‹ Horace et l'empereur Auguste ou observations qui peuvent servir de complement aux commentaires sur Horace; Par Eusebe SalverteChapitre 3 sur 6 · HORACE · texte numérisé non relu

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à l’ode onzième du second livre , et à dix autres passages non moins positifs, Galiani la rejette >: il ne voit dans tout cela que l’expression de l’ennui qu’éprouve, en entendant parler de nouvelles politiques , un employé aux affaires étrangères. Nous avons d'avance repoussé sa bizarre hypothèse. Mais, dit-il, <r Horace eût été impar- » donnable d’exhorter les autres et soi-même à » ne pas se soucier de ce qui devait faire l’occuj> palion de tout bon citoyen. » Oui, certes! et c’ est pourtant ce qu’Horacê ne cessait de faire , afin de servir Auguste. En d’autres pays , et en vers moins bons que ceux d’Horace , la meme doctrine a été publiquement prêchée , toutes les fois qu’on a voulu tenir une nation dans cette imbécillité et cette insouciance si commodes pour l’exercice du pouvoir arbitraire.

a°. Pour se frayer le chemin du trône , César

1 Gaijasi, Commentaire sur les odes ix et xxvi (xxm de la traduction) , du livre I , et sur l’ode xi ( x de la traduction), du livre II.

avait flatté le peuple , ou plutôt U avait opposé k l’oligarchie l’ambition démagogique. Rien n’est plus urgent à la guerre que de Rompre derrière soi le pont dont on s’est servi pour franchir un , passage difficile. Octave le sentit, et combina de loin les mesures propres à plonger le peuple dans une absolue nullité ; mais il se proposa d’avancer graduellement et avec une prudente lenteur.

Quoique rendu presque insignifiant par les modifications qu’y* avait apportées l’autorité des triumvirs, le droit d’élection était resté au peuple: Auguste, qu’il fatiguait, laissa pourtant k son successeur la tâche de l’abolir. Ce droit remontait à la naissance de la république ; il tenait h l’essence de la constitution; aux jours de l’oligarchie, les patriciens les plus fougueux n’avaient pas Osé y porter atteinte : avant de le renverser , il était indispensable de le décrier comme contraire à la raison, et toujours inutile et dangereux.

Horace l’attaquera donc; mais ce ne sera pas d’abord avec son habileté ordinaire. Un père, au

lit de la mort , révèle k ses deux fils , l’un prodigue , l’autre avare , qu’il a démêlé de bonne

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heure leurs caractères , et il leur défend d’auj»mcnter ou de diminuer un patrimoine qui sulTit à leurs besoins '. Puis soudain il donne sa malédiction h celui de ses fils qui , captant par des largesses les suffrages du peuple, deviendra édile ou préteur, et cherchera h obtenu’ dans le cirque les mêmes applaudissemcns qu’Agrippa. C’était là une allusion honorable à la brillante édilité d’ Agrippa a ; elle flattait Octave dans la personne de son favori : mais était-elle à sa place ? La défense de rechercher les charges publiques et de lutter de célébrité avec le gendre d’Auguste, est commune aux deux fils : elle ne peut concerner que le fils prodigue. Ce défaut de liaison trahit , ce me semble , l’ordre qu’a reçu le poète d’insinuer qu’il n’y a qu’une certaine classe d’hommes, rapprochés du prince et désignés par son choix , qui doivent prétendre aux charges de l’état.

Oaus un autre satyre , Horace peint la multi-

’ Horat. Sermon, lib. II. utyr.UI. vers. i 68- 186. ' An de Rome

tude comme plus frappée de F éclat du nom que

de celui du mérite ; plus disposée à élever au

consulat un patricien sans talens qu’un plébéien

habile; un Laeyinus plutôt qu’un Décius 1 Un

tel reproche étonne : Auguste ne cherchait-il pas dès-lors a transporter aux nobles les droits du peuple ? Mais il faut se reporter au moment où écrivait Horace. Les troubles qui avaient accompagné l’élection de Lullius et de Lépidus au consulat; l’élection d’Égnatius h l’édilitc, et la prétention qu’il affichait d’arriver au consulat sans intervalle , par la faveur du peuple et malgré

la résistance du gouverneur qu’Auguste avait ■

laissé à Rome ; tout prouvait que le peuple , se méprenant encore sur sa position, croyait avoir

conservé une existence politique , et pouvoir

exercer ses anciens droits , ou du moins ce qu’on

avait feint de lui en laisser. L 'opinion „ non moins que les mesures de rigueur, devait combattre

cette résurrection inattendue. Horace vient de sup-

* Horat. Sermon, lib. I. satyr. VI. ver». 16-21,

So HORACE

poser le peuple toujours aveugle ou insensé dausses choix. Ailleurs il jettera du ridicule sur la tourbe des volages Romains 1 , et sur le prix attaché aux honneurs qu’on avait jusqu’alors obtenus de leurs suffrages. Enfin , il peindra la vertu qui a , « placée » au-dessus d’un refus humiliant , ne prend pas » les faisceaux et ne les dépose point au gré du

a souille de la faveur populaire » Image très-

belle en elle-même, mais susceptible d’un double seus inouïs louable , alors que l’élection aux charges supérieures passait de fait, des mains du peuple , aux mains de l’usurpateur.

L’odk que je viens de citer eut été chantée h Athènes ; elle eut été louée h Sparte. Les vertus

« Hune, si mobiliumturba Qu tritium » Ccrtat tergemini* tollerc bonoribus ».

( Od. !ib. I. od. I. vers. 7-8. )

** Virtus repuUae nc&cia sordidae , etc. »

( Od. lik. III. od. II. ver*. 17-10»)

Jv 1

\rnfc :

et l’empereur auguste. 8l

les plus mâles , l’éducation la plus austère ; voilà ce que l’auteur, en vers sublimes, recommande à ses concitoyens. Mais quel contraste avec le ton de ses autres poésies , avec ses mœurs , avec les mœurs de Mæcénas et celles d’Auguste !

Malgré l’étendue de ses lumières et la finesse de son jugement, Auguste croyait possible d’allier, à la docilité de l’esclavage , les vertus de la liberté. Il aurait voulu dans les conseils , dans les magistratures , dans l’armée , des disciples de Fabricius et de Régulus , pourvu qu’un mot de sa bouche les rendit aussi souples que Mæcénas, aussi dévoués qu’A grippa , aussi flatteurs que Virgile , aussi insoucians qu’Horace. Son erreur est de tous les tems : des gens d’esprit qui n’avaient pas le pouvoir d'Auguste , et des gens puissans qui n’avaient pas son esprit, ont poussé plus loin que lui , dans les préceptes moraux et dans les codes de lois, l’absurdité de cette prétention contradictoire.

Les maux du présent et l’effroi de l’avenir concouraient à diminuer le nombre des unions conjugales. Tous étaient éloignés du mariage ; le

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pauvre, par la perspective d’une indigence incurable ; le riche , par l’aurait d’une opulence énorme et des complaisances serviles dont l’avide espérance de ses légataires futurs environnerait sa vieillesse. Le despote se persuade que. , pour remettre en honneur le ctilte de l’hy menée, il lui

suflit de rendre une loi 1 Et le célibataire

Horace se hâte d’appeler la faveur des dieux sur les bons cflets de la loi, qui ne peut manquer d’enrichir Rome d’une foule de nouveaux citoyens * *.

Au milieu des troubles civils , des combats et des incendies , les temples avaient été renversés , leurs débris jonchaient la terre; Horace 5 menace de la vengeance céleste et la génération présente et celles qui doivent la suivre , jusqu’il ce que les

• La loi Julia, an de Rome 734 , >8 ans avant J.-C.

* Carm. Saecular. vers. 17-20. — Vingt-six ans plus tard, Auguste porte contre le célibat une loi plus sévère , ce qui prouve l'impuissance de la première ; cette loi est appelée Pappiit Poppaea des noms des deux consuls qui la promul-

guent , l'un et l'autre c.élihataires.

1 Hohat. Oit. lib. III. od. VI.

temples rétablis voient les statues des dieux replacées sur leurs bases et rendues à leurs anciens honneurs. Dans le long oubli de ce devoir pieux , il signale la cause de tous les revers guerriers, et le principe d’une dépravation toujours croissante. U revient à la charge sur ce point 1 , dans une satyre que nous avons déjà notée comme un ouvrage de commande L’épicurien Horace , l’au-

teur d’ouvrages où sont voués au ridicule les dieux du polythéisme et leurs superstitieux adorateurs a ; l’auteur d’invitations répétées h sacrifier au culte du plaisir toutes les sollicitudes du patriotisme ; l’auteur de tant de vers licencieux , bien plus propres à corrompre les mœurs , que la réédification d’un temple ne l'était à les épurer! Auguste , de son côté , engageait ou contraignait les grands propriétaires h rétablir les temples détruits. Par-là , il fomentait la superstition, l’alliée

« te divite, quare

» Tcmpla ruunt antiqna deûm ? »

(Sermon, lib. II. sat. n. vers. io3>iof.)

* Od. lîb. I. od. xxxiv. — Sermon, lib. I. sat. VIH. etc.

naturelle de la tyrannie ; il empêchait les riches d’employer contre lui leur opulence ; il diminuait assez leurs richesses pour les rendre dépendans du chef de l’e’tat.

En voyant le poète suivre de si près , dans ses compositions , ce que l’histoire nous apprend des intentions et des décrets d’Auguste, il n’est plus possible de regarder comme fortuite une telle conformité , ou de douter que le poète , toujours inspiré par les muses , ne le fût souvent aussi par son empereur.

Cest sous ce point de vue que l’on doit examiner deux odes dirigées contre le projet de transporter dans l’ancienne capitale de la Phrygie , le siège de l’empire : suivant les commentateurs , elles combattaient un dessein forme par Auguste; suivant moi, Auguste lés avait dictées.

Auguste était superstitieux; presque tous les tyrans le sont. Mais était-il religieux , l’homme qui, dans ses débauches, représentait en action les amours des dieux 1 ; le politique qui avait mis

1 « Dura nova divorum co«nat adulteria. »► (Surf, in Au$. 70. )

an rang des dieux César, le modèle de tous les vices,* le prince qui souffrait qu’on lui rendît publiquement les honneurs divins ? Une allégorie où le vieux Nérée préditla destruction de Troie *, une autre allégorie où Junon menace de son immortel courroux et d’une ruine inévitable les Romains qui tenteraient de relever cette ville odieuse 3 ; quelles faibles armes pour combattre la résolution de l’empereur î Et surtout quand l’interprète de la volonté des dieux était un poète épicurien, dont les écrits respirent l’incrédulité la moins équivoque ! Ces fictions religieuses pouvaient , au contraire , usurper encore quelque empire sur l’esprit du peuple : c’est donc au peuple qu’elles furent adressées.

Rebutés de l’insalubrité de leur climat, les

Romains songèrent plus d’une fois h s’établir dans quelqu’une de leurs conquêtes. L’orgueil national les empêcha seul de se transporter a

* Horat. Od. lib. I. od. xv.

a Horat. Od. lib. ïlhod. ni.

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Albe sous le troisième de leurs rois. Après la prise de Voies , un grand nombre de citoyens voulaient émigrer dans cette ville. Le même désir se manifesta , plus vif encore et plus général , dans Rome prise et saccagée par les Gaulois ; il ne s’éteignit jamais entièrement. On avait supposé à César victorieux le projet d’épuiser l’Italie d’honunes et d’argent , et de transporter son trône naissant sur des rivages plus fertiles et plus amis du commerce, à Troie ou k Alexandrie '.Le même bruit se renouvela probablement; on pensa que le dessein attribué au dictateur serait repris par son fils adoptif. La multitude dut en saisir avidement l’espérance, dans un tems où l’Italie, dévastée par les guerres civiles, désolée par les proscriptions , ravagée par des bandes de brigands, n’offrait de toutes parts que des ruines, des dangers et d’affreux souvenirs.

Charge de combattre ce désir pernicieux, Horace débute par un magnifique éloge de l'homme

’ Surion. in Jul. Caesar. §.

juste et ferme dans ses resolutions. «En vain, dit- » il , ses concitoyens, exigeant de lui uue action » qu’il réprouve , s’efforcent, par leurs transports,

» d’ébranler son immuable caractère ' ». C’est

visiblement Auguste qu’il loue de résister aux vœux inconsidérés du peuple romain.

Ramenée, du sentiment d’un inconvénient présent h la crainte d’un danger plus grave , l’opinion fut-elle subjuguée pour toujours? On peut en douter : la crainte de l’avenir s’efface devant le sentiment du malaise quotidien ; et Constantin plut sans doute à un grand nombre de Romains , lorsqu’il les invita à venir peupler la nouvelle capitale qu’il fondait sur les limites de l’Europe et de l’Asie. Mais l’expérience prouva qu’ Auguste et Horace avaient sainement jugé ; les menaces prophétiques du poète s’accomplirent; le déplacement du siège de l’empire fut le signal de sa décadence incurable.

«Non civium ardor prava jubentiun»

» mente quatit solida. »

( Od. lib. ni. od. ni. v. a-4.)

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De l’examen de conjectures plus ou moins plausibles, passons à celui des ouvrages composés a la demande expresse de l’empereur.

Après avoir lu quelques-unes des satyres d’Horace, Auguste témoigna un courroux obligeant de ce que le poète ne lui en avait adressé aucune, et sollicita sur ce point la préférence: « Craignez-vous donc ajoutait-il , que dans la » postérité ce ne vous soit un titre d'infamie , )) si vous paraissez avoir été lié d’amitié avec » moi? » Question remarquable, qui prouve que l’usurpateur se rendait intérieurement justice, i lorace n’osa y répondre par un refus. Il adressa h l’einpeyeur, sous le titre d’Épitre 1 , un poème qui réclame toute notre attention ; l’auteur a dû chercher à y traiter un sujet qui plût à Auguste , ou plutôt il l’a composé sous sa dictée.

En changeant la face de l’état, l’ usurpateur aurait voulu changer toutes les idées , tous les souvenirs, et en quelque sorte faire commencer avec son règne l’ère de l'illustration de Rome. Sous les rapports militaires et politiques , il pouvait opposer aux faits anciens des faits moins grands peut-être , mais plus imposans par l’étendue de leur théâtre et par l’importance de leurs résultats. Mais en littérature aussi , Auguste désirait que son siècle fut le plus brillant de tous. 11 élevait des bibliothèques ; il prodiguait des encouragemens ; il ne réussissait presque qu’à faire naître dans toutes les classes une fureur de versifier 1 qui, ne s’alliant presque jamais à la patience nécessaire pour corriger’ 3 , n’enfantait que des auteurs médiocres. Ces poètes désavoués des muses ne s’en plaignaient pas moins amèrement , de ne point voir sur leurs

' HorAT. Epist. lib. II. epist. I. vers. 108-110-117.

1 Horat. Epist. lib. II. epist 1. v. 167. — De art.poetic. vers. 289-390.

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essais les plus informes , pleuvoir les récompenses de l’empereur '.

On sait quelle importance avaient à Rome les spectacles , toujours donnés par les magistrats pour capter la faveur du peuple. Ce fut sur les théâtres républicains , près de deux siècles avant l’apparition d’Horace et de Virgile , que commença la véritable littérature de Rome et que Plaute et Térence conquirent T immortalité. Mais si, du tems même de Térence a , la multitude préférait aux plus beaux poèmes le spectacle des Funambules et les combats de gladiateurs et d’animaux, ce goût était sous Auguste devenu général ; et rendu plus vif par l’invention des ballets - pantomimes, par le luxe de décorations pompeuses, par le jeu de machines qui executaieut des vols et des changemens à vue j il détruisait d’avance tous les progrès qu’aurait pu faire l’art dramatique 3 . Des hommes qu’a blasés

• Horat. Epist. lib. il. epist. l. v. 326-338.

* Terent. Hccyr. prolog . il. v. 25 - 34 -

1 Horat. Epist. lib. 11 . epist, 1. v. 182-188.

une longue suite d’événemens violens, nous le savons par notre propre expérience, cherchent naturellement le plaisir et les émotioùs des yeux, plutôt que les jouissances de l’ame. Contre cette dc'viation naturelle , l’autorité la plus despotique élève une digue impuissante.

Horace combat successivement, avec autant de grâces que d’avantage, et le goût vicieux qui immole à des spectacles futiles les plus nobles conceptions de Thalie et de Melpomènc , et la folle facilité des auteurs de société , et les ridicules prétentions des poètes médiocres. 11 loue le discernement avec lequel l’empereur choisit et récompense les poètes dignes de son suffrage, tels que Virgile et Varius. Il relève le caractère du poète , décrié sans doute par quelques courtisans, envieux de la faveur que l’art des vers trouvait près du trône; et s’il répète d’après eux que l’élève des muses est inhabile h la guerre , peut-on douter que ce soit ironiquement? Horace ignorait-il l’histoire d’Alcée et de Tyrtée, et clc Sophocle et d’Æschyle , tous braves soldats autant que grands poètes? Voulait-il rejeter parmi les

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lâches, Yarius qui avait servi Auguste de son épée avant de briller dans la poésie épique , ou le poète tragique Pollion que la défaite des Dalmates venait d’élever aux honneurs du triomphe?

Pour servir la vanité d’Auguste, une tâche plus difficile restait à remplir. Toute la littérature estimée remontait aux jours de la république; et l’admiration que l’on conservait aux anciens poètes indignait Auguste, qui aurait voulu se soumettre jusqu’au goût des lecteurs, et voir rejeter par eux tout ce qui avait brillé avant son règne. 11 s’agissait donc de prouver aux Romains que la préférence accordée par eux aux anciens auteurs était injuste et puérile, et que la longue possession d’une haute renommée prouve peu de chose en faveur d’un ouvrage.

Horace commence adroitement par dire a Auguste qu’il est le seul grand homme à qui on ajt rendu justice de son vivant. Une transition naturelle le conduit â relever l’injustice avec laquelle il suppose que l’on juge les poètes contemporains, et à combattre une préférence qu’il feint dç croire uuiquement fondée sur la date des ou,-

et l’empïreüe auguste. g3 vrages. Forcé enfin d’aborder la question , il n’emploie qu’un seul argument. « Quel est, ditil , le laps de tems nécessaire pour conférer aux auteurs la qualité d 'anciens? Un siècle suffitil ? — Oui. — Mais un mois ou un an de moins la leur ravirait-il? — Non, sans doute. — En retranchant toujours un mois ou un an, il parvient h établir que le titre d ’ ancien est illusoire. Pure plaisanterie , dont l’invention ne lui appartient pas. Armé du même sophisme , Chrysippe avait déjà démontré que l’amas de cent mille myriades de grains de blé ne mérite pas plus que l’assemblage de trois ou quatre grains, le nom de monceau. On prouverait également, et en se servant de la comparaison même employée par Horace qu’on ne peut fixer aucune différence entre une queue de cheval abondamment fournie ou totalement dépourvue de ses crins.

« caudaeque pilos ut equinae

» Paulatim vcllo et demo unum, demo etiam unutn- * ( Horat. Epist . iib. II. epist. I. v. 45—4^*)

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Manque-t-il en effet de justesse, le sentiment qui fait préférer aux ouvrages nouveaux les plus brillans, les ouvrages dont une admiration générale a , depuis cent ou deux cents ans , confirmé l’excellence? Quand un homme d’un goût si exquis l’affirme, ce n’est point nous écarter de notre sujet que d’examiner la question dans ses principes : l’ami des lettres peut-il chercher de trop fortes armes , lorsque c’est contre Horace qu’il s’eff orce d’avoir raison ?

La nouveauté, la prévention du public, l’esprit de parti , le suffrage ou la complaisance de quelques hommes influens, acquerront une grande réputation h un ouvrage médiocre ou mauvais: combien de causes, pendant un certain tems, pourront la lui conserver? L’une des plus efficaces nous est indiquée dans les vers que nous discutons. Les vieillards, dit Horace, ne souffrent pas qu’on ose ravaler de* poèmes dont ils ont dans leur jeunesse

applaudi les auteurs et les acteurs Ils le souffrent d’autant moins qu’ils les ont applaudis dans l’âge où tout est jouissance ; et maintenant h ces ouvrages, ils rattachent sans s’en apercevoir les souvenirs de la partie la plus heureuse de leur vie; et le plaisir que ces souvenirs leur causent, ils l’attribuent h la lecture ou à la représentation qui les a réveillés. Cette comédie a excité leurs éclats de rire aux jours d’une galté sans nuages ; ces chants, ils les ont entendus auprès de leur première amour; ces vers tragiques, ils les ont trouvés sublimes, quand leur ame neuve prêtait à tout ce qui lui semblait grand sa propre chaleur et son élévation. On ne fera plus rien qui leur procure des jouissances et des émotions comparables h celles-là.... Il faut donc que d’abord la génération s’écoule tout entière, pour laisser juger les ouvrages quelle a approuvés. Imbue traditionnellement de ses idées, la génération qui la suit n’eu est distraite qu’en

1 IIorat. Epist. lib. Il.cpist. i. v. 79-85.

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partie par les nouveautés contemporaines. Une troisième génération arrive , étrangère à toutes les impressions de la première : elle finit par conserver ou remettre à leur véritable place les ouvrages qu’admiraient ses aïeux. Et celte succession de trois générations remplit précisément l’intervalle de tems que fixait Horace en plaisantant, l’intervalle d’un siècle , après lequel commence a s’asseoir sur son tribunal l’impartiale posté»rité.

L’histoire littéraire confirme cette théorie. Citerai-je Gnna vanté par Virgile , et réprouvé bientôt après par des juges moins prévenus ? ou Rabirius , qu’Ovide loue magnifiquement , que Velleius place à côté de l’auteur de l’Enéide ' ; mais à qui Quintilien n’accorde qu’un éloge trèsmodéré , et qui est tombé ensuite dans un profond oubli. J’aime mieux m’attacher aux jugemens que porte Horace sur ses contemporains. Varius, dans l’Epopée, passe tous ses rivaux; c’est l’aigle

■ Vell. Pater. Ul>. II.

et l’empereur auguste. 97

de la poésie homérique •; Fundanius est le seul moderne digne d’écrire sous la dictée de la muse comique a ; Pollion est appelé à chanter en vers

tragiques les désastres des rois 3 Pollion a été

cité comme orateur, comme historien, comme philosophe, et nullement comme poète 4; on ne parle plus de Fundanius; ce Varius, placé par la munificence d’Auguste sur la même ligne que \ irgile 5 , nous ne le connaissons que par l’honneur qu’il

* . « Vario. ... Maeonii carminii alite. »

( Od. lib. I. od. vi. vers. t-a. )

« forte epo$ acer,

>» Ut nemo , Varius ducit »

( Sermon . lib. I. satyr. x. v. 43-44-)

* Sermon, lib. I. satyr. X. v. 4o-4 2,

3 Ibid. ibid. vers. 4 a ~43.

. * De Cousis corr. eloq. — Velleius (lib. II) nomme Pollion après Sali us te ; ses Commentaires historiques sont cités par Appien ( De Bell . Cwil. lib. II); Sénèqne (ep. C) place les Traités philosophiques de Pollion immédiatement après ceux de Cicéron.

5 Ho RAT. Epist. lib» IL epist. i. vers. a45-a47»

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eut d’être un des éditeurs de. l’Enéide Horace

avait donc été abusé lui-même par le prestige de

' Macrobe ( Saturnal. lib. VI. cap. i-a ) attribue à Varius quelques vers d’un poème de Morte , que Virgile s’est presque littéralement appropriés. Il s’agit évidemment d’un auteur

plus ancien. Virgile ne se serait point permis cette licence en-

vers un poète vivant il qui il devait des égards ; et Varius , en révisant VÉnéide , aurait sûrement repris son bien. Macrobe d’ailleurs n’eût pas manqué de faire mention de cette particularité. On admirait une tragédie de Thyeste, publiée par Variqs , et à laquelle Galiani ( Commentaire sur la satyre VI

du livre I er . ) croit qu’Horacc a lait allusion dans ces vers :

h ner aaevarn Pelopis domuin

»• Conamur » ( üd. lib. 1. ocL Vf. v. 8-g.)

Quintilien en parle avec éloge , et Junius Phylargyrius ( in Virgil. eclog VIII. v. 10. ) la met au-dessus de toutes les tragédies connues. Mais on ne croyait pas que Varius en fut réellement l’auteur. Une anecdote , asser suspecte il est vrai , attribue ce chef-d’œuvre à Virgile. Amant aimé de la femme de Varius , il en fit présent à sa maîtresse qui cultivait la littérature. Varius , i qui elle présenta Thyeste comme son ouvrage, l’admira tellement qu’il le publia sous son nom (Sereins in Virgil. eclog. III. vers. 20.) — L’époux plagiaire est

et l’empereur auguste. - qy

la nouveauté, dont il méconnaît ou dont il feint de méconnaître la puissance.

La littérature française fournit des exemples analogues. Ronsard, qui n’était pas dénué de talent, mais qui se perdit faute d’avoir connu le

nommé Varus; mais c’est une faute de copiste, qui se répète

au commentaire sur le vers 35 de l’églogue IX, où Serviu» cite deux passages d’Horace : Scriberis , Varojortis , etc.; et ut nemo Varuà durit , etc. On sait, que dans l’un et l’autre vers il s’agit de Varius. Donat , dans la Vie de 'Virgile , dit nettement que Varius publia sous son nom le Thyeste de ce poète. « Milita... fulsa inscriptionc sub aliéna nomine prolata , » ut Thyestes Iragoedia hujus poetae , quam Varius edidit suo

» nomine.,.. •> Hujus poetae, de ce poète ; l’expression de Donat semble ne pouvoir désigner que Virgile : elle confirme donc l’anecdote rapportée par Servius. (Voyez P. Virgil. Mar.

Vit.... P. Virgil. Mar. Opéra , Genevae iG36, in-8°. — Cette

Biographie diffère de celles qu’on lit en tête de presque toutes les éditions de Virgile ; je crois celle-là Y original , dont l’autre n’est qu’une copie défigurée; elle est exempte de quelques contes absurdes dignes des siècles d’ignorance, et c’est la seule où se trouvent deux passages importans de Donat , cités par Servius in Virgil. eclog. I. vers, i.)

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génie de la langue dont il voulait devenir le créateur; Ronsard obtint de son vivant une réputation gigantesque , et la conserva presque jusqu’au tems où l’astre de Corneille s’éleva sur l’horizon. Ce ne fut pas du moins sans peine que le génie de Malherbe anéantit l’ccole de Ronsard et réduisit ses prôneurs au silence. Régnier s’indignait même de cette révolution ', lui que le caractère naturel de son style et de son esprit plaçait si loin de l’auteur de la Franciade.

Que d’écrivains cités après Régnier , après Malherbe, et dont on ne lit pas une ligne, quoiqu’ils aient fondé l’académie française, et qu’a ce litre ils se soient trouves les juges du Cid et les arbitres de la gloire du grand Corneille! Sans les satyres de Boileau, combien de noms, répétés il côté des noms de Molière et de Racine , seraient h jamais oubliés. Thomas Corneille , à l’exception de deux tragédies dont personne encore ne conteste la médiocrité , et Campistrou, Duché , la

• Régnier, satyr. ix.

Grange Chancel tout entiers ont disparu de la scène; la Fosse n'y a conserve que Manlius; Crébillon quÉlectne et Rhadamisie. La Motte-Houdard fut le prince de la littérature française au commencement du dix-huitième siècle : que reste-t-il de lui? une tragédie touchante, dont il faut pourtant qu’une actrice habile sache voiler les défauts; et si l'on veut encore, le souvenir de beaucoup d’esprit employé ou perdu pour prouver qu’Homère n’est

point un grand poète. Fontenelle enfin Que

de pages les lecteurs passent avec indifférence dans la collection de ses œuvres! Le tems a répudié et laissé tomber dans l’oubli tout ce qui ne devait son succès qu’à des causes éphémères.

Nous admirons, et nos neveux admireront comme nous j quelques odes de Malherbe, un plus grand nombre d’odes de J. -B. Rousseau et la plupart de scs cantates; les bonnes comédies de Régnard, les chefs-d’œuvre de Corneille et ceux de Boileau , le théâtre presque entier de Molière et de Racine, et les trois quarts des fables de La Fontaine. Est-ce parce qu’un siècle ou un siècle et demi nous sépare de ces grands écrivains? Non;

mais parce que letems a imprimé à leurs ouvrages le sceau de réterDité.

Et nous voulions scruter les réputations du jour , montrer ce qu’elles doivent aux circonstances et aux passions, dans un âge où les circonstances sont si graves et les passions si actives; en portant nos regards dans l’avenir, que de géans nous verrions transformés en pygmées!

N’anticipons point sur leur future disgrâce ; le droit de les juger définitivement n’appartiendra qu’à notre postérité : respectons l’autorité du

terris sur les renommées littéraires.

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La saine raison d’Horace n’a pu méconnaître une vérité évidente , dont il devait d’ailleurs trouver tant de preuves de fait dans l’histoire de la littérature grecque. Pindare , Æschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, luttèrent contre

des rivaux indignes d’eux : l’érudition exhume avec peine quelques-uns de ccs noms injustement vantés; le décri où ils étaient sans doute tombés

dès l’époque où écrivait Horace , lui montrait comment le tems sépare l’or faux du véritable.

Mais le poète courtisan s’était engagé dans une cause difficile, qu’il ne pouvait soutenir qu’en cherchant à se tromper lui-même. Peut-être , 6 faiblesse! se croyait-il personnellement intéressé dans cette lutte : ses contemporains lui semblaient trop prévenus en faveur des anciens pour apprécier le mérite des auteurs vivans L’imputation

serait odieuse. Plutôt que de la croire fondée, je me plais à retrouver, dans toutes les injustices d’Horace, les passions et l’ordre d’Auguste. Catulle avait flétri César dans des épigrammes aussi justes qu’amères- Sur le théâtre même où il était monté par son ordre, Labérius dénonça son usurpation, en prononçant ce vers qui fixa sur César les yeux de tous les spectateurs :

« Necesse est multos timeat quera multi liment 1 : »

• Machob. Saturnal. lib. II. cap. 7. — Racine a embelli ce vers en l'imitant :

« Et craint de tont le monde, il vous faudra tout craindre. *•

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Dominé par les rcsseutimens d’Auguste , Horace n’accorde au brillant Catulle qu’une mention au moins équivoque 1 ; il tourne en ridicule les poëmes de Labérius a , dont un fragment échappé à l’injure du tems 3 doit faire concevoir une idée toute differente. En ne citant presque aucun auteur ancien que pour le critiquer ; en attaquant sou devancier Lucilius avec une sévérité que réprouve l’impartial Quintilicn 4 ; en affectant de ne nommer nulle part Lucrèce, h qui Virgile a fait de si brillans emprunts Lucrèce qui aurait suffi à l’immortalité des muses romaines; Horace en-

« simiuj isle

» Nil practcr Calvum cl doctiu canlare Catullum. »

. ( Il OR AT. Sermon, lib. I. salyr. x. vers. 18-19.)

« nam sic

» Et Labert miraos , ut pulchra poc mata, mirer. »

( Horat. Sermon, lib. I. saL x. vers. 5 - 6 .)

J MaCRGB. Saturnal. lib. II. cap. 7. — Rollin a trouvé ces vers assez beaux pour les insérer en entier et les traduire dans son Traité des Études (4 vol. in-12, Paris 1736, tom. I, pa^. 292-295.)

4 QuiNTiLIAN. lib. X. cap. X.

5 Maceob. Saturnal . lib. VI. cap. i-a.

core cherche à complaire à Auguste, puérilement jaloux de toute gloire antérieure h sa domination.

C’est surtout l'estime dont jouissaient les comiques latins qui parait révolter Horace. Je suis tenté de croire, tant il les traite durement, que les auteurs qu’ Auguste voulait opposer aux anciens, ne méritaient pas plus de souvenirs qu’ils n’en ont obtenu, et qu’ils justifiaient l’arrêt que Quintilien a porte contre eux en ces mots : La comédie est la partie la plus faible de notre littérature

Mais, répondra-t-on, le goût confirme les critiques d’Horace : Plaute , qu’il a le plus fortement attaqué a , Plaute, on l’avoue, tombe trop souvent dans le bas comique.

La grossièreté des plaisanteries de Shakspeare a pour excuse la grossièreté du siècle où il vivait : les trivialités , les mauvaises pointes , les

* « ln comoedia maxime c/auciicamus. » (Qüintilian. lib. X. cap. i.)

* Epist. lib. II. epist. I. vers. 55 - 6 a et 169-172. — De Artepoet, vers. 369-372.

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HORACE

continuels jeux de mots tant reprochés k Plaute, ne peuvent-ils s’excuser de même ? Pour décider la question , il faudrait connaître le ton de la bonne société à Rome. Nous possédons heureusement sur ce point un document authentique : il appartient ïi l’âge le plus brillant du goût et de la littérature. Deux siècles environ après la mort de Plaute , deux ministres plénipotentiaires , des hommes de cour, des orateurs, des poètes du premier ordre , étaient réunis à souper. Le repas se prolongea dans la nuit avec un extrême agrément ’. Qui en fit le charme? Un assaut de sottises entre le bouffon Sarmentus et Cicerrus le parasite; mais de sottises si plates, si peu plaisantes, quelles supportent a peine la traduction. Tel fut l’amusement qui retint long-tems U table Mæ- '(

cénas et Cocccius, les envoyés d’Octave et d’Antoine ; Foutéius , personnage 3 accompli en tout

• Proriui jucundc foeoam produximus iliam. »

( Sermon, lib. 1. satyr. v. ver*. 70 . )

i . . . . « ad ungueni

»* Faclus Homo. »> ( Sermon, lib. I. sat. V, v. 3a-33. )

point ; Varius et Plotius Tueca , ces hommes juges dignes, seize ans après, de corriger et de publier l’Énéide ; Virgile enfin , et Horace qui ne consacre pas moins de vingt vers 1 h retracer une scène si agréable. Les vieux Romains qui applaudissaient YEpichamte latin, étaient -ils donc, comme le prétend Horace , indulgens jusqu’à Y imbécillité V Les moins excusables plaisanteries de Plaute ne sont pas plus basses que celles de Sarmentus et de Cicerrus ; et elles sont plus anciennes de deux siècles, et elles étaient destinées non à la table d’une société qu’on pouvait regarder justement comme l’élite de la bonne compagnie de Rome, mais à un théâtre dont le peuple entier remplissait les gradins.

La censure d’Horace tombe aussi sur la versification de Plaute. Pour en apprécier la justesse ,

' Sermon, lib. I. sat. v. vers. 51-70.

« Al nostri proavi Plautinos et numéros et Laudaverc sales : nimium patienter utruinque , » Ne dream s tulle, iDÎrati. »

( De Art . poet. vers. 36^-37 1. )

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il faudrait mieux connaître les règles que devaient suivre en écrivant les poètes comiques. Je con-

jecture qu’ils se permettaient jusqu’il un certain point les contractions de mots x les suppressions

de lettres, les altérations de prosodie qui avaient lieu sûrement dans la conversation familière *; je conjecture que les admirateurs qui opposaient à Y art de Térfence la rapidité 2 de Plaute , parlaient de leur versification; et que Térence , jaloux de

* Pour expliquer mon idée , je prendrai le premier vers du fragment de Labérius :

«< Nécessitas cajus cursûs transversi iropetum. »

Voici comment je le réduis à un mètre iambique semblable il celui que Phèdre a employé dans ses Fables :

« Nécessita’ cuju’ cursûs transvers’ impetum. »

On peut juger du défaut imputé à Plaute , par ce que seraient des vers anglais où l’on affecterait d’employer toutes les abréviations T toutes les suppressions de lettres et de syllabes qui font de la langue anglaise parlée , un idiôme si différent de la langue écrite.

2 « Plautus... propcrare... vinccre... Tercntius artc. »

( Hoeat. Epis/, lib. 11 cpist. I. vers. j8-5g.)

. ûi I Wk

l’élegance de la sienne , a peu usé d’une licence souvent contraire à l’harmonie, tandis que Plaute, pour donner à son dialogue plus de naturel et de vivacité , en a peut-être poussé trop loin l’emploi.

Quoi qu’il en soit , cet abus ou cette recherche n’a point nui au charme et à la pureté du style de Plaute : au suffrage de Cicéron *, nous pouvons joindre, pour le prouver, les éloges de Pline , d’Aulu-Gelle et deMacrobe 2 . Aussi lit-on encore les œuvres de Plaute, comme celles de Térence, à côté des œuvres d’Horace. Depuis dix-huit siècles , la postérité a cassé l’arrêt partial par lequel le poète d’Auguste prétendit infirmer les jugemens du siècle qui l’avait précédé.

La postérité , en même tems, a confirmé et pour jamais l’assertion générale d’Horace ; elle a proclamé le siècle d’Auguste la plus brillante époque

* ClCER. de OJfjfic. lib. I. cap. 29.

a Plw. Epist. lib. I. epist. xvi. — â.-Gei.l. Noct. Attic . lib. VII. cap. 18,— Macrob. Saturn . lib. 11 . cap. 1.

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