‹ Horace et l'empereur Auguste ou observations qui peuvent servir de complement aux commentaires sur Horace; Par Eusebe SalverteChapitre 2 sur 6 · MP · texte numérisé non relu

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premier poète élégiaque de Rome. Boileau n’eût pas invité Racine à s’efforcer de surpasser Pradon ou Linicrc. Horace estimait donc le talent de Cassius; s’il le diffama , ce fut pour satisfaire les ressentimens personnels d’Octave. L’usurpateur , en effet , n’avait pas seulement h venger la mort de César ; tandis que ses flatteurs lui fabriquaient une généalogie patricienne qui remontait aux jours de Tarqnin l’Ancien , Cassius de Parme * , avec plus de vérité peut-être », lui donnait pour aïeul un obscur changeur , marié a la fille d’un boulanger.

' Sur ton. Caes. August. §. 4-

’ Cette opinion avait probablement subsisté. Les écrivains ipii ont ajouté des fables ridicules à la vie de Virgile , font dire au poète qu'il croit Octave fds d'un boulanger. Auguste , dans ses propres Mémoires, disait seulement qu'il était né d’une famille équestre , dans laquelle son père avait le premier introduit la dignité sénatoriale. {Suetnn. in August. §. 2.) \u milieu des troubles et de la corruption générale , il n’avait pas dû être difficile à un changeur enrichi d’acheter pour lui-même l'anneau de chevalier, et de préparer à son fils l'entrée du sénat.

Cet exemple semble prouver ‘que , parmi les noms flétris dans les vers d’Horace, un lecteur instruit des anecdotes contemporaines découvrirait plusieurs personnages qui n’avaient pas mérité ses outrages.

Après avoir purgé le sénat d’une foule de misérables que César et lui y avaient fait entrer , Octave , pour recomposer cette compagnie , ordonne que chaque sénateur se choisisse un collègue. Antistius Labéo désigne M. Lépidus, ennemi connu d’Octave , et alors encore exilé par ses ordres: et quand l’usurpateur lui demande s’il ne connaît pas de sujet plus digne , il répond que chacun choisit et juge d’après sa conscience Ce Labco , que Tacite peint des plus nobles couleurs a , n’est-il pas le même que cite Horace comme un modèle de démence * * 3 ? Horace avait

f S ueton. Caes. Augusf. §. 54-

a Tacit. Annal, lib. III. cap. 75.

3 n Labcone insanior. ; . . . . (Horat. Sermon, lib. t.

satyr. ut. vers. 82.)

HORACE

raison ; aux yeux d’un courtisan , celui-lh est un insensé qui, à des talens supérieurs, joint une ame incorruptible.

Mais il est superflu de chercher plus long-tcms à démasquer le poète servile quand, sur quelques détails , il suit ou prévient les ordres de ses protecteurs. Voyons le grand écrivain s’associant, en mal comme en bien , aux conceptions de l’homme d’état, et soutenant par les ressources du génie les manœuvres de la politique.

k Que n’ oses-tu m’attaquer 1 ? » Dans une ode remplie d’invectives , Horace adresse ce singulier reproche h l’orateur Cassius Sévérus.

Puisque Horace n’apoint d'injures personnelles a venger, nous sommes en droit de penser que sou ode est un ouvrage décommandé; et d’autant plus que le poète l’a exclue des recueils publiés par lui-méme.

■ Horat. Od. lîb. V. od. vi. vers. 3-4.

et l’empereur auguste. 6i

Ici toutefois Tacite 1 * et Bayle a semblent absoudre Horace : ils se réunissent pour faire de Cassius Sévérus un portrait hideux.

Accusateur acharné , mais toujours aveugle ou partial , Cassius voyait si souvent absoudre ceux qu’il poursuivait juridiquement, que cette habitude fournit a Auguste l’occasion de dire un calembour^ 3 , qualifié de bon mot parce qu’il était de l’empereur. Aussi enclin h la médisance qu’à la délation , il reçut sous Auguste la peine due à des satyres remplies de personnalités offensantes ; et de nouveaux libelles firent aggraver sa punition sous le règne de Tibère.... Horace se trouve ainsi être le défenseur de la morale, le vengeur des victimes que Cassius immolait k sa perversité.

Mais quel nom méritent et l’ode même où Ho-

1 Tacit. Annal, lib. IV. cap. ai.

* Bayle. Dictionnaire.... art. Cassius Sévérus.

1 Absolvere signifie en latin absoudre et achever. Auguste , impatient de ne pas voir finir 1a construction d’un forum , dit qu’il voudrait que Cassins Sévérus accusât son forum , sûr de le voir bientôt absolutum , achevé.

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race le diffame, et les odes contre Menas et contre Mævius , et une diatribe très-mordante 1 qui se

trouve dans les Catalecta , poésies fugitives attri-

buées a Virgile? Ce sont des satyres personnelles, d’une violence que ne tolérerait aujourd’hui aucun gouvernement. Elles n’excitèrent pourtant

pas la sévérité d’Auguste. Si Cassius en ressentit

les coups , ses médisances ne furent que le prétexte de sou infortune 2 : cherchons-en les véritables causes.

i°. Quand on parle d’un homme qui se plaît k accuser , nous pensons d’abord aux délateurs infâmes pour qui l’accusation contre tout ce qui (•tait vertueux devenait, près des empereurs, un titre d’honneur et d’avancement. A ceux-lk s’ap-

' Elle commence par ce vers :

« Jaccrc me quod alta non possim putas , etc. »

Virgile a consigné le nom «le sa victime en y ajoutant une épithète infâme : Cinucde Lucî, nornen adscribo tuum.

a Ainsi V obscénité des vers d’Ovide fut le prétexte de sa disgrâce, quand Horace et Auguste hti-mème avaient fait des vers mille fois plus obscènes.

et l’empereur auguste. 63

plique ce qu’a dit Quintilien , qu’il y a peu de différence entre un accusateur de profession et un assassin. Mais rien de moins exact que de transposer cette idée d’un demi-siècle seulement. Voilà ce que n’a point aperçu le judicieux Bayle , trop occupé de flétrir les délateurs qui tourmentaient son existence ; et l’on est tenté d’adresser un semblable reproche à Tacite, trop frappé luimême des forfaits que venaient de commettre sous ses yeux les délateurs soudoyés par Domitien.

Sous la république romaine , comme dans les républiques grecques, l’accusation était un droit et un devoir pour chaque citoyen. La loi n’en déléguait point les fonctions à un magistrat qui , chargé exclusivement de la vindicte publique , aurait pu , par ses poursuites, inquiéter les plus innocens , et absoudre les plus coupables par son silence. L’accusation était un acte de courage et de patriotisme. Une accusation juste et bien soutenue , en annonçant au peuple un défenseur de ses intérêts privés , facilitait l’entrée dans la carrière où l’on serait chargé des intérêts publics.

64 HOftÀCË

Tout changea avec la nature du gouvernement...,

. fi

Cassius ne s’en était pas aperçu. Puisque l’absolution était assurée h tous les hommes qu'il accusait, il est clair qu’il ne s’attaquait point à des ennemis du nouvel ordre de choses; que trop plein au contraire des anciennes idées, il poursuivait , sous un despote , les prévarications des protégés de la cour ; comme si les lois n’avaient pas cessé d'étre égides pour tous, comme si l’impunité arbitraire n’était pas l’attribut des fonctionnaires et des amis d’un despote.

C. Nonius Asprénas est accusé d’empoisonnement : cent six personnes ont péri après avoir goûté d’un mets servi sur sa table * *. A c prénas est , intimement lié avec Auguste a . L’empereur con-

« Pljn. IJist. nat. lib. XXXV. cap. 12 . On peut croire que Nonius avait cherché à immoler un moins grand nombre de victimes : le hasard fit le reste.

* « Arctins ei junctus.... » ( Sud on. in August. §. 56.) Le fils de ce digne ami étant tombé de cheval dans des jeux équestres célébrés par Auguste, reçut de celui-ci un collier d’or y l’une des récompenses les plus distinguées de la valeur

et l’empereur AUGUSTE. 65'

‘suite le sénat sur la conduite qu’il doit tenir; s’il se présente au tribunal , il enlève l’accusé aux lois; s’il s’en absente ÿ il manque k l’amitié et

semble d’avance condamner son ami; de l’avis

unanime des sénateurs , il assiste au procès pendant plusieurs heures, mais il garde le silencë Sa présence en disait assez aux juges. Cassius Séverus était l’accusateur d’Asprénas ; et dès son exorde', il avait indiscrètement laissé percer la joie qu’il- éprouvait de voir traduit en justice un homme si coupable 9 : il ne fallait pas beaucoup d’accusations pareilles pour lui mériter la

militaire , et le droit de prendre et de transmettre à ses des-

cendans le surnom de Torqnatus. ( Sueton. ibid. §. 43 . )

* Sueton. ibid . §. 56. — Dans un procès d’adultère, Mae-

cénas et Apulius , défenseurs de l’accusé , recevaient leur part des reproches dus à leur client; Auguste parut au tribunal pour interdire à l’accusateur d’insulter ses amis.... Ne amicis propi nquisoe suis conoiciumfaceret. (JDiun. Cass . — Xi * j

phi/in. in Augusi. )

* Qcintilian. lib. XI. cap. i.

haine de l’empereur et des courtisans Horace

vengeait les courtisans et l’empereur.

Mais Auguste ne s’arrêtait point a de futiles ressentimens. Il sentait que , sous le despotisme , l’accusation doit être dans la main du chef et faire de la justice pénale l’arme de la politique. Déjà , et j’en ai pour preuve la foule des délateurs qui sc précipitèrent sur Cornélius Gallus , lorsque l’empereur lui-même n’osait encore l’accuser que d 'ingratitude et de malveillant e ‘ ; déjà il foudail le système qui se développa d’une manière si horrible sous Tibère et ses successeurs, le système de confier exclusivement les accusations à des hommes dévoués qui ne s’inquiétassent point de la réalité des faits, mais de la volonté du prince. Cassius donnait un exemple diamétralement opposé : il fallait empêcher qu’il ne trouvât des imitateurs. Ses accusations, quoique repoussées par les tribunaux , n’avaient pourtant pas attiré sur lui la peine prononcée par la loi contre les

' Surton. in AugusL §. 66 .

çt l’empereub auguste. 67 Calomniateurs. On chercha pour le perdre un autre prétexte. Il le fournit par la véhémence des invectives que lui dictait sa haine 1 contre des scélérats puissans. Ses écrits furent traités de libelles éminemment punissables En l’attaquant

sous ce rapport, Horace avait préparé l’opinion h approuver la barbarie dont il fut victime.

a°. Un second motif appela sur Cassius la cruauté politique d’Auguste et de Tibère.

Rien n’effraie les tyrans comme l’existence d’une histoire tracée avec quelque apparence de liberté. Auguste 2 fit brûler les ouvrages historiques de Labiénus, entachés sans doute de ce grave défaut. Cassius Séverus s’écria qu’il fallait donc le brûler lui-même, car il les savait par coeur.

■ Immodicus inimjcitiis, (TaCIT. Annal, lib. IV. cap. ai.) Dans la position de Cassius , je trouve l'explication du reproche que lui adresse l’auteur du dialogue de cousis corrupiae eloefuentiae ; cet état d' opposition cl de danger coutinuel dut imprimer i son éloquence un caractère de vivacité et d’amertume jusqu’alors inconnu.

’ SENEC. Controvers. lib. V. Prae/at.

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Cassias aussi avait écrit l’histoire *, et avec la liberté qui le caractérisait, puisque ses ouvrages furent, coutme ceux de Labiénus, condamnés par le sénat. C’en était assez pour attirer sur lui les rigueurs d’Auguste ; et notls observerons que l’époque où Tibère ajouta à son exil de nouvelles rigueurs , précéda de peu de tems la condamna- * lion de l’historien Crémutius Cocdus , et la suppression Se ses ouvrages.

Dans les instans trop courts où Caligula se montra le fils de Gcrmanicus, il permit de tirer de l’oubli , de publier de nouveau et de lire pàrtout les livres de Cassius Sévérus, de Labiénus et de Crcmntius Cordus, disant qu’il lui importait infiniment à lui-même que tous les faits historiques sans distinction fussent transmis fidèlement à la postérité®. Il suit de là que Caligula ne

■ TerTULUAE. Apologetic.

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* « TM Labié ni , Cordi Cremutii, Cassii Severi scripta ,

» senatuscansullis abolita, requiri et esse in manibus , lectùa-

r iri'ui e.> ’.t VT. ->t, ,.«ït ■•#».

n rique permisit : quando maxime sua interessel ut facta quae- » que posteris tradantur, » — Sueton. in C. Caes. Calig. §, 16.

et l’empereur auguste. 69

professait pas alors la doctrine que l’histoire doit être partiale , et que les livres de Cassius ne contenaient que des faits exacts, quoique désagréables aux amis de pouvoir arbitraire.

L'oppression de Cassius et des autres historiens, fut l’effet d’un système combiné d 1 avance : on n’en doutera pas , si on remarque , plus qu’on ne l’a peut-être fait jusqu’ici ,-que nous n’avons pas un seul récit historique du règne d’Octave rédigé par un contemporain. Les écrits de ce genre durent pourtant être nombreux : leur perte totale ^. s ne peut être attribuée au hasard.

* Marcia, fille de Crémutius, avait sauvé du bûcher les livres historiques de son père : « Vous » avez, lui dit Sénèque 1 , rendu le plus grand » service aux lettres romaines; la plupart de » leurs monumens avaient été consumés par les

« flammes » Les incendies de livres histo-

riques ne sont pas toujours fortuits.

« Le siècle d’Auguste r dit Tacite, ne manqua

* SJEKEC. , Consolât, ad Marciam. cap. 1 .

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» pas d’historiens habiles, jnsqu’hee que le pro- » grès de l'adulation les fit disparaître »

Suétone nous apprend que Claude , dans sa jeunesse , s’exerça a écrire l’histoire. « 11 avait » commence sou récit après la mort du dictateur ; » mais sur les réprimandes fréquentes de sa mère » Antonia et de Livie, son aïeule, il passa à une » époque plus récente , celle qui vit finir les » guerres civiles; sentant bien qu’il ne lui serait » pas permis de retracer les événemens antc- » rieurs en homme libre cl véridique *■. »

Octave ordonna aux magistrats d’empccher que les rhéteurs ne prissent le récit de ses actions pour sujet de leurs compositions banales A Eu

■ « Trmporibus Augusli dierndis non dejuere décora ingénia,

1 1 douée gliscente adulatione detererentur. ». (Tacit. Annal. lit). 1. cap. i.)

’ » Initium liaient bisloriae sumpsit posl caedem Caesaris » die talons; sed et teansiil ad inferiora tempora, coepit que a » paee civiii , i/uum sentiret neque libéré neque vere sibi de su-.

•jHT A- * - tt

m perioribus tradendi potestatem relie la ni , carre plus saepe et a. u matre et ab aeia. » ( Sucton , in Claifd . 4 1 -)

3 Sue ton, in August. §. &<j.

ET L’EMPEREUR AUGUSTE. Jl

rappelant qu* Alexandre interdit aux artistes vulgaires le droit de retracer sa figure , Horace fait une allusion flatteuse à cette prohibition , qu'il aurait voulu même qu on étendit aux poètes 1 ; sans pousser le zèle si loin , on sent , que dans la pratique , elle équivalait à une véritable censure des compositions historiques.

Asinins Pollio renferma en dix-sept livres 1 l’histoire des guerres civiles, depuis le consulat de Métellus et le passage du Rubicon ; il y rendit une éclatante justice à la mémoire de Cassius et de Brutus 3 . Horace lui adresse une ode 4 où il

* . « bello specLata domique

» Yirtus indigno non committencla poetae. »

(Horat. Epist. lib. H. epbt. i. ver». a3o-a3i.)

* Suidas, verb. Asinnios.

3 Tacit. Annal, lib. IV. cap. 34-

* Horat. Od. fib. II. od. i. — Galiani n'admet pas qu’ Horace eut l'intention qu’on lui suppose communément ; il ne connaissait pas , dit-il, l'histoire de Pollion, qui ne s'en occupa que dans sa vieillesse. D'où le sait- il P dix-sept livres d’histoire ont dû occuper long-tems un écrivain qui menait

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exalte son talent, où il resserre et reproduit en beaux vers les plus brillantes images des üragmens que l'historien lui avait communiqués; et, h la faveur de cette précaution oratoire , il lui fait sentir délicatement tous les dangers de son entreprise , et il l'engage h retourner h la muse de la tragédie. Mæccnas eut le projet d’écrire l’histoire d’Auguste : loin de l’en dissuader , son ami le presse de remplir cette tâche *; elle n’avait pas de dangers pour lui. Ailleurs, il la propose aux jeimes Romains que l’aihbition avait conduits en Asie sur les pas de Tibère *■ : pour plaire h un despote; l’histoire doit être écrite par ses favoris, ou par les ambitieux qui attendent de lui seul leur avancement.

de front d'autres travaux. Galiani ajoute que, sous Auguste , il n’y avait aucun danger à écrire librement l’histoire : je lui réponds par le passage de Tacite , et les exemples de Labiénus , de Cassius Sérérus et de Claude.

' Horat. OtL lib. 11 . od. xn. vers. 9-13.

* Epiu. lib. L.episL ni. vers. 7.

« Troupeau tremblant, propriété des rois, le » peuple est soumis h leur empire , comme les » rois même a l’empire de la divinité *. » Voilà quel principe , loin d’un vulgaire profane, en des chants non encore entendus, le pontife des muses révèle à l’espoir de la patrie , aux vierges , aux jeunes gens qu’assemble autour de lui la plus auguste des cérémonies religieuses a .

11 est difficile d’exprimer avec plus de force la doctrine de Y obéissance passive , celle dont Auguste , d’accord avec son poète , voulut sans

1 « Regain tremendorum in propno, greges ,

» Reges in ipso» imperium est Jovis. »

(Horat. Od. lib. III. od. i. ver». 5.-6.)

* Horat. Od. lib. III. od. i. vers. I~4- — On s’accorde à voir, dans ces quatre vers , comme dans les quatre dernières strophes de l’ode vi du livre IV, une allusion aux leçons que recevaient d’Horace les jeunes patriciens des deux sexes destinés à exécuter son poème dans la solennité des jeux séruiaim.

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doute faire la base de l’éducation nationale. Y par* vint-il ? Qu’on en juge par la servilité des Romains qu’il légua à son successeur , et par l’empressement avec lequel ils s’écriaient au pied du trône: Sujets, nous ne pouvons prétendre h d’autre gloire que celle de l’obéissance

Mais c’était peu de préparer la docilité de l’a* venir : il fallait régner sur le présent; et comment y réussir si l’on n’effaçait , si l’on ne rendait impuissantes les traditions et les habitudes du passé ?

Dans un état libre , l’intérêt de tous est l’intérêt de chacun : il ne se passe point un événement public qu’il n’attire l’attention de tous les particuliers. On en attend les nouvelles et les détails avec aYixiété; on le discute, on le juge , on cherche à en prévoir, h en diriger, à en prévenir les conséquences. De telles dispositions gênent une autorité despotique qui se croit atta-

‘ « ,\o//is obsrtfuii gloria reli( ta est. » ( T SCIT. Annal. Ul>. VI. cap. 8.)

et l!empereur AUGUSTE. 75

quée par la moindre improbation. Elle s’ accommode mieux d’une insouciance générale , qui ne laisse aux nouvelles politiques qu’un intérêt de curiosité; intérêt borné, vague, éphémère, facile à tourner en ridicule. -, . , •»

Que signifient, dans Horace, ces invitations répétées k perdre de vue toutes les affaires publiques , toutes les inquiétudes que peuvent donner les mouvemens des nations étrangères , et k ne s’occuper que du viü, de l'amour et des plaisirs? L’opinion, k cet égard, était si peu équi-

voque , que même dans l’ode neuvième du livre premier, où nous n’apercevons pas un mot de politique , les commentateurs affirment qu’Horace s’est proposé pour but de détourner les jeunes nobles de s’occuper de la république , en les entraînant dans la pratique d’un épicuréisme voluptueux *.

Cette explication , qui convient si évidemment

* « floratius udulesientes nubiles , sub Jicto Thaliarchi » nominr, a cagilatiane rri public ae ad Epicuream viUra allicit. h

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