le Grand Lama, la figure contractée sur sa chaise percée, essayant de donner matière à la dévotion des Thibétains qui l'entourent. Dans le médaillon , une indienne se précipite dans le bûcher qui consume les restes de son mari. Figures allégoriques en cariatides et bas-reliefs comme dans les autres.
Le panneau de la Religion Africaine a été personnifié par le sultan d'Egypte ou du Maroc sur son dromadaire, escorté des ulémas portant le Coran. La sultane à genoux, figure là pour représenter l'asservissement de la femme. Au sommet, un beau jeune homme montre aux fervents le paradis de Mahomet, pendant qu'au bas un nègre asperge gravement de son urine les têtes recueillies de ses fidèles; lè tout enveloppé de palmiers reliés par de légères draperies bleues.
Enfin dans la Religion du Nouveau-Monde, le peintre s'est attaché à reproduire les sacrifices humains des Incas ou des peuplades du Pérou, un grand-prêtre arrachant un cœur palpitant, les adorateurs de la lumière, une scène de castration et des figures accroupies analogues aux sujets.
Nous n'hésitons pas à donner à Fragonard ces curieuses peintures. On y reconnaît sa touche, son esprit, sa couleur et certains airs de tête. Les sujets sont très cherchés dans leur ingéniosité, et il faut qu'on ait absolument précisé les détails, pour lui avoir fait employer son talent à des sujets si spéciaux.
Notons encore comme peintures décoratives, des groupes d'Amours endormis et d'Amours joueurs, propriété de sir Richard Wallace. Ce ne sont, il est vrai, que de simples dessus de porte, mais très terminés et dans la manière de Boucher. On
SA VIE ET SON OEUVRE
cite aussi des panneaux décoratifs de Fragonard dans la maison qui appartenait à Denon à Chalon-sur-Saône, chez le prince de Polignac, au South-Kensington à Londres, et ailleurs, mais ce ne sont que des attributions.
ÉRUPTION DU VÉSUVE D'après la gravure de A. de Saint-Aubin.